Alzheimer : des recommandations pour mieux structurer le diagnostic en pratique

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Les recommandations 2026 de la Fédération des Centres Mémoire (FCM) pour le diagnostic de la maladie d’Alzheimer proposent un cadre actualisé et opérationnel pour accompagner les professionnels impliqués dans le repérage, l’orientation, le diagnostic et l’annonce. Cette nouvelle version rappelle que le diagnostic précoce reste une démarche clinico-biologique, fondée sur l’évaluation clinique, neuropsychologique et l’utilisation raisonnée des biomarqueurs. Elle précise également la place de l’IRM, du LCS, de la pTau217 sanguine, de la TEP-FDG, de la TEP amyloïde et de la TEP Tau.

Ces recommandations pour le diagnostic de la maladie d’Alzheimer* proposent une approche structurée du diagnostic, en intégrant notamment :
–  le repérage des formes précoces et atypiques de la maladie ;
– l’articulation entre soins primaires, consultations Mémoire de proximité, consultations Mémoire de territoire et CMRR ;
– la place des examens complémentaires, notamment l’IRM, le bilan neuropsychologique, le LCS, la TEP-FDG et la TEP amyloïde ;
–  l’intégration progressive des biomarqueurs sanguins, notamment le pTau217 ;
– l’importance de l’annonce diagnostique et de l’accompagnement post-annonce, pour les patients comme pour leurs aidants.

Les recommandations insistent aussi sur l’importance du repérage en soins primaires, de l’orientation graduée vers les consultations Mémoire, de la prise en compte des formes non amnésiques ou comportementales, et de l’accompagnement post-annonce. Elles ne modifient pas seulement certains points techniques du diagnostic. Elles proposent une manière plus structurée de penser le parcours du patient : du repérage initial à l’annonce, en passant par l’orientation, l’évaluation multidisciplinaire, les biomarqueurs et l’accompagnement. Pour les professionnels des Centres Mémoire, elles peuvent servir de support commun pour harmoniser les pratiques, renforcer les liens avec les soins primaires, sécuriser les indications d’examens complémentaires et préparer les évolutions à venir.

Dans le détails, quelles recommandations du groupe de travail pour le diagnostic ?

Le groupe de travail propose d’utiliser les stades cliniques symptomatiques liés à la maladie d’Alzheimer tels que définis récemment par l’Alzheimer’s Association Working Group


Troubles neurocognitifs mineurs :
– performances cognitives altérées/anormales sur la base de tests cognitifs objectifs et normés ;
– preuve de déclin par rapport au niveau de base, documenté par l’interrogatoire de la personne ou de l’informant (par exemple, le partenaire) ou par un changement dans l’évolution des tests cognitifs ou des évaluations comportementales;
– capacité à effectuer les activités de la vie quotidienne de manière indépendante. A noter que les difficultés cognitives peuvent avoir un impact fonctionnel seulement détectable sur les activités complexes de la vie quotidienne, c’est-à-dire qu’elles peuvent prendre plus de temps ou être moins efficaces, tout en restant tout de même accomplies, selon les déclarations du patient et/ou corroborées par l’informant ;
– stade 3 de la classification Alzheimer’s Association.

Troubles neurocognitifs majeurs avec altération fonctionnelle légère (stade léger) :
– déclin cognitif progressif et modification fonctionnelle légère dans les activités de la vie quotidienne (AVQ) instrumentales (préparation des repas, tâches ménagères, utilisation des moyens de transport, gestion administrative/des finances, gestion des traitements médicamenteux…) et n’affectant pas les AVQ de base (toilette, habillage, transferts, prise des repas préparés) ;
– stade 4 de la classification Alzheimer’s Association.

Troubles neurocognitifs majeurs avec altération fonctionnelle modérée (stade modéré) :
– déclin cognitif progressif et modification fonctionnelle modérée dans les AVQ de base nécessitant une assistance ;
– stade 5 de la classification Alzheimer’s Association.

Troubles neurocognitifs majeurs avec altération fonctionnelle sévère (stade sévère)
– déclin cognitif progressif et modification fonctionnelle sévère avec dépendance pour les AVQ de base
– stade 6 de la classification Alzheimer’s Association.

Quelques rappels également du groupe de travail

– L’évaluation du stade clinique évolutif peut être complexe dans les stades débutants de la maladie et nécessite l’expertise de médecins formés à la consultation Mémoire.
– Certaines situations cliniques peuvent amener à une surestimation du déficit cognitif en cas d’atteinte langagière au premier plan par exemple, ou une sous-estimation du déficit cognitif en cas d’atteinte exécutive.
– La dépression est un diagnostic différentiel qui peut se présenter par une plainte ou des troubles cognitifs et peut influencer notamment les fonctions exécutives. Son diagnostic est important car il s’agit d’une condition curable mais parfois intriquée à une maladie neurodégénérative authentique, justifiant un suivi.
– En pratique clinique courante, les stades évolutifs de la maladie peuvent être appréciés par l’interrogatoire détaillé en évaluant le retentissement sur l’autonomie dans la vie quotidienne (activités de la vie quotidienne, activités instrumentales), la dépendance aux aides ou la notion de modifications comportementales.
– L’interrogatoire d’un informant familial proche et passant au moins plusieurs heures par semaine aux côtés du patient, apparaît particulièrement important pour apprécier le stade évolutif de la maladie.
– Dans un contexte de recherche clinique, la passation de l’échelle CDR permet une évaluation plus fine du stade évolutif de la maladie d’Alzheimer.

Pour le groupe de travail, un diagnostic précoce permet de planifier les soins à long terme, d’allouer les
ressources de manière proactive et de mieux anticiper les besoins futurs en matière de soins de santé et de soutien communautaire. Dans l’état actuel des connaissances, le dépistage systématique en population générale
de la maladie d’Alzheimer n’est cependant pas indiqué. En revanche, ces recommandations pourraient évoluer dans le futur si des thérapeutiques préventives efficaces venaient à être disponibles
.

L’enjeu est maintenant de aire vivre ces recommandations dans les équipes : les lire, les discuter, les intégrer aux protocoles locaux, et les utiliser comme base de dialogue entre médecins généralistes, spécialistes, neuropsychologues, orthophonistes, infirmier(e)s, psychologues, assistants sociaux et coordonnateurs de parcours.

*Recommandations élaborées en partenariat avec la SF3PA – Société Francophone de Psychogériatrie et de Psychiatrie de la Personne Âgée, la SFGG (Société Française de Gériatrie et Gérontologie), la SFMN Société Française de Médecine Nucléaire et la Société Française de Biologie Clinique (SFBC).

• Recommandations pour le diagnostic de la maladie d’Alzheimer, Fédération des centres mémoire, Juin 2026 (PDF)