Des « coupe files » pour les jeunes en souffrance et un objectif « zéro contention » pour 2030

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Le 2 juin, le Ministère de la santé a dressé un état des lieux de la Santé mentale, Grande cause nationale 2025 et dégagé les perspectives 2026. Stéphanie Rist a annoncé, entre autres, un système de « coupe-file » pour les jeunes souffrant de troubles psychiatriques repérés par l’Éducation nationale afin d’obtenir un rendez-vous en moins de 48h. Elle a par ailleurs déclaré vouloir mettre fin aux pratiques de contention dans les établissements psychiatriques d’ici 2030.

« À compter de la rentrée 2026, lorsqu’un médecin, un infirmier, un psychologue ou un assistant de service social de l’Éducation nationale identifiera un enfant ou un adolescent en situation de souffrance psychique, celui-ci pourra bénéficier d’une orientation prioritaire vers une structure adaptée de son territoire grâce à un dispositif de prise en charge accélérée« , détaille un communiqué du ministère de la santé.

Lorsqu’un élève est en souffrance psychique, dans une situation d’urgence parce qu’il risque de passer à l’acte (en se faisant du mal ou bien à quelqu’un d’autre), l’enseignant ou le professionnel de santé de l’Éducation National pourra ainsi appeler le médecin du Samu (en composant le 15) afin d’obtenir un rendez-vous chez un psychologue, un pédopsychiatre ou un psychiatre. « Il y aura une organisation, sur le territoire, des professionnels de santé entre eux qui permettra d’avoir un rendez-vous dans les 24-48 heures », a résumé Stéphanie Rist, sans donner davantage de détails. « Lorsqu’un risque de passage à l’acte ou un danger vital sera identifié, les familles pourront ainsi bénéficier d’une prise en charge immédiate grâce au Service d’accès aux soins et aux filières psychiatriques d’urgence« , précise encore le communiqué du ministère, qui s’est fixé comme objectif « qu’aucun enfant ou adolescent identifié comme étant en souffrance psychique ne reste sans solution adaptée ou sans rendez-vous dans des délais compatibles avec son état de santé« . Cette mesure « s’inscrit dans une ambition plus large : faire de l’école l’un des premiers lieux de prévention, de repérage et d’orientation en matière de santé mentale« . 

Cette organisation repose sur « une coopération renforcée entre les rectorats, les Agences régionales de santé et les acteurs de la santé mentale afin de réduire les délais d’accès aux soins et d’éviter les ruptures de parcours« . 

Objectif « zéro contention » à l’horizon 2030 

La France engage également une transformation profonde des pratiques psychiatriques afin de renforcer les droits et la dignité des personnes concernées. Le Gouvernement fixe ainsi un objectif collectif de réduction maximale du recours à l’isolement et à la contention avec la perspective d’atteindre le « zéro contention» à l’horizon 2030. La ministre, interrogée sur cette mesure, a également apporté quelques précisions sur ce point sur France Info. « On sait que cette contention est très traumatisante, pour les familles, pour le patient lui-même et notamment chez les jeunes patients. Nous devons avoir cette volonté politique forte : faire que dans notre pays, il n’y ait plus de contention en 2030« .

« Un établissement sur dix en France est engagé dans ce zéro contention, que ce soit à Marseille, à Bordeaux, à Lyon. Il y a des pays, la Norvège, l’Espagne, qui sont à plus de 90% de diminution de leur contention », a souligné Stéphanie Rist, mettant en avant des exemples étrangers. La ministre de la santé a mis en avant la nécessité d’un nombre de professionnels adapté, de locaux adaptés, et surtout de la « formation de toute l’équipe, de l’aide-soignante au médecin« , ce qui « prend du temps ». L’ambition est pourtant ferme, a rappelé la ministre, car il en va « de la dignité humaine« .

Pour accompagner l’objectif du gouvernement et faire progresser la psychiatrie vers des pratiques plus respectueuses des droits fondamentaux, de l’autonomie et de la dignité des patients, plusieurs mesures seront engagées, annonce le ministère :

• La réalisation d’une cartographie nationale des pratiques et des initiatives permettant de réduire le recours à la contention ;
• Le renforcement de la formation continue des professionnels à la gestion des situations de tension, à la désescalade et aux mesures de prévention ;
L’accompagnement au déploiement d’espaces d’apaisement au sein des unités d’hospitalisation en psychiatrie;
• Le déploiement du programme de l’Organisation mondiale de la santé « QualityRights », associant formation, analyse des pratiques et transformation organisationnelle ; Ce dispositif vise le renforcement des capacités des institutions en matière d’évaluation et d’amélioration de la qualité des soins pour les personnes en situation de handicap psychosocial, intellectuel et cognitif.
Et enfin la définition d’un cadre national pour la pair-aidance et les mesures d’anticipation en psychiatrie afin de renforcer la place des personnes concernées dans leur parcours de soins.

Par ailleurs

  • une cartographie nationale des ressources en santé mentale sera mise à disposition des professionnels, des patients et de leurs proches
  • Les maisons des adolescents seront renforcées avec davantage d’antennes de proximité et des horaires élargis
  • Le gouvernement poursuivra également le développement des compétences psychosociales à l’école, renforcera les actions en faveur de la santé mentale au travail, poursuivra le plan de prévention du mal-être et du risque suicidaire en agriculture et le déploiement des sentinelles agricoles.
  • Les travaux de protection des mineurs face aux réseaux sociaux seront poursuivis.

Enfin le gouvernement crée une Délégation interministérielle à la santé mentale et à la psychiatrie rattachée à la Direction générale de la santé afin d’inscrire durablement ces questions dans toutes les politiques publiques