Dans ce recueil de poèmes adressés à un enfant enfermé dans son monde, Catherine Zittoun, cheffe de pôle d’un se cteur de psychiatrie infanto-juvénile, éclaire le travail minutieux des soignants de pédopsychiatrie pour « rapatrier » les âmes perdues et les corps meurtris ». Cette épopée nous emmène sur les routes des migrants et des tragédies quotidiennes en Méditerranée. Dans sa singularité, elle déjoue les chiffres et l’anonymat.
Si peu de mots contiennent le vif argent, l’adamantin, l’odyssée de la fille-fleur qui va donner la vie à un enfant, à son histoire enclose. Ce recueil de poèmes est adressé à Charles, un enfant venu d’ailleurs, à qui Catherine Zittoun s’adresse avec un respect infini : « Tu t’étais retranché dans ta coquille, un monde sans cauchemars et sans cris. Tu ne parlais pas, pas même à toi-même. Tes parents avaient traversé des océans pour une situation de clandestins… ». On devine l’enfant autiste derrière les métaphores, et les traumas cumulatifs à l’évocation de la traversée des océans par ses parents en quête d’un monde meilleur. Depuis la terre natale, un exil se pense et se réalise au prix du silence et de l’effacement des origines pour quelque évènement disruptif exigeant une nécessité de s’enfuir. Aux terribles conditions inhumaines du voyage s’ajoutent les terribles conditions inhumaines de l’entrée des migrants sur « nos terres » réfractaires à l’idée-même de l’autrui. Aux fractures des âmes de ces deux êtres quittant leur territoire natal, contraints et forcés, viennent se cumuler les écueils des rivages hostiles de nos contemporains pour le navire étranger, emporté d’espoir pour demain, et accueilli comme une trirème ennemie. Pourtant une équipe de pédopsychiatrie de secteur va accueillir l’enfant et lui prodiguer des soins, parabole renouvelée du Samaritain, et cheminer avec les parents pour que Charles puisse éclore, malgré la somme des tragédies qui surplombe le ciel de sa vie en devenir. Une constellation s’est dessinée autour de lui et une direction en potentialité apparaît à l’horizon. La traversée des angoisses archaïques est périlleuse, le voyage transférentiel est harassant, l’issue de l’aventure est incertaine, mais l’enfant et les siens ne sont plus seuls, abandonnés, clandestins… Ces quelques vers de Catherine Zittoun disent mieux que cent livres, le travail en profondeur que peuvent accomplir les soignants de pédopsychiatrie pour « rapatrier » les âmes perdues et les corps meurtris. Charles, comme le Petit Prince, a rencontré ceux qui ont su l’apprivoiser, créer des liens avec lui, pour connaître le monde alentour et le parcourir…(Pierre Delion)
• Catherine Zuitton, Coulisses de l’ombre, Ed. L’Atelier du Grand Tétras, 18 €, 88 p.









