« Coupe-files » vers les CMP pour les élèves : des pédopsychiatres proposent des alternatives

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Réagissant aux « coupe-files » gouvernementaux pour les Centre médico-psychologique (CMP), la Société française de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent et disciplines associées (SFPEADA) propose un modèle plus ambitieux basé sur trente ans d’expérimentation réussie dans la Vienne. La société savante prône la généralisation des permanences d’évaluation clinique (PEC) et des équipes adultes ressources (EAR) directement au sein des collèges et lycées. Portés par des infirmiers ou éducateurs spécialisés, ces dispositifs permettent de qualifier la souffrance psychique en amont afin d’éviter l’engorgement des structures de soins. Communiqué.

La Société française de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent et disciplines associées (SFPEADA) a pris acte de l’annonce gouvernementale du 2 juin visant à instaurer des « coupe-files » pour faciliter l’accès des élèves aux centres médico-psychologiques (CMP). Tout en affirmant « partager pleinement l’objectif d’améliorer la rapidité d’accès aux soins spécialisés pour les jeunes en souffrance psychique« , elle propose, via un communiqué diffusé le 11 juin (mettre le lien) un modèle d’organisation encore plus ambitieux, et surtout plus réaliste car, dit-elle : « Cette mesure soulève une interrogation majeure : comment réduire durablement les délais d’accès sans moyens humains supplémentaires dans un contexte où les équipes de pédopsychiatrie sont déjà fortement sollicitées ? » 

Alors que les besoins en santé mentale des jeunes sont particulièrement importants, avec des ressources toujours très insuffisantes et un accès beaucoup trop lent aux soins psychiques, la SFPEADA souligne que « la réponse ne peut reposer uniquement sur l’accélération des files d’attente ». L’enjeu est ainsi « d’apporter l’expertise pédopsychiatrique au plus près des adolescents ». La société savante appelle donc à « la généralisation nationale d’un modèle éprouvé de prévention et d’intervention précoce, les Permanences d’évaluation clinique (PEC) et les Équipes adultes ressources (EAR) intégrées aux équipes mobiles de pédopsychiatrie intervenant directement dans les collèges et lycées« .

S’appuyer sur une expérience réussie

« L’expérience conduite depuis plus de trente ans dans le département de la Vienne démontre que dans le cadre d’un partenariat stratégique, une présence régulière de professionnels de pédopsychiatrie au sein des établissements scolaires permet d’évaluer rapidement la souffrance psychique des adolescents », développent les pédopsychiatres.
Ce modèle ne repose pas sur une présence continue des médecins, mais sur des infirmiers ou éducateurs spécialisés formés à la psychopathologie, directement supervisés par un pédopsychiatre de secteur. Ce dispositif permet un repérage précoce des situations de souffrance et une évaluation clinique rapide et spécialisée, mais également « une réponse immédiate aux situations ne relevant pas d’un soin psychiatrique structuré » et une orientation « pertinente vers les dispositifs de soins lorsque celle-ci est nécessaire ». L’intérêt majeur du dispositif est de traiter une large part des situations au sein même de l’établissement, grâce à des aménagements scolaires, évitant ainsi le recours systématique et inutile aux structures de soins saturées. Elle souligne ainsi que « les données publiées montrent qu’une large proportion des situations rencontrées peut bénéficier d’un accompagnement et d’aménagements au sein même de l’établissement scolaire, sans recours systématique aux structures de soins spécialisées ». Par ailleurs, les élèves dont la situation nécessite un suivi pédopsychiatrique sont identifiés « plus précocement et orientés plus efficacement ». Ainsi, la question n’est pas « uniquement d’accélérer l’entrée dans les CMP mais de mieux qualifier les demandes en amont », note la société savante.

 La question n’est pas uniquement d’accélérer l’entrée dans les CMP mais de mieux qualifier les demandes en amont. 

Une efficacité prouvée sur le terrain

La SFPEADA souligne également que « L’expérience des Permanences d’Évaluation Clinique (PEC) et des Équipes Adultes Ressources (EAR) montre qu’une évaluation spécialisée réalisée au plus près du lieu de vie des adolescents permet de réduire les adressages inadaptés, de mieux hiérarchiser les priorités cliniques et d’améliorer la fluidité du parcours de soins« . Face à la crise de démographie médicale qui touche durement la pédopsychiatrie, ce modèle s’impose comme « une réponse particulièrement pertinente« . Elle rappelle également que la prise en charge de la santé mentale des jeunes « ne se limite pas à la seule prise en charge individuelle« .

D’après la société savante, ces dispositifs offrent un soutien concret aux équipes pédagogiques et d’encadrement : « Les EAR permettent aux enseignants, personnels de vie scolaire, infirmiers, assistants sociaux et personnels de direction de bénéficier d’espaces réguliers d’analyse des situations complexes, favorisant des réponses adaptées et coordonnées« . Cette approche globale s’avère être « un levier essentiel de prévention et participe à l’amélioration du climat scolaire, facteur reconnu de protection de la santé mentale des jeunes« . C’est pourquoi le Conseil scientifique de la SFPEADA propose que les futures équipes mobiles pédopsychiatriques puissent intégrer systématiquement, dans le cadre d’un partenariat avec l’éducation nationale : 

  • des Permanences d’Évaluation Clinique dans les collèges et lycées ; 
  • des Équipes Adultes Ressources destinées aux professionnels de l’Éducation nationale ; 
  • un lien structuré avec les CMP, les maisons des adolescents, les médecins traitants et les dispositifs de premier recours. 

Cette organisation permettrait d’offrir simultanément : 

  1. une réponse rapide aux adolescents en souffrance ; 
  2. une expertise spécialisée de proximité ; 
  3. une orientation graduée vers les soins ; 
  4. une utilisation plus efficiente des ressources pédopsychiatriques. 

Pour la SFPEADA, l’enjeu actuel n’est pas simplement d’accélérer l’entrée dans les centres médico-psychologiques (CMP), mais de mieux qualifier les demandes en amont pour réserver les soins spécialisés aux situations qui le nécessitent réellement.