Cathy, maltraitée par son père, s’est mise à entendre la voix de son bourreau à l’adolescence. Elle témoigne de son chemin de rétablissement.
« Je m’appelle Cathy. Récemment, j’ai accepté de participer au groupe de formation Écoute et dialogue avec les entendeurs de voix (EDEN) (voir articles p. 52 et p. 60) à Marseille, dont m’avait parlé la psychiatre Aurélie Tinland. Ce groupe était animé par Alice et Julien dans le cadre du Centre de formation au rétablissement (CoFoR) (1). J’entendais une voix très puissante et négative dans ma tête depuis longtemps et je ne peux pas dire que la démarche a été facile, au contraire. La difficulté a d’abord consisté à accepter d’où venait cette voix. Je vais être honnête, comme il s’agit d’un témoignage… J’ai subi de nombreux sévices quand j’étais enfant et pour éviter de sombrer dans la folie, j’ai créé la voix de mon père, le principal responsable de mes souffrances, qui s’est mise à m’habiter. Cela m’a permis de me protéger mentalement pour ne pas plonger toute petite dans une sorte de délire total.
Mes parents m’enfermaient souvent dans une chambre, dans le noir, ce qui m’a permis (malgré la détresse) de développer un imaginaire incroyable, parce que, dans ce lieu, je n’avais pas de contact avec qui que ce soit.
Mon père me mettait régulièrement des coups sur la tête, mais je n’avais pas encore cette voix. Elle est venue après un fait qui s’est produit, dont je n’ai pas parlé au groupe… Un jour, je me suis défendue et j’ai dû le menacer de faire quelque chose moi-même, de le taper, ou de le tuer ! À partir de cet événement, petit à petit, ma voix est apparue, au seuil de l’adolescence, certainement parce que je sentais mon potentiel de défense mais aussi ma propre violence. Cette voix surgissait principalement dans les transports en commun, alors j’évitais de les prendre, car elle me disait par exemple de me jeter sur les rails…
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