Evénements indésirables graves en psychiatrie : attention aux 48 premières heures !

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Une étude analyse la survenue d’événements indésirables graves (EIG) au cours de l’hospitalisation de patients en psychiatrie. Au total, 144 EIG (6,4%) ont été recensés, dont 137 transferts urgents et 7 décès. Les urgences vitales représentaient 51% des EIG, principalement par détresse respiratoire. La iatrogénie était suspectée dans 41% des cas et une cause infectieuse dans 38%. La période des 48 premières heures d’hospitalisation est particulièrement à risque.

Les personnes atteintes de troubles psychiatriques présentent une mortalité plus élevée que la population générale, notamment en lien avec les facteurs de risque cardiovasculaire, les psychotropes et un accès limité aux soins. Ce constat suggère une plus grande incidentalité en hospitalisation psychiatrique.
L’objectif principal de cette étude est de décrire la survenue des événements indésirables graves (EIG) au cours d’une hospitalisation en psychiatrie, définis ici par les décès inattendus survenant durant l’hospitalisation et les transferts non programmés vers les services d’urgences générales. Elle a été réalisée sur une période de 24 mois, pour analyser les EIG parmi les adultes hospitalisés en établissement psychiatrique. Les caractéristiques démographiques, les comorbidités, les motifs de recours aux urgences et les diagnostics, la iatrogénie, la mortalité à un et six mois de la survenue de l’EIG ont été répertoriés.

Résultats

En 2022 et 2023, sur 2 255 admissions en hospitalisation à temps plein, 144 EIG étaient enregistrés, représentant ainsi 6,4% des admissions. Parmi eux, 137 étaient des transferts aux urgences (95%) et 7 des décès inattendus (5%), soit un taux de mortalité inattendue de 3 pour 1 000 admissions.

Les infections représentaient 38% des EIG (55 cas sur 144), et 36% (52 cas sur 144) étaient des infections associées aux soins (IAS). Concernant tous les cas d’infection, la moitié étaient pulmonaires (29 cas sur 55, 53%), suivies des infections urinaires (9 cas sur 55, 16%), digestives (8 cas sur 55, 15%) et de la peau et des tissus mous (8 cas sur 55, 13%).

Le délai de survenue d’un EIG était inférieur à 48 heures dans 20% des cas, soulignant une période à haut risque en début d’hospitalisation.

Les urgences vitales constituaient 51% des EIG (73 cas sur 144), principalement dues à des défaillances respiratoires (47%, 34 cas sur 73), neurologiques (19%, 14 cas sur 73) et multiviscérales (14%, 10 cas sur 73). Une cause infectieuse était retrouvée dans 42% (31 cas sur 73) des urgences vitales.

Les transferts sans urgence vitale (71 cas sur 144) étaient principalement motivés par des causes infectieuses (34%, 24 cas sur 71) et traumatiques (24%, 17 cas sur 71). La mortalité était de 10% (15 cas sur 144) à un mois et atteignait 16% (23 cas sur 144) à six mois après la survenue de l’EIG. En analyse univariée, les décès à un mois faisant suite à l’EIG étaient significativement associés aux troubles liés à l’usage d’alcool (p=0,003) et aux urgences vitales à l’admission (p=0,001)

Parmi les EIG avec iatrogénie suspectée ou probable, un tiers des cas correspondait à des troubles de vigilance associés à des infections respiratoires basses (pneumopathies d’inhalation) et un tiers à des troubles de vigilance isolés, tous attribuables à l’utilisation – seule ou en association – de benzodiazépines (tableau 2).

De façon générale, pour les auteurs, l’occurrence de ces EIG doit amener à questionner l’organisation des soins. L’EPSM étudié se trouve à 40 minutes du premier service d’accueil des urgences. Alors que selon la Drees, 67 % des établissements dispensant des soins psychiatriques sont monodisciplinaires, il peut paraître pertinent de développer la formation aux urgences vitales.

Ce travail plaide pour la promotion d’une surveillance renforcée durant les premières 48 heures d’admission, ainsi que pour l’amélioration de la prévention de la iatrogénie. Ces actions sont essentielles pour renforcer la sécurité des patients et réduire la morbimortalité intrahospitalière. Une étude prospective multicentrique et le suivi systématique des EIG définis par le transfert aux urgences et les décès inattendus au sein des EPSM permettrait de préciser les mesures nécessaires à la prévention de la morbimortalité hospitalière.

Analyse des événements indésirables graves chez les patients hospitalisés en psychiatrie : étude descriptive rétrospective, BEH 16, 7 juillet 2026, Elena Rentea 1,2 (elena.rentea@chu-nimes.fr), Sylvie Louvard 3, Pierre-Marie Roger 4, Patricia Étienne
1 Centre hospitalier Le Mas Careiron, Uzès
2 Fédération régionale de recherche en psychiatrie et en santé mentale d’Occitanie (Ferrepsy), Saint-André-lez-Lille
3 Service Samu Smur urgences, Centre hospitalier universitaire de Nîmes
4 Service infectiologie, polyclinique Les Fleurs, Ollioules