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La Ferrepsy présente des résultats de recherches sur la contention en psychiatrie

Les résultats de plusieurs études inédites sur la contention ont été présentés par la Fédération de recherche en psychiatrie et santé mentale d’Occitanie (Ferrepsy) au Congrès français de psychiatrie, d'après une dépêche d'Hospimedia dont nous reprenons de larges extraits.

« Les résultats de travaux de recherche sur la contention mécanique dévoilés ce 29 novembre au Congrès français de psychiatrie à Nantes confirment la complexité des réalités mises au jour et problématiques soulevées par ce recours à la contrainte. Lancés officiellement en septembre 2016, ces travaux, menés au sein de treize* établissements publics et privés membres de la Fédération régionale de recherche en psychiatrie et santé mentale (Ferrepsy) d'Occitanie, se sont attachés à recueillir des données quantitatives sur le recours à la contention, ainsi que des données qualitatives sur le vécu des soignants et des patients. Le Dr Raphaël Carré, psychiatre au sein du CH Gérard-Marchant de Toulouse (Haute-Garonne), a expliqué que ces travaux interviennent dans un contexte où des résultats disparates circulent dans la littérature internationale, mais « aucune étude française n'est citée » (…)

6,9% de patients exposés aux urgences psychiatriques

L'étude quantitative a inclus les patients adultes admis en hospitalisation complète sur une période d'un an et a calculé l'incidence d'utilisation de la contention mécanique, d'après des comptabilisations remontées auprès de référents désignés dans les services (cadres, infirmiers, médecins), a expliqué Adeline Clénet, dont la thèse porte sur le sujet. Elle se penche aussi sur les caractéristiques de la population exposée à cette contention, tant sur des éléments socio-démographiques et diagnostiques que sur des éléments environnementaux, et « ceci pour la première fois en France ».

Près de 2,5% de la population étudiée a été exposée à la contention (506 recours, avec 336 patients sur 13 321 patients admis). Une incidence qui se révèle significativement plus élevée dans les services d'urgences psychiatriques (6,9%) contre 1,7% en moyenne dans les autres unités. Les patients les plus significativement exposés sont des hommes, plutôt jeunes (tranche d'âge 18-29 ans), hospitalisés sous contrainte. L'incidence est différente selon le diagnostic : les recours sont les plus fréquents dans les cas de schizophrénie, troubles schizotypiques et autres troubles délirants, puis de troubles bipolaires, suivis par les troubles de la personnalité et de la démence. Lorsque l'on croise les données diagnostiques et le sexe, les troubles schizopréniques et bipolaires sont en tête chez les hommes, mais pour les femmes, ce sont les troubles de la personnalité.

Enfin, les motifs de recours chez les hommes reposent le plus souvent sur des menaces de passage à l'acte hétéro-agressif, chez les femmes ce sont davantage des passages à l'acte auto-agressif. Cependant, un fait important qui ajoute à la complexité, a expliqué Raphaël Carré, est que l'on ne peut pas superposer niveau de violence et recours à la contention, car d'autres facteurs (parfois subjectifs) entrent dans la motivation (consciente ou non) du recours.

Plus de 25% des contentions hors lieu dédié

Le lieu où est réalisé la contention est dans 74,1% des cas la chambre d'isolement, 12,1% des cas une chambre classique et 13,8% d'autres lieux (…) Enfin, l'étude quantitative indique qu'un traitement médicamenteux sédatif est associé dans plus de 80% des mesures. Mais dans 15,8% des cas, il n'y a aucun traitement sédatif associé (au surplus du traitement habituel du patient).

Raphaël Carré a ensuite détaillé les études qualitatives portant sur le vécu des patients (une trentaine de sujets en phase de stabilisation clinique, ayant connu une contention) et des professionnels de santé (32 soignants, dont 17 infirmiers et 15 médecins, sur 11 services différents, ayant vécu une expérience de contention sur les six derniers mois). Elles révèlent un résultat « essentiellement négatif chez les patients, avec une prédominance de thématiques d'impuissance, de déshumanisation, de punition et d'humiliation ». Mais aussi « un vécu de violence et de peur chez les soignants, avec le thème central du lien relationnel dans les facteurs de prise de décision » quant à la pose et au retrait du matériel de contention.   

Des stratégies alternatives et personnalisées

Les intervenants ont insisté durant la discussion sur l'aspect « multifactoriel complexe du recours » à la contention, tout en rappelant qu'il n'existe pas de preuve de l'efficacité thérapeutique de cette mesure – le recours devant s'entendre contre une mesure de protection qui permet de rétablir une interaction entre patients et soignants et le retour à des conditions propices aux soins et à l'accompagnement, et non comme une pratique thérapeutique. Raphaël Carré et Adeline Clénet ont également rappelé les effets indésirables connus à la contention, potentiellement graves voire létaux (chutes, embolies, pneumopathies, etc.). Les intervants ont conclu sur la nécessité de mettre en place dans les établissements des « stratégies alternatives » (…) »

* Les CH Ariège-Couserans, du Gers, de Lannemezan (Haute-Pyrénées), de Lavaur (Tarn), Gérard-Marchant (Haute-Garonne), de Montauban (Tarn-et-Garonne), le CH Sainte-Marie de Rodez (Gers), le CHU de Toulouse, la Clinique Beaupuy (Haute-Garonne), la Clinique d’Aufrery (Haute-Garonne), la Clinique des Cèdres (Haute-Garonne), la Fondation Bon-Sauveur d'Alby (Tarn) et l'Institut Camille Miret (Lot).

  • Source : Les résultats de recherche inédits sur la contention en psychiatrie sont dévoilés par la Ferrepsy, Caroline Cordier, Hospimedia, 29/11/208.


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