Médecins, infirmiers, pharmaciens, établissements de santé : ce guide de la Mission interministérielle de lutte et de vigilance contre les dérives sectaires (Miviludes) place les professionnels de santé au cœur de la prévention des dérives sectaires. Abandon de soins, méthodes non éprouvées, promesses de guérison, emprise sur les patients : il leur donne des repères pour distinguer une pratique inhabituelle d’une situation qui menace la santé ou le libre arbitre.
Le sujet n’est plus marginal. La santé et le bien-être constituent désormais le premier domaine pour lequel la Mission interministérielle de lutte et de vigilance contre les dérives sectaires (Miviludes) reçoit des signalements et des demandes d’information. L’institution alerte sur la multiplication des offres thérapeutiques « miracles », « pseudoscientifiques ou charlatanesques », notamment sur Internet. Avec à la clé des risques très concrets : pertes de chance liées à l’abandon des soins conventionnels, préjudices financiers ou isolement social. Le guide pose cependant une distinction essentielle : une pratique non conventionnelle n’est pas nécessairement une dérive sectaire. Ce qui doit alerter, c’est la combinaison d’une pratique potentiellement dangereuse et d’un processus d’emprise : perte d’autonomie, pression, isolement ou rupture avec le parcours de soins.
Dans ce contexte, la Miviludes propose un guide Santé et dérives sectaires destiné à aider à repérer les situations de danger et à proposer des outils pratiques pour pouvoir réagir en conséquence, au soutien des victimes. Il s’adresse aussi bien aux professionnels de la santé qu’aux particuliers confrontés aux situations de ce type.
Ce support rassemble des fiches pratiques qui permettent à chaque professionnel de santé de se positionner face à des situations précises dans le champ de son exercice comme par exemple « L’infirmier pense qu’un patient a été approché par un mouvement potentiellement sectaire » ou encore « Le médecin suit une formation ou participe à un congrès où sont présentés des méthodes thérapeutiques et des produits qui peuvent laisser supposer une dérive sectaire » ..
Ce guide pointent aussi des situations à risque comme les établissements sanitaires et les établissements médicaux sociaux, la nutrition, les troubles de l’enfant… Dans la fiche « Psy-thérapie » la Miviludes aborde ainsi le Le nécessaire encadrement du titre de psychothérapeute et les tentatives d’infiltration de mouvements sectaires dans le champ de la psychiatrie
Une dernière partie est consacrée à des conseils pratiques pour se protéger des dérives sectaires, reconnaître un pseudo-thérapeute ou encore orienter un patient victime de dérives sectaires…
Face au refus de soins
Ce guide consacre également une fiche au refus de soin et notamment lorsqu’un patient souhaite « renoncer à son traitement conventionnel » au profit d’une pratique non conventionnelle. Mais le refus de soins pose une difficulté particulière. Un patient a le droit de refuser un traitement. Le médecin doit alors l’informer « des conséquences de ses choix et de leur gravité ». La situation devient différente lorsque cette décision semble résulter d’une pression extérieure ou d’un processus d’emprise. Le rôle du médecin est alors de maintenir le lien. Comprendre ce qui motive le refus, continuer à informer le patient et, si nécessaire, solliciter d’autres interlocuteurs : la réponse ne consiste pas à rompre avec celui qui s’éloigne de la médecine conventionnelle. Car perdre le contact avec un patient sous emprise peut précisément renforcer son isolement.
L’infirmier, au plus près du patient
À l’hôpital, à domicile, en libéral ou dans les établissements médico-sociaux, la proximité des infirmières avec les patients leur permet parfois d’observer des changements qui échappent à une consultation ponctuelle.
Le guide leur demande d’« évaluer et apprécier, en conscience » le risque pour la santé lorsqu’un patient semble sous l’influence d’un mouvement ou d’un praticien. Les critères sont proches de ceux retenus pour les médecins : abandon d’un traitement, recours exclusif à une pratique non conventionnelle, produits dangereux, régime alimentaire nocif ou rupture avec l’entourage.
Si les soupçons paraissent fondés, l’infirmier peut solliciter son Ordre, la Miviludes ou le référent « dérives sectaires » de l’Agence régionale de santé. Le guide insiste surtout sur la continuité des soins : le professionnel doit tenter de convaincre le patient de la dangerosité d’une méthode tout en « l’accompagnant tout au long du processus de soins ».
Le risque peut aussi venir du système de soins
Le guide alerte également sur la possibilité de voir des pratiques non éprouvées pénétrer les établissements ou la formation des professionnels.
Des formations, interventions ou méthodes thérapeutiques peuvent ainsi être proposées aux soignants sous couvert de développement professionnel. Le principe déontologique rappelé aux infirmiers est clair : leurs soins doivent être « fondés sur les données acquises de la science ». Ils ne peuvent présenter comme salutaire ou sans danger un « remède ou un procédé illusoire ou insuffisamment éprouvé ».
Un diplôme ou un titre de santé ne suffit pas à garantir qu’une méthode soit validée scientifiquement. La vigilance porte également sur les pratiques promues par les soignants et sur l’usage de leur statut pour donner une caution médicale à une méthode ou à un mouvement.
Protéger sans confisquer la liberté
Toute la difficulté du dispositif est protéger le patient sans décider à sa place. Ce guide fait ainsi des professionnels de santé les premières vigies d’un phénomène qui ne ressemble plus nécessairement au « gourou » traditionnel. Une dérive peut commencer par une promesse de guérison, une méthode présentée comme révolutionnaire ou une formation séduisante.
Guide Santé et dérives sectaires , Miviludes, Octobre 2026











