Prescriptions somatiques en psychiatrie : un nouveau protocole de coopération

FacebookXBlueskyLinkedInEmail

Après les urgences psychiatriques et le suivi des patients stabilisés en CMP adulte et en pédopsychiatrie, le Vinatier – Psychiatrie Universitaire Lyon Métropole (PULM) poursuit le déploiement de protocoles de coopération avec un dispositif consacré cette fois à la médecine générale.

Au Vinatier, un protocole local « Renouvellement des prescriptions somatiques des patients équilibrés suivis en ambulatoire en psychiatrie » permet à des infirmières spécifiquement formées de renouveler certains traitements somatiques et de prescrire les examens nécessaires à leur surveillance. Sont concernés, au sein de l’Hôpital de Jour Médecine (HDJ) – CoRéSo des patients adultes suivis en psychiatrie, présentant une pathologie somatique chronique stabilisée et ayant bénéficié d’une évaluation médicale récente pour notamment : hypertension artérielle, diabète de type 2, dysthyroïdie, asthme ou BPCO, dyslipidémie.

Pour rappel, les protocoles de coopération, créés par la loi HPST du 21 juillet 2009, permettent à des professionnels de santé travaillant en équipe de se répartir différemment certaines activités ou certains actes. Concrètement, un professionnel peut réaliser, après une formation spécifique et dans un cadre précisément défini, des actes qui ne relèvent pas habituellement de ses compétences. Le protocole fixe les situations concernées, les règles de sécurité, et les conditions de recours au professionnel délégant. Dans le protocole que nous présentons, la délégation d’actes dérogatoires concerne les médecins et  les infirmières.

Lors de la consultation, l’infirmière évalue l’évolution récente de l’état de santé du patient à partir de l’entretien, des paramètres cliniques, des traitements en cours et des derniers résultats d’examens. Cette évaluation, structurée par un arbre décisionnel, recherche notamment les « drapeaux rouges » ou signes d’alerte nécessitant un recours médical. En l’absence de signe d’alerte, l’infirmière peut renouveler à l’identique les traitements somatiques prévus par le protocole et prescrire, lorsque cela est nécessaire, un bilan biologique ou un ECG. Si une anomalie est repérée ou si la situation sort du cadre défini, le médecin délégant est sollicité afin de décider de la conduite à tenir. Le suivi est ensuite reprogrammé, en alternance avec les consultations médicales, afin de maintenir une surveillance somatique régulière et de limiter les ruptures de parcours. Les premières consultations ont débuté en septembre 2026, avec des premiers retours positifs des infirmières comme des patients.

Pour répartir les files actives, le protocole intègre une gradation de l’activité de consultation et de prescription selon l’intensité et la stabilité de la situation clinique.
– Les patients présentant les situations les plus légères ou stabilisées relèvent préférentiellement d’un infirmier exerçant sous protocole de coopération (IDEp).
– Les situations intermédiaires mobilisent plutôt une infirmière en pratique avancée (IPA).
– Les situations complexes, instables ou aiguës relèvent prioritairement du médecin.
Il ne s’agit donc pas de transférer indistinctement une activité médicale, mais d’organiser sa répartition entre professionnels selon le besoin du patient, avec recours médical dès que nécessaire.

Pour ce protocole, les infirmières bénéficient d’une formation spécifique comprenant 20 heures d’enseignement théorique, complétées par 5 consultations en observation puis 15 consultations réalisées en supervision directe par le médecin référent. La validation repose sur l’acquisition des connaissances nécessaires au renouvellement des traitements somatiques chez des patients chroniques stabilisés et sur une évaluation en situation.

À notre connaissance, aucun protocole français comparable n’a été identifié lors de sa conception. Si son intérêt paraît largement établi en psychiatrie, il pourrait pourtant dépasser le seul champ de cette discipline. En effet, cette organisation prend un relief particulier dans un contexte de fortes tensions sur l’accès à la médecine générale. Par exemple, en 2025, le ministère de la Santé estimait à 6,4 millions le nombre de Français sans médecin traitant1. Dans ce contexte, mieux répartir le suivi des patients entre médecins, IPA et infirmiers spécifiquement formés constitue une piste concrète pour optimiser le temps médical tout en maintenant la continuité des soins, en renforçant l’attractivité professionnelle des infirmiers et leurs compétences.

Le Vinatier – PULM propose avec la mise en œuvre de ce protocole de coopération une nouvelle organisation des soins pensée autour de la gradation des métiers, diffusée par le réseau COPSY2 sous la direction de Brian Levoivenel, cadre supérieur de santé. L’établissement et ses équipes poursuivent ainsi leur engagement dans l’innovation des pratiques de soins au bénéfice des patients. Pour plus de renseignements : copsy@ch-le-vinatier.fr

1- Ministère du Travail, de la Santé, des Solidarités et des Familles. (2025, 1er septembre). Un médecin près de chez vous : mise en œuvre concrète du pacte de lutte contre les déserts médicaux à travers le lancement de la mesure de solidarité territoriale.
2- COPSY est un dispositif national développé sous l’égide de l’Association des établissements du service public de santé mentale (AdESM).

A lire aussi :
– Protocoles de coopération : la dynamique se poursuit au CH Le Vinatier, santementale.fr , 8 février 2024
– Protocole de coopération au Vinatier : ce qu’en pensent les médecins et les infirmiers… santementale.fr, 29 mai 226.

Auteur principal : Brian Levoilenel, directeur du réseau COPSY, CSS – Vinatier PULM/ Christophe BUFFAVAND, Cadre de santé – HDJ médecine – Vinatier PULM
• Pôle MOPHA (médecine) – VINATIER PULM :
– Pr Benjamin ROLLAND – médecin chef de pôle

– Mme Anna RICHARD : cadre supérieure de santé
– Dr Rodolphe PELLET – médecin chef de service HDJ

– Justine MARTHOUD, IPA HDJ
– Isabelle Laurençon, Aurélie Rosazza et Christel Robin – IDEp HDJ