Alors que la France traverse une vague de chaleur précoce et inédite, Oxfam, une confédération internationale d’organisations humanitaires, lève le voile sur les conséquences sanitaires du dérèglement climatique. Le changement climatique peut ainsi gravement impacter la santé mentale, y compris celle des des personnes en bonne santé physique, entre autre à cause d’une hausse du risque de syndromes de stress post-traumatique ou d’anxiété.Le dernier rapport de la confédération met en garde contre une « double peine climatique » : la multiplication des catastrophes naturelles augmente les besoins de soins, alors même que le système de santé, n’est pas préparé pour y faire face.
Les risques sanitaires liés au réchauffement climatique sont nombreux, et ne se limite pas à la déshydratation des personnes âgées. La chaleur est désormais responsable de 5 398 décès par an en France et les risques sanitaires peuvent affecter l’ensemble de la population, quels que soient l’âge ou l’état de santé, relève le rapport d’Oxfam. Les vagues de chaleur, de plus en plus précoces et de plus en plus fréquentes, augmentent notamment le risque d’insuffisance rénale aiguë (+70 % lors des canicules de plus de sept jours), d’infarctus du myocarde (+7 % lors des 1 % des journées les plus chaudes de l’année) et d’AVC (+3,8 % pour chaque degré supplémentaire au-delà d’un seuil local de température optimale qui varie selon les régions).
Le changement climatique conduit également à une augmentation de 58% de maladies infectieuses comme le chikungunya qui progresse plus vite en France que dans le reste de l’Europe sous l’effet de la hausse des températures. En 2025, l’Hexagone a recensé davantage de cas de chikungunya que l’ensemble de l’Union européenne continentale au cours des dix années précédentes.
Si les personnes malades chroniques sont particulièrement vulnérables aux fortes chaleurs (avec une aggravation de certains symptômes de la sclérose en plaques, ou encore des personnes souffrant de pathologies rénales…), le changement climatique peut gravement impacter la santé mentale, y compris celle des des personnes en bonne santé physique, entre autre à cause d’une hausse du risque de syndromes de stress post-traumatique ou d’anxiété.
Parmi les menaces également : les inondations, qui augmentent la propagation de certains pathogènes (Escherichia coli, Campylobacter, Leptospira ou salmonelles), polluent les champs et les aliments que nous mangeons.
Elles ont parfois même un impact sur l’eau potable : au cours de l’hiver 2025 à 2026 et, en particulier, suite aux crues de février 2026 qui avaient touché 83 départements, la consommation de l’eau potable avait été interdite dans plusieurs communes, car l’eau était contaminée par des matières organiques ou des polluants. Autre risque sanitaire méconnu : les fumées de feux de forêt, dix fois plus nocives pour la santé que les pollutions routières et industrielles. Elles peuvent émettre jusqu’à quatre fois plus de particules fines que l’ensemble du trafic de poids lourds en France, souligne Oxfam.
Les inégalités de santé se creusent
Le changement climatique creuse encore les inégalités de santé déjà présentes en France. La précarité et la pauvreté rendent les personnes plus vulnérables aux conséquences sanitaires du changement climatique. Oxfam démontre ainsi que la chaleur a été 31 % plus meurtrière dans les 10 départements les plus pauvres de l’Hexagone et de Corse en 2025 que dans les 10 départements les plus riches. Le risque de surexposition aux fortes chaleurs est dix fois moins important pour les habitant·es des 20 % des quartiers urbains les plus favorisés.
Les femmes sont par ailleurs plus exposées aux risques de décès que les homme en cas de fortes chaleurs. En cas d’AVC, elles ont 65 % plus de risque d’en mourir que les hommes, leurs symptômes étant moins rapidement identifiés. Elles sont également deux fois plus susceptibles de décéder d’un infarctus, étant prises en charge en moyenne 30 minutes plus tard que les hommes.
Enfin, les hospitalisations pour des crises d’asthme, favorisées par les fumées des feux de forêt, sont 1,6 fois plus fréquentes chez les 10 % des enfants les plus pauvres que chez les 10 % des enfants les plus riches. Et ce dans un contexte où, entre 2017 et 2024, le reste à charge des frais de santé a augmenté de 30 %, décourageant des personnes aux ressources modestes de recourir aux soins.
Chiffres clés du rapport
– La chaleur provoque désormais 5 398 décès chaque année en France.
– À l’été 2025, la mortalité liée à la chaleur a été 31 % plus élevée dans les 10 départements les plus pauvres que dans les 10 départements les plus riches.
– 37 % des hôpitaux dans l’Hexagone et en Corse sont exposés au risque d’inondation.
– Les canicules de plus de sept jours augmentent de 70 % le risque d’insuffisance rénale aiguë.
– La chaleur augmente de 7 % le risque de décès par infarctus – dont les femmes meurent deux fois plus – lors des 1 % des journées les plus chaudes de l’année.
– Rien qu’en 2025, le nombre d’infections au chikungunya recensées dans l’Hexagone et en Corse a dépassé celui enregistré dans l’ensemble de l’Union européenne continentale au cours des 10 années précédentes.
– 17 mois de bénéfices de TotalEnergies SE suffiraient pour couvrir l’ensemble des investissements nécessaires à l’adaptation du secteur de la santé au changement climatique d’ici à 2050.
Quelles recommandations d’Oxfam ?
Pour éviter « l’explosion d’une nouvelle bombe sanitaire« , le Gouvernement doit « de toute urgence » mettre en place des politiques publiques sanitaires de prévention, en tenant compte des inégalités d’exposition aux risques climatiques, préconise Oxfam.
1– Lutter contre le changement climatique : il faut notamment sortir de la dépendance aux énergies fossiles.Les pays, entreprises et personnes les plus aisées doivent massivement réduire leur empreinte carbone. Rappelons que les 10% les plus riches sont responsables de 48% des émissions de gaz à effet de serre.
2– Faciliter l’accès aux soins : avec un plan de redressement du système de santé de 6 milliards d’euros par an. Garantir l’accès à la santé pour toutes et tous également.
3– Repenser l’urbanisme : les logements mal isolés doivent être rénovés. Les nouveaux projets de constructions doivent prendre en compte les évolutions climatiques en cours et à venir.
4– Rénover les hôpitaux : 59,5% des hôpitaux sont vétustes et 37% d’entre eux sont construits en zone inondable. Il faut rénover les hôpitaux pour éviter leur surchauffe et les protéger des catastrophes climatiques.
5– Permettre une vie plus saine : avoir accès à une alimentation saine et durable préserver sa santé. Et celle de la planète. Augmenter les moyens des communes pour financer la protection de la population face au changement climatique. Avoir accès à des mobilités bas carbone (pieds, vélo, train) pour réduire la pollution, tout en ayant une activité physique bonne pour la santé.
*Oxfam est une confédération internationale d’organisations humanitaires qui lutte contre les injustices, la pauvreté et les inégalités mondiales à travers des projets de terrain, des actions d’urgence et des campagnes de plaidoyer.
Pour en savoir plus : Santé et Climat, la fièvre monte. Comment le réchauffement climatique menace notre santé, Rapport Oxfam France, juin 2026.











