Baromètre des pratiques en santé mentale et en psychiatrie : quels constats ?

FacebookXBlueskyLinkedInEmail

Le Baromètre OPRA (Observatoire des PRAtiques en santé mentale) 2026 présente des résultats issus d’un sondage national centré sur les pratiques clés en psychiatrie en 2025. Il repose sur une démarche bénévole associant personnes concernées, proches, professionnel·le·s et chercheur·euses. Le rapport met en évidence des marges importantes de progression dans la lutte contre les pratiques stigmatisantes et dans la reconnaissance d’une véritable horizontalité dans les accompagnements. Il montre aussi que la qualité de vie au travail des équipes constitue un enjeu central, car elle influence directement la qualité des pratiques proposées aux personnes accompagnées.

Quelles sont les « pratiques concrètes » dans les établissements, en psychiatrie ? C’est ce que s’efforce de questionner le Baromètre OPRA (Observatoire des PRAtiques en santé mentale), dont la dernière diffusion nationale a permis de recueillir 2050 profils sondés, dont 1098 professionnel·le·s, 614 personnes accompagnées et 338 proches.

Tour d’horizon des résultats les plus marquants

Parmi les résultats marquants, la co-construction de l’accompagnement, l’accès effectif aux droits, la pair-aidance professionnelle et les directives anticipées en psychiatrie apparaissent encore insuffisamment développés. Le baromètre souligne néanmoins plusieurs points positifs, comme la diffusion du discours sur le rétablissement et une présence plus visible de certaines pratiques respectueuses des personnes.
L’ensemble du rapport défend une lecture des pratiques à partir des regards croisés des principaux acteurs concernés par la psychiatrie. Il se présente comme un outil de connaissance, de débat et de transformation, au service de pratiques
en santé mentale plus justes, plus humaines et davantage orientées vers le rétablissement.

Qualité de vie au travail : un·e professionnel·le sur 6 a rarement ou jamais connu une bonne qualité de vie au travail. Seul un gros tiers des professionnel·le·s rapportent avoir souvent connu une bonne qualité de vie au travail. Cet aspect conditionne l’application des pratiques professionnelles respectueuses de tous·tes. La littérature rapporte des corrélations déterminantes pour le terrain : la mauvaise qualité de vie au travail est associée à des pratiques plus stigmatisantes et à davantage de freins au changement de pratiques. Cette mauvaise qualité de vie au travail est directement associée à l’épuisement professionnel. La qualité de vie au travail est donc un enjeu de santé mentale pour les personnes accompagnées ET pour les professionnel·le·s.

 par ailleurs, le Baromètre de l’OPRA montre que près d’une personne accompagnée sur quatre rapporte avoir fait face à des pratiques stigmatisantes. En zoomant sur les professionnel·le·s, 23% rapportent avoir observé des pratiques stigmatisantes dans leurs équipes en 2025. Autant pour les professionnel·le·s que pour les décideurs, ce résultat appelle à réduire la stigmatisation dans les pratiques, note le rapport.

En ce qui concerne l’empathie la quasi-totalité des professionnel·le·s assure avoir manifesté de l’empathie dans leurs accompagnements en 2025, et une grande majorité des personnes accompagnées et de proches les rejoignent sur ce point. Cependant, sur l’année 2025, 18% des personnes accompagnées ont rarement ou jamais vu les professionnel·le·s leur manifester de l’empathie. Ces résultats encouragent à mieux comprendre les contextes dans
lesquels l’empathie est rarement ou jamais perçue.

En ce qui concerne l’horizontalité, la quasi-totalité des professionnel·le·s assure avoir considéré les personnes
accompagnées comme leurs égales, symétriquement, horizontalement. Sur ce point, les deux tiers de l’échantillon des proches et personnes accompagnées les rejoignent
. Néanmoins, sur l’année 2025, 1 personne accompagnée sur 3 n’a jamais observé de posture horizontale chez les professionnel·le·s. Ces résultats interrogent directement les rapports de domination qui ont lieu dans la relation Accompagnant·e/accompagné·e en psychiatrie.

L’approche par les droits est une des postures les moins contestées dans les pratiques en psychiatrie. Reposant sur les principes de respect de la dignité humaine telle que prévue dans les droits nationaux et internationaux, elle est au-dessus de la mêlée des dogmes et autres guerres de chapelles. En 2025, parmi nos répondant·e·s professionnel·le·s, 92% ont proposé aux personnes accompagnées d’exercer leurs droits, mais cette proposition n’a été entendue que par un tiers des personnes accompagnées et des proches.

En 2025, parmi les répondant·e·s professionnel·le·s, 76% ont affirmé que les personnes en détresse psychique peuvent se rétablir. 59% des personnes accompagnées et des proches ont entendu cette affirmation.

• Si une moitié des professionnel·le·s assure que leur équipe propose de rencontrer un·e pair-aidant·e professionnel·le, seul 15% des personnes et proches rapportent avoir entendu cette proposition. Notons que 4% des professionnel·le·s et 15% des personnes et proches ne connaissent pas la pair-aidance.

Quel objectif de ce baromètre ? 
Il vise à fournir des données sur des pratiques de terrain insondées jusqu’à présent. S’il existe des données officielles sur le nombre d’entrées et de sortie en hôpital psychiatrique, ou encore sur le recours à l’isolement et à la contention, il n’existait pas jusqu’à lors des sondages nationaux sur des pratiques essentielles et des postures professionnelles. Nous avons donc interrogé une dizaine de pratiques de la psychiatrie
adulte en termes de fréquence. Ces pratiques ne disposant pas de recueil statistique systématique, un baromètre des pratiques n’atteint pas un idéal d’objectivité. C’est la raison pour laquelle nous avons décidé de croiser les regards subjectifs des principaux observateur·rice·s de ces pratiques.

Baromètre OPRA 2026, Les pratiques clefs en psychiatrie, Rapport publié par l’ Association proSpairs via son Observatoire des pratiques en santé mentale (OPRA), Publication 2026.