Deux nouvelles unités de réhabilitation pour usagers de drogues en prison attendues

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Un appel à candidatures est lancé jusqu’à fin mai par la DGOS, en lien avec la Direction générale de l’administration pénitentiaire et en coordination notamment avec les ARS, afin d’identifier deux établissements pénitentiaires qui accueilleront deux nouvelles Unités de réhabilitation pour usagers de drogues (URUD) en milieu carcéral.

Les Unités de réhabilitation pour usagers de drogues (URUD)sont des structures de soins expérimentales installées au sein des établissements pénitentiaires. Inspirées par le modèle de la « ferme thérapeutique » du centre de détention de Neuvic (1), ces unités visent à offrir un environnement spécifique pour traiter les addictions en prison. Contrairement aux soins classiques prodigués dans l’unité sanitaire générale de la prison, l’URUD est souvent un quartier ou une aile identifiée où les détenus volontaires sont regroupés pour suivre un programme intensif, avec plusieurs objectifs (sevrage ou réduction de la consommation, réhabilitation psychosociale, préparation à la sortie). L’admission en URUD se fait sur la base du volontariat. Le détenu signe souvent un contrat ou une charte par laquelle il s’engage à respecter les règles de l’unité, notamment l’abstinence et la participation active aux activités collectives (ateliers, groupes de parole, sport…), accompagné par une équipe pluridisciplinaire.

Une Instruction interministérielle du 10 avril 2026* porte sur le lancement d’un appel à candidatures pour la mise en place et le développement de deux nouvelles URUD (voir notre encadré ci-dessous) en milieu carcéral. Cet appel à candidatures est lancé jusqu’à fin mai par la Directrice générale de l’offre de soins (DGOS), en lien avec la Direction générale de l’administration pénitentiaire (DAGAP) et en coordination notamment avec les Agences régionales de santé (ARS), afin d’identifier les deux établissements pénitentiaires qui accueilleront ces deux nouvelles unités.

L’objectif : étendre une expérimentation déjà existante (notamment au centre de détention de Neuvic) (1) pour mieux prendre en charge les personnes détenues souffrant d’addictions aux drogues. Le projet vise notamment à réduire les usages de produits stupéfiants en prison, améliorer l’accès aux soins et à la réhabilitation psychosociale, préparer la sortie du milieu carcéral pour éviter les rechutes et la récidive.

L’instruction s’adresse aux établissements de santé et aux structures pénitentiaires qui souhaitent collaborer pour ouvrir ces unités. Le budget alloué est de 200 000 € par an et par unité sur une période de trois ans (via le Fonds de Lutte contre les Addictions).

Quels critères d’évaluation ?

Le déploiement est piloté par la DGOS et la DGAP. Une évaluation rigoureuse, appuyée par l’Agence nationale d’appui à la performance des établissements de santé et médico-sociaux (ANAP), est prévue pour mesurer l’efficacité du dispositif avant une éventuelle généralisation.

L’instruction et la sélection des projets seront également réalisées par un comité de sélection associant les directions ministérielles concernées, dont la DGOS et la Direction générale de la santé, la mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives ainsi qu’au besoin, des experts issus d’autres institutions. À l’issue du comité de sélection prévu au mois de juin 2026, les résultats seront notifiés à chaque candidat.

Dans le cadre de l’examen des candidatures, « une attention particulière sera portée à la qualité du projet », souligne le ministère de la Santé, qui passe notamment par :

  • la « qualité du partenariat » entre l’ensemble des acteurs impliqués ;
  • la « pertinence du projet au regard des besoins territoriaux », incluant notamment la prévalence des conduites addictives dans la région concernée ;
  • la réponse aux inégalités d’accès aux soins, « en privilégiant les territoires où l’offre en matière de prise en charge des addictions est insuffisante ou inégalement répartie » ;
  • la « cohérence de la couverture » territoriale, afin « d’éviter la présence de plusieurs Urud dans une même région » ;
  • la prise en compte des territoires ultramarins, qui « pourront être priorisés au regard de besoins spécifiques et d’une moindre accessibilité à certaines ressources spécialisées ».
*Instruction interministérielle n° DGOS/P3/DGAP/IP2/2026/25 du 10 avril 2026 relative à l’appel à candidatures pour la mise en place et le développement de deux nouvelles unités de réhabilitation pour usagers de drogues (URUD) en milieu carcéral. 

1- La ferme thérapeutique en milieu carcéral est un modèle de prise en charge global qui transforme la détention en un parcours de réadaptation sociale et sanitaire à travers un mode de vie communautaire responsabilisant. Ce concept repose sur l’engagement volontaire des détenus qui, en échange d’un cadre de vie plus autonome et apaisé, s’investissent dans un travail régulier et des activités collectives favorisant la restauration de l’estime de soi. En associant étroitement le personnel pénitentiaire et les soignants, ce dispositif vise à rompre avec l’oisiveté et l’isolement pour préparer une sortie durable de l’addiction et de la délinquance. La ferme thérapeutique de Neuvic a servi de preuve de concept pour démontrer qu’en traitant les détenus comme des patients acteurs de leur vie, on réduit massivement les incidents en détention et on améliore leurs chances de réinsertion sans drogue à la sortie. C’est ce modèle que les URUD cherchent aujourd’hui à reproduire et à adapter dans d’autres prisons.