« J’ai secoué une fois mes filles »

N° 311 - Octobre 2026
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Accusé d’avoir violenté ses enfants, Jordan arrive au CMP sous contrôle judiciaire. Derrière la banalisation des gestes, l’entretien fait émerger les fragilités d’un père sans repères.

Jordan est un homme souriant, nerveux, la quarantaine, avec un visage avenant. Nous le recevons avec mon collègue infirmier pour un premier entretien d’accueil. J’ai dans les mains sa fiche administrative et son « ordonnance de placement sous contrôle judiciaire » (1).

Il nous serre la main et tape familièrement sur l’épaule de mon collègue masculin comme pour chercher un allié. Assez revendicatif, il précise qu’il a été victime de rumeurs et qu’on cherche à le blesser et à faire croire qu’il est un mauvais père. Son frère, avocat, lui a conseillé de venir au CMP afin de trouver l’aide pour « sortir de tout ça et retrouver une vie normale ».

« Vous comprenez ça, vous ? »

Jordan parle vite et fort, gesticule, dit qu’il n’aime pas les embrouilles et que c’est à cause de personnes comme cette voisine ou la professeure principale du collège que ça a dégénéré et que les policiers ont débarqué chez lui, il y a un mois, pour le mettre en garde à vue. « Les flics sont venus à quatre me chercher chez moi, le matin, comme un criminel. Tous les gens de l’immeuble étaient sortis devant leur porte pour me regarder, tout ça parce que j’ai secoué une fois mes filles, vous comprenez ça, vous ? ». Il cherche notre approbation : « Je suis sûr qu’à votre époque c’était pas comme ça non plus ». Je jette un œil à mon collègue, qui doit avoir comme moi à peu près le même âge que le patient. J’imagine qu’il a dû recevoir autant de claques que moi et c’est vrai qu’à l’époque personne autour de nous n’aurait eu l’idée de faire un signalement pour des châtiments corporels de la part des parents. Aujourd’hui, le monde a changé et la France a interdit les « violences éducatives ordinaires et les punitions corporelles » depuis le 10 juillet 2019 (2).

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