Dépression périnatale : des IPA PSM s’engagent

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Un protocole de coopération, portant sur la prise en charge de la dépression légère à modérée en période périnatale par une infirmière en pratique avancée psychiatrie et santé mentale (IPA PSM), est actuellement en cours d’élaboration (application en janvier 2027) au département Périnatalité et petite enfance (PPE) du Pôle de l’enfant et de l’adolescent (PEA) du Vinatier – Psychiatrie Universitaire Lyon Métropole. Ce protocole permettra d’agir tôt, tout en réservant le temps médical aux situations les plus sévères

Pour rappel, les protocoles de coopération, créés par la loi HPST du 21 juillet 2009 (1), permettent à des professionnels de santé qui travaillent en équipe de se répartir certaines activités ou certains actes de soin. Concrètement, un professionnel peut réaliser, après une formation spécifique et dans un cadre défini, des actes qui ne relèvent pas habituellement de ses compétences. Le protocole fixe les situations concernées, les règles de sécurité, et les conditions de recours au professionnel délégant.

Ce protocole centré sur une consultation infirmière en pratique avancée psychiatrie et santé mentale (IPA PSM) en accès direct, pour la prise en charge de la dépression légère à modérée en période périnatale (1) répond d’abord à un besoin clinique. La dépression en période périnatale est en effet fréquente : 16,7 % des femmes présentent des symptômes dépressifs deux mois après l’accouchement, et près des trois quarts de celles qui ont eu des difficultés psychologiques pendant la grossesse n’ont pas eu recours à des soins en santé mentale (Doncarli et al., Santé publique France, 2021) (3). Dans ce contexte, la Haute autorité de santé (HAS) rappelle qu’une prise en charge rapide limite le risque d’aggravation et le retentissement sur le lien parent-bébé et le développement de l’enfant (2021) (4).

En ouvrant un accès direct à une IPA-PSM pour les formes légères à modérées de depression périnatales, ce protocole permet donc d’agir tôt, tout en réservant le temps médical aux situations les plus sévères.  Ce dispositif constitue une première en psychiatrie car il délègue à une IPA une activité diagnostique précise : le diagnostic de dépression légère à modérée en période périnatale. Pour les patientes répondant aux critères du protocole, l’IPA réalise l’évaluation clinique et pose le diagnostic. Pour une forme légère, la prise en charge repose d’abord sur le soutien psychothérapeutique, l’organisation du parcours de soin et la prévention de l’aggravation. Un antidépresseurinhibiteur sélectif de la recapture de la sérotonine (ISRS) n’est envisagé qu’en cas de persistance ou d’aggravation. Pour une forme modérée, l’IPA peut initier un ISRS, la sertraline en première intention, et si besoin un anxiolytique transitoire (oxazépam en première intention). La situation est réévaluée à J7, J14 et J30. Toute aggravation ou sortie du cadre défini nécessite un recours au psychiatre. Les situations sévères, les symptômes psychotiques ou maniaques, le risque suicidaire constitué et les alertes somatiques ou obstétricales restent en dehors du protocole et relèvent du psychiatre ou de la filière urgente.

Le protocole transforme ainsi un accès direct théorique en accès direct réellement opérant. En effet, si depuis 2025 un patient peut être adressé directement à une IPA sans consultation médicale préalable (5), cette évolution n’ouvre pas pour autant à l’ensemble des activités diagnostiques et thérapeutiques. En psychiatrie et santé mentale, les prescriptions initiales restent encadrées par des listes précises. Sans diagnostic médical préalable, l’IPA PSM peut notamment prescrire uniquement de l’hydroxyzine et des correcteurs de neuroleptiques. En revanche, la prescription d’un ISRS ou d’un anxiolytique pour un syndrome anxio-dépressif peu sévère à modéré suppose qu’un diagnostic ait déjà été posé par un médecin (6). Une patiente peut donc accéder directement à l’IPA PSM, mais cette dernière ne peut pas toujours mener la prise charge initiale à son terme. Le protocole en cours d’élaboration comble cet écart.

Concrètement, les femmes enceintes (ou jusqu’à douze mois après l’accouchement) peuvent être orientées vers l’IPA PSM par un professionnel de santé, notamment une sage-femme, les urgences ou encore la protection maternelle et infantile. Les consultations se déroulent au sein de l’équipe mobile de psychiatrie périnatale, en consultation post-urgence ou à domicile. L’évaluation associe entretien clinique, passation de l’échelle l’Edinburgh postnatal depression scale (7) et évaluation du risque suicidaire pour confirmer l’éligibilité au protocole et orienter la décision.

L’IPA PSM qui met en œuvre ce protocole doit justifier d’une expérience professionnelle solide : au moins trois ans d’exercice à temps plein en psychiatrie, dont une année en psychiatrie périnatale. S’y ajoute une formation spécifique au protocole, théorique et pratique, validée par le médecin délégant, ainsi qu’une supervision clinique régulière. Le maintien des compétences repose sur une activité minimale annuelle et sur des réunions de supervision avec le délégant. Ce cadre d’expérience et de supervision est la condition de sécurité du protocole.

Ce protocole s’inscrit dans une organisation des soins fondée sur la gradation des métiers : les activités de consultation et de prescription sont réparties selon l’intensité et la stabilité des troubles. Il s’agit de positionner le professionnel le plus adapté à la situation et de réserver le temps médical aux formes les plus complexes. Le Vinatier, en émettant un avis favorable à la proposition du pôle de pédopsychiatrie via la commission médicale d’établissement et la commission des soins infirmiers, de rééducation et médico-techniques, puis grâce à la validation du directeur Pascal Mariotti, poursuit son engagement dans l’innovation des pratiques au bénéfice de tous.

(1)Porté par le Dr Marion Thevenet, cheffe de service périnatalité et petite enfance, et Fleur Vandorpe, infirmière en pratique avancée psychiatrie et santé mentale (IPA-PSM), avec l’accompagnement de Brian Levoivenel pour le réseau COPSY, avec le soutien du Dr Sandrine Sonie, cheffe de pôle PEA, et des cadres supérieurs de santé Benjamin Garnier et Corinne Bouchet-Paul ainsi que de Pierre-Hubert Ducharme, coordonnateur général des soins.

(2)Loi HPST du 21 juillet 2009 portant réforme de l’hôpital et relative aux patients, à la santé et aux territoires, https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000020879475

(3) Doncarli A, Demiguel V, Le Ray C, et al. Depression at 2 Months Postpartum: Results From the French National Perinatal Survey. J Clin Psychiatry. 2025 (données de l’Enquête nationale périnatale 2021).
Santé publique France. Santé mentale des femmes en période périnatale en France en 2021 : résultats issus des enquêtes nationales ENP, ENP-DROM et Epifane. Synthèse des travaux de l’agence. Publié le 8 juillet 2026.
https://www.santepubliquefrance.fr/sante-mentale/depression-et-anxiete/enquetesetudes/sante-mentale-des-femmes-en-periode-perinatale-en-france-en-2021-resultats-issus-des-enquetes

(4) Haute Autorité de Santé. Repérage, diagnostic et prise en charge des troubles psychiques périnatals. Note de cadrage. Validée le 25 novembre 2020, mise en ligne le 29 janvier 2021.
https://www.has-sante.fr/jcms/p_3234406

(5) Décret n° 2025-55 du 20 janvier 2025 relatif aux conditions de l’accès direct aux infirmiers en pratique avancée. Journal officiel de la République française, n° 0017 du 21 janvier 2025. https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000051013550/

(6) Ministère du Travail, de la Santé, des Solidarités et des Familles. (2025, 25 avril). Arrêté du 25 avril 2025 modifiant l’arrêté du 18 juillet 2018 fixant les listes permettant l’exercice infirmier en pratique avancée en application de l’article R. 4301-3 du Code de la santé publique. Journal officiel de la République française, n° 0102 du 30 avril 2025. https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000051533034

(7) Guedeney, N., & Fermanian, J. (1998). Validation study of the French version of the Edinburgh Postnatal Depression Scale (EPDS): New results about use and psychometric properties. European Psychiatry, 13(2), 83–89. https://doi.org/10.1016/S0924-9338(98)80023-0 – L’Edinburgh Postnatal Depression Scale (EPDS) est un auto-questionnaire de 10 items, validé en français, utilisé pour repérer les symptômes dépressifs pendant la grossesse et le post-partum et en suivre l’évolution. Elle ne constitue pas à elle seule un diagnostic : son résultat doit être interprété dans le cadre d’une évaluation clinique, notamment en cas de score élevé ou de réponse positive à l’item relatif aux idées suicidaires. Dans le protocole, un score entre 10 et 21, associé à une urgence faible à modérée et à un entretien clinique compatible, oriente vers une dépression légère à modérée en période périnatale.