Le droit à l’avortement est inscrit dans la Constitution depuis maintenant deux ans. Mais comment se passe réellement l’accès à l’IVG ? Quels sont les obstacles ? Constate-t-on une évolution depuis 2 ans ? Quels tabous subsistent au sein de la société française ? Une enquête réalisée par le Planning familial dresse l’état des lieux d’un parcours encore « semés d’obstacles ».
L’adhésion au droit à l’avortement reste très forte : 86 % des Français(e)s considèrent l’autorisation de l’IVG comme une bonne chose. La constitutionnalisation est également largement perçue comme une protection : 87 % estiment qu’elle garantit l’accès à l’IVG dans le futur. Pour autant, les inquiétudes progressent : 36 % des Français(e)s pensent que le droit à l’avortement pourrait être remis en cause prochainement, contre 30 % en 2024. Cette crainte atteint 56 % des femmes ayant elles-mêmes eu recours à une IVG. La constitutionnalisation semble perçue comme insuffisante face aux attaques contre le droit à l’avortement. Une crainte sans doute nourrie par les exemples étrangers, mais aussi par la diffusion massive de discours anti-droits sur les chaînes d’information et les réseaux sociaux.
Un accès jugé facile en France, mais des difficultés bien réelles dans les parcours
80 % des Français(e)s considèrent qu’il est facile d’accéder à une IVG en France, et 75 % près de chez eux. Cette perception varie toutefois selon les territoires : 69 % jugent l’accès facile dans les zones rurales et les petites villes, contre 80 % dans l’agglomération parisienne. À l’inverse, seulement 28 % des français(e)s pensent qu’il est facile d’accéder à l’avortement à l’étranger, même si cette proportion progresse de 8 points par rapport à 2024. En effet, en Europe, plus de 20 millions de femmes n’ont pas accès à l’avortement. Il est également intéressant de noter que les femmes ayant déjà avorté se révèlent plus optimistes quant à la facilité d’y accéder dans ces trois contextes, probablement car, ayant eu cette expérience, elles sont plus au fait des procédures. Cette perception plutôt positive de l’accès en France contraste néanmoins avec les difficultés effectivement rencontrées dans les parcours : 72 % des femmes ayant avorté dans un établissement de santé ont attendu plus de 7 jours pour obtenir leur rendez-vous, contre 54 % en 2024. Des chiffres particulièrement préoccupants, qui témoignent notamment du manque de structures et de professionnel·les pratiquant l’IVG, avec pour conséquence un engorgement des services. Un constat d’autant plus alarmant que dans ses directives sur les soins liés à l’avortement, l’OMS se positionne strictement contre tout délai d’attente obligatoire.Une femme sur deux indique également qu’un(e) professionnel(le) a refusé de l’accompagner pour l’intervention, contre 27 % en 2024. L’enquête ne nous dit pas si le professionnel de santé a fait usage de sa clause de conscience spécifique à l’IVG. En revanche ces portes fermées constituent de véritables freins auxquels il faut s’attaquer concrètement si l’objectif est de réellement améliorer l’accès à l’avortement.
Un parcours globalement bien accompagné, mais le choix n’est pas toujours garanti
Une fois la prise en charge engagée, le parcours médical reste majoritairement bien évalué : 80 % des femmes disent s’être senties bien accompagnées par le personnel médical, 79 % en maîtrise de la situation et 77 % soutenues et entourées par leurs proches. Ces résultats positifs ne doivent cependant pas masquer certaines difficultés : environ une femme sur cinq n’a pas eu le sentiment d’avoir pleinement le choix de sa méthode d’IVG et près d’une sur quatre ne s’est pas vu proposer d’antidouleurs. Le libre choix de la méthode, défendu par le Planning familial et garanti par la loi, est pourtant essentiel : il constitue un enjeu majeur d’égalité d’accès à l’IVG et d’autonomie des personnes.
La parole se libère, mais le tabou et les pressions persistent
La parole autour de l’avortement semble davantage se libérer : 82 % des femmes ayant avorté en ont parlé avec leur famille, soit 19 points de plus qu’en 2024, et 80 % avec leurs ami(e)s. Pourtant, 35 % disent encore avoir eu des difficultés à parler de leur intention d’avorter avec leur entourage. Les pressions restent également très présentes dans les parcours : 65 % déclarent avoir ressenti une certaine pression pour avorter et 62 % une pression pour ne pas avorter. Plus largement, les pressions constituent le premier frein à l’accès à l’IVG cité par les femmes ayant elles-mêmes avorté, devant la peur du jugement et le manque de structures. Le volet qualitatif confirme que, malgré la forte reconnaissance du droit à l’avortement, le tabou, la peur du jugement et certaines formes de honte restent présents. L’avortement demeure notamment moins spontanément abordé que la contraception ou les infections sexuellement transmissibles.
• Avorter aujourd’hui en France, quelles réalités ? Baromètre 2026 sur l’accès à l’avortement en France, Planning familial, septembre 2026.
• A lire aussi sur santementale.fr « En 2025, les sages-femmes réalisent la moitié des IVG hors établissement« , 24 septembre 2026.











