L’association « La Convergence des Psychologues en Lutte » alerte sur les nouvelles missions des Centres d’Action Médico-Sociale Précoce (CAMSP) et des Centres Médico-Psycho-Pédagogiques (CMPP) qui cible en priorité les évaluations et les interventions dans le champ des Troubles du NeuroDéveloppement (TND).
Le décret du 26 juin 2026, relatif aux missions des Centres d’Action Médico-Sociale Précoce (CAMSP) et des Centres Médico-Psycho-Pédagogiques (CMPP) (1), redessine en profondeur l’organisation et le fonctionnement de ces structures. Portée par l’ambition de fluidifier les parcours de soins articulant santé, éducation et social, cette réorganisation de l’accompagnement des enfants en difficulté en France suscite une vive inquiétude au sein de la profession des psychologues, quant aux conséquences pour les équipes, les familles et les enfants accompagnés.
L’hégémonie du neurodéveloppement et le risque de la standardisation
L’association « La Convergence des Psychologues en Lutte » (2) tire la sonnette d’alarme : la réforme cible en priorité les évaluations et les interventions dans le champ des Troubles du NeuroDéveloppement (TND). En incitant les partenaires dits de « seconde ligne » à se spécialiser dans le handicap, cette réforme impose une grille de lecture unilatérale. Le résultat est un sur-diagnostic systématique qui envahit l’ensemble des situations de souffrance psychique, masquant totalement la complexité de leurs sources. L’enfant risque d’être réduit à une simple liste de symptômes à rééduquer.
L’élargissement des missions, de ces structures vers un modèle de prise en charge plus globale et coordonnée, (incluant prévention, évaluations standardisées globales, coordination des parcours et élaboration de projets thérapeutiques individualisés), alourdit considérablement leur charge administrative. Les équipes, souvent confrontées à des conditions d’exercice très soutenues, redoutent en effet de voir leur temps clinique réduit au profit de la rédaction de bilans et de la gestion bureaucratique.
L’opposabilité des RBPP et la mise en cause de l’autonomie clinique
Autre point de tension majeur : l’obligation faite aux CAMSP et CMPP d’exercer leurs missions dans le strict respect des recommandations de bonnes pratiques professionnelles (RBPP), de fait rendues contraignantes. Cette transformation des recommandations en prescriptions obligatoires renforce les leviers de contrôle des Agences Régionales de Santé (ARS) et redéfinit le fil conducteur des pratiques, des évaluations et des contrôles des structures.
Le décret exige par ailleurs des psychologues qu’ils justifient d’une formation continue centrée sur les TND et les méthodes « validées scientifiquement », assortie d’une supervision obligatoire et d’outils d’évaluation uniformisés. Si ces dispositions valorisent l’expertise en neuropsychologie, elles s’accompagnent, selon l’association, d’une invisibilisation de la tradition française de la psychologie clinique et d’une perte d’autonomie pour les praticiens.
Vers une uniformisation du soin psychique ?
Pour La Convergence des Psychologues en Lutte, cette réforme constitue le maillon d’une transformation plus vaste de la santé mentale, ce texte n’étant pas une réforme isolée. En s’articulant à des dispositifs comme MonSoutienPsy et à la normalisation des pratiques par les protocoles, elle interroge la place accordée à la singularité du sujet.
Les signataires en appellent à la défense d’une approche pluraliste et humaniste du soin : « Défendre la pluralité des pratiques psychologiques n’est pas défendre les intérêts d’une profession : c’est défendre le droit de chaque enfant à bénéficier d’un accompagnement qui ne soit pas dicté par un protocole unique, mais construit à partir de son histoire, de ses liens, de sa souffrance et de sa singularité. »
Parce qu’un enfant ne se résume ni à un diagnostic, ni à un protocole, ni à des indicateurs de performance, la CPL continuera d’alerter sur les conséquences de ces réformes et de défendre une conception humaniste, pluraliste et relationnelle du soin psychique, fondée sur la liberté de jugement clinique, la richesse des approches théoriques et l’intérêt supérieur de chaque enfant.
(1) Décret n°2026-580 du 26 juin 2026, publié au Journal Officiel le 27 juin 2026.
(2) Association La Convergence des Psychologues en Lutte (CPL) : convergencepsychologues@gmail.com / https://convergencedespsychologuesenlutte.com/.










