Les pistes d’économie de la Cnam pour 2027…

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Dans son rapport Charges et Produits 2027, l’Assurance Maladie formule 40 propositions visant à éclairer le débat public et à contribuer au projet de loi de financement de la Sécurité sociale. Ce rapport s’articule autour de trois grandes priorités : opérer un virage préventif ; améliorer les parcours de soins des patients ; rembourser le juste soin au juste prix. Il propose entre autres d’étendre Mon soutien psy aux personnes âgées sous benzodiazépines et recommande de favoriser la déprescription.

Dans un contexte budgétaire toujours contraint, le rapport Charges & Produits pour 2027 maintient le cap fixé dans le rapport exceptionnel de l’année précédente. Face à un déficit estimé à 13,8 milliards d’euros pour 2026, l’Assurance Maladie formule des pistes d’économies pour 2027, d’un montant de 3,9 milliards d’euros. Face aux défis actuels et à venir, le rapport propose des orientations structurelles pour assurer la viabilité du système de santé tout en améliorant la qualité des soins et l’équité d’accès pour l’ensemble des assurés.

Pour approfondir encore les projections à horizon 2030 présentées l’année passée, l’Assurance Maladie a enrichi et complété les analyses à partir de nouvelles études ou d’expériences étrangères : impact des polypathologies, partenariatavec l’OCDE pour évaluer le retour sur investissement des programmes de prévention, et enfin panorama inédit de la situation sanitaire dans les départements et régions d’outre-mer.

Des projections financières démontrant la nécessité d’un virage préventif

Le déficit projeté de l’Assurance Maladie est estimé à 13,8 milliards d’euros en 2026, en baisse de plus de 2 milliards par rapport à 2025, soit un retour au niveau de 2024. Cette amélioration tient notamment à des recettes plus élevées qu’attendues, mais les perspectives restent très préoccupantes, car la pression du vieillissement et des maladies chroniques notamment continue de peser lourdement sur le système de santé.


À l’horizon 2035, selon les estimations de l’Assurance Maladie, près d’une personne sur deux serait concernée par une maladie chronique, soit un effectif total de 27,7 à 30,4 millions de personnes. Parallèlement, près d’1 adulte sur 5 vit aujourd’hui avec plusieurs maladies chroniques simultanées.
Ces situations de polypathologies entraînent des surcoûts importants (+ 8 863 euros en moyenne en 2024 par rapport à une personne sans polypathologie) et une mortalité plus élevée. En fonction des scenarii observés, les pathologies chroniques pourraient représenter jusqu’à 70% de la dépense remboursée totale en 2035 (contre 65,1% en 2024).


Si la tendance actuelle se poursuit, les dépenses de santé pourraient atteindre 270 milliards d’euros à l’horizon 2030 (+ 60 Mds€ par rapport à 2024). En agissant davantage sur la pertinence et l’efficacité des dépenses, via une régulation « volontariste », cette progression pourrait être contenue à 255 milliards d’euros.
Mais seul un investissement massif dans la prévention, associé à une maîtrise des dépenses plus forte, pourraient contenir les dépenses de santé à hauteur de 245 milliards d’euros, tout en permettant aux assurés de vivre plus longtemps en bonne santé.

L’Assurance Maladie ancre enfin l’ensemble des scénarii identifiés autour d’une conviction forte : la nécessité de faire évoluer les dépenses de santé au même rythme que la croissance du PIB national, seul à même d’assurer la soutenabilité financière de notre système.

Axe 1 – La prévention : la grande cause décennale


Cette année, l’Assurance Maladie a souhaité nouer un partenariat inédit avec l’OCDE, afin d’objectiver et d’évaluer à long terme le retour sur investissement des politiques de prévention.
L’analyse montre qu’une stratégie cohérente, combinant des interventions complémentaires tout au long de la vie et ciblant différents facteurs de risque, génère des gains sanitaires et économiques significatifs :

  • promouvoir une alimentation saine et durable (Nutri Score) ;
  • protéger la jeunesse et agir sur les maladies respiratoires (l’Assurance Maladie soutient la proposition de loi « Pour une génération sans tabac » visant à interdire la vente de tabac à une classe d’âge, dépistage de la BPCO et du cancer du poumon).
  • Dépister et accompagner dès le plus jeune âge (troubles visuels, troubles du langage). Par ailleurs, face à l’augmentation des tentatives de suicide et d’automutilation chez les jeunes, l’Assurance Maladie souhaite s’appuyer sur les résultats positifs des expérimentations mises en œuvre dans le cadre de l’article 51 pour agir sur deux leviers – clés pour cette classe d’âge : réduire les délais d’accès aux soins spécialisés et proposer des prises en charge adaptées

Axe n°2 – Prendre en charge au bon endroit et au bon moment les malades chroniques

Pour les personnes atteintes de maladies chroniques, la proximité et la coordination des soins sont essentielles. L’Assurance Maladie considère que la médecine de ville est le socle du parcours de soins de ces patients.
– Remettre le patient au cœur de sa prise en charge. L’amélioration des soins en ville passe aussi par une meilleure prise en compte de l’expérience des patients. L’Assurance Maladie dispose d’atouts importants pour accélérer cette dynamique en France, notamment grâce au recueil de l’expérience patient déjà engagé dans les expérimentations menées avec les maisons de santé pluriprofessionnelles (PEPS et IPEP).
– Faire face au vieillissement de la population
Alors que d’ici 2035, les personnes de plus de 75 ans devraient représenter 13,5 % de la population, l’Assurance Maladie identifie des mesures concrètes pour favoriser le vieillissement en bonne santé :

Déployer une campagne de vaccination contre les pneumocoques chez les personnes âgées :
Etendre Mon soutien psy aux personnes âgées sous traitement par benzodiazépines, afin de mieux répondre à leurs besoins psychiques. Aujourd’hui, un quart des personnes de 65 ans et plus a bénéficié d’un remboursement de benzodiazépines dans l’année. Le rapport recommande également de favoriser le diagnostic précoce des maladies neurodégénératives en ville, pour intervenir avant que les situations se dégradent.

Développer des hébergements temporaires via les agences régionales de santé, pour fluidifier. le parcours de soins des personnes âgées sortant de SMR et favoriser le retour à domicile

Enfin, le rapport apporte un éclairage inédit sur l’activité hospitalière. Entre 2017 et 2023, le volume de soins par lit a légèrement reculé pendant l’épidémie de Covid (baisse de -0,5 %) mais n’a pas retrouvé son niveau antérieur. Si les établissements de santé importants ont mieux résisté, ceux d’une taille plus limitée, connaissent un recul plus durable, lié notamment à une patientèle plus âgée et à des séjours plus longs. L’enjeu est ainsi de positionner de manière adaptée le rôle de ces établissements en articulant davantage leurs activités avec les professionnels en ville, le secteur médico-social et les autres acteurs hospitaliers pour assurer une gradation des soins et permettre des parcours plus efficaces et cohérents.

Axe n°3 – Des actions structurantes pour payer le juste soin au juste prix


Pour rétablir une dynamique de dépenses soutenable pour la collectivité, des actions fortes doivent être prises dès à présent, avec une exigence : financer le juste soin au juste prix. S’appuyant sur des analyses médico-économiques, le rapport met en évidence la nécessité de transformations structurelles, tant sur les produits de santé que sur les actes de certaines professions de santé.

La régulation des dépenses de médicaments au cœur de la stratégie d’efficience
Avec le vieillissement de la population, la hausse des maladies chroniques et l’arrivée de traitements innovants, les dépenses de médicaments remboursées par l’Assurance Maladie continuent d’augmenter fortement : particulièrement en oncologie qui représente un quart des dépenses de médicaments et en est le principal moteur de croissance. Ainsi, les dépenses nettes de médicaments anticancéreux ont atteint 7,1 milliards d’euros en 2024, soit une hausse de 10,2% par an sur cinq ans.
Afin d’optimiser la prescription de ces innovations thérapeutiques, l’Assurance Maladie propose une approche plus ciblée :
▪ privilégier les traitements les plus efficients ;
▪ réduire l’intensité ou la durée de certains protocoles sans perte de chance pour le patient ;
▪ mieux adapter les prises en charge aux personnes âgées atteintes de cancer.

D’une façon plus générale, plus les patients avancent en âge, plus les traitements se cumulent, avec des effets parfois lourds sur leur qualité de vie. C’est pourquoi l’Assurance Maladie recommande de favoriser la déprescription, en ville comme à l’hôpital, en mettant à disposition des professionnels de santé des outils dédiés, ou encore par la mise en place d’une consultation dédiée pour faire le point sur les médicaments, au moment de l’entrée en EHPAD.

Poursuivre les efforts en matière de prévention et de maîtrise des arrêts de travail
Le dynamisme particulièrement marqué des indemnités journalières pour accidents du travail et maladies professionnelles (+30 % en 5 ans) s’explique principalement par la hausse de la durée de ces arrêts. Le rapport formule plusieurs propositions pour renforcer la prévention et le suivi de ces arrêts longs.

Lutte contre les fraudes : une mobilisation fructueuse qui doit se poursuivre
En 2025, la lutte contre les fraudes à l’Assurance Maladie a franchi un nouveau cap, avec près de 723 millions d’euros de préjudices financiers détectés et stoppés, un résultat inédit témoin de l’efficacité des dispositifs de contrôle et de détection qui doit se poursuivre. Le rapport propose d’aller plus loin dans la sécurisation du système actuel de facturation et de prescription, en poursuivant la dématérialisation des flux, en encadrant les délais de facturation ou encore en conditionnant le tiers- payant à la présentation de la carte Vitale.



Axe n°4 – Les DROM : des enjeux majeurs de santé publique, qui appellent à une mobilisation forte et adaptée aux contextes locaux


L’Assurance Maladie a souhaité, dans cette édition pour 2027, réaliser un focus dédié sur la situation sanitaire dans les départements et régions d’outre-mer.
Bien que les réalités sanitaires soient contrastées, ces territoires présentent des indicateurs de santé moins favorables qu’en France hexagonale et sont confrontés à des vulnérabilités spécifiques nmanifestes (risques climatiques et épidémiques accrus, accès aux soins parfois plus difficile en lien avec leur insularité et éloignement, taux de pauvreté 2 à 4 fois supérieur à l’hexagone, maladies infectieuses plus présentes…).
Afin de répondre à ces enjeux majeurs et à garantir l’équité dans l’accès aux soins, l’Assurance Maladie consacre plus d’une dizaine de propositions fortes, pour améliorer la prévention et l’organisation des soins :

  • Alignement strict des taux de sucres présents dans les produits commercialisés dans les Drom avec ceux distribués en France hexagonale
  • Lancement d’un grand Plan Diabète dans les départements et régions d’outre-mer, à l’instar de celui déployé sur La Réunion
  • Renforcement dédié du dispositif Mon soutien Psy et adaptation aux spécificités locales
  • Actions combinées et innovantes en matière de santé sexuelle, en lien avec les acteurs de terrain
  • Amélioration de la participation aux dépistages précoces (cancers notamment)
  • Prévention vers les enfants : périnatalité, surpoids et obésité, addictions.

Le précédent rapport Charges et Produits avait fixé une trajectoire claire et ambitieuse : assurer une évolution des dépenses et des recettes au rythme de la richesse nationale à l’horizon 2030, ce qui implique de réaliser 3,9 milliards d’euros d’économies par an. Le rapport document donc ce même objectif de 3,9 mds d’€

Présentation du rapport annuel « Charges et Produits pour 2027 » : 40 propositions – clés de l’Assurance Maladie pour l’avenir de notre système de santé