Un an après le lancement de son appel à projets « Douleurs et santé psychique », portant sur le sujet de la santé mentale, la Fondation APICIL annonce les 14 équipes de recherche et de soin qu’elle soutient pour un montant global de 300 000 €. Sélectionnés parmi 81 candidatures par un jury pluridisciplinaire de 17 experts, ces projets explorent, partout en France, les liens encore trop peu documentés entre douleur physique et souffrance psychique
La majorité des projets retenus interrogent le lien entre douleur chronique et vulnérabilité psychiatrique — dépression, stress post-traumatique, trouble bipolaire, risque suicidaire — dans des pathologies aussi diverses que la drépanocytose, la fibromyalgie, le syndrome d’Ehlers-Danlos (1) ou le cancer.
Plusieurs équipes explorent des populations pour lesquelles cette intrication reste peu étudiée : personnes âgées, adolescents, personnes autistes ou porteuses d’un trouble du neurodéveloppement, jeunes veuves.
D’autres misent sur des approches non médicamenteuses — art-thérapie, danse- mouvement-thérapie, médiation musicale, cohérence cardiaque, stimulation du nerf vague — pour apaiser conjointement le corps et l’esprit.
Portés par des CHU, des associations et des équipes universitaires de toute la France (Paris, Lyon, Toulouse, Poitiers, Clermont-Ferrand, Rouen, Montpellier, Amiens, Armentières, Chambéry), ces 14 projets illustrent la diversité des réponses possibles à un même constat : la douleur et la souffrance psychique s’aggravent mutuellement, et les
prises en charge doivent apprendre à les traiter ensemble.
Les 14 projets lauréats
Douleur et vulnérabilités psychiques chez la personne âgée : étude pilote randomisée de Stimulation Transcutanée auriculaire du Nerf Vague (sTNV) — GHU AP-HP Centre – Université Paris Cité, Hôpital Broca (Paris) — Recherche clinique — Leila Djabelkhir, neuropsychologue. Cette étude pilote testera, chez des personnes de 60 ans et plus souffrant de douleurs chroniques, l’intérêt d’une stimulation électrique douce appliquée au niveau de l’oreille pour soulager la douleur et améliorer le bien-être psychique.
Prise en charge du trouble de stress post-traumatique par thérapie de reconsolidation sous propranolol et impact sur le syndrome fibromyalgie — Centre Hospitalier Henri Laborit (Poitiers) — Recherche clinique — Dr Ghina Harika- Germaneau, psychiatre. Ce projet évalue si une thérapie associant un médicament cardiologique bien connu à la relecture guidée d’un souvenir traumatique peut soulager les patients souffrant à la fois de fibromyalgie et de stress post-traumatique.
Signatures épigénétiques de la douleur comme biomarqueurs de vulnérabilité suicidaire dans les troubles de l’humeur (DOCS-METHYL) — CHU de Montpellier — Recherche — Pr Émilie Olie. En analysant l’ADN de patients hospitalisés pour dépression, cette recherche cherche des marqueurs biologiques capables d’identifier les personnes les plus vulnérables au risque suicidaire selon leur sensibilité à la douleur.
Dépression et trajectoire migraineuse dans le trouble bipolaire : étude de cohorte avec suivi numérique — CHU de Clermont-Ferrand — Recherche — Pr Ludovic Samalin, psychiatre. Grâce à une application smartphone renseignée chaque semaine, cette étude suit conjointement l’humeur et les migraines de patients bipolaires pour mieux comprendre comment ces deux troubles s’influencent mutuellement.
SOMA-PAIN : Étude des Expériences Corporelles Atypiques associées à la douleur chronique — Université de Rouen Normandie — Recherche en sciences,humaines et sociales — Josselin Baumard, enseignant-chercheur en neuropsychologie. Ce projet donne la parole aux patients douloureux chroniques sur leurs expériences corporelles atypiques — comme la sensation qu’un membre ne leur appartient plus — afin de bâtir un questionnaire utile aux cliniciens.
Drépa-Trauma : le stress post-traumatique comme facteur d’amplification de la douleur dans la drépanocytose. Étude multicentrique — Université Paris Nanterre — Recherche — Marie-Claire Gay, professeure de psychologie clinique. En interrogeant 350 patients drépanocytaires dans plusieurs centres hospitaliers, cette étude cherche à démontrer comment le stress post-traumatique lié aux crises douloureuses amplifie la douleur, pour mieux orienter les traitements et lutter contre la stigmatisation de ces patients.
Veuvage précoce : un facteur de risque de complications somatiques et douloureuses — identification et prévention — CURAPP-ESS, Université de Picardie Jules Verne — Recherche en sciences humaines et sociales — Nathalie Le Bouteillec, professeure de démographie. Cette enquête qualitative explore les conséquences physiques et douloureuses du deuil chez les personnes de moins de 55 ans ayant perdu leur partenaire, un sujet encore peu étudié par la recherche.
SYNAPSE : Synergie des Approches Pluridisciplinaires pour les Situations complexes en Évaluation — Centre Léon Bérard (Lyon) — Recherche — Dr Olivier Renard. Cette étude décrit les parcours de patients atteints de cancer pris en charge par un hôpital de jour réunissant addictologue, algologue et psychiatre, pour mieux répondre aux situations où douleur, addiction et détresse psychique s’entremêlent.
Comprendre le risque suicidaire de personnes atteintes du syndrome d’Ehlers-Danlos hypermobile (RISEDh) — Institut de Psychologie, Université Paris Cité — Recherche — Carolina Baeza-Velasco. Cette étude mesure la fréquence des pensées et comportements suicidaires chez les personnes atteintes du syndrome d’Ehlers- Danlos hypermobile, une maladie génétique douloureuse encore insuffisamment reconnue.
Troubles du neurodéveloppement (TND) et douleur chronique —Amélioration du parcours de soins et projet de recherche ACT-TND — Centre Hospitalier Métropole Savoie, Hôpital Reine Hortense (Chambéry) — Projet pilote
— Dr Florence Van de Velde, médecine de la douleur. Ce projet forme les équipes soignantes et teste une thérapie de groupe adaptée pour mieux accompagner les patients porteurs de troubles du neurodéveloppement (autisme, TDAH) confrontés à la douleur chronique.
Aide à l’auto-gestion de l’anxiété chez les patients douloureux chroniques— Centre Hospitalier d’Armentières, Structure Douleur Chronique Polyvalente — Projet pilote — Valérie Gournay-Wavreille. Cet atelier associe respiration contrôlée, (cohérence cardiaque) et aromathérapie pour aider les patients douloureux chroniques anxieux à mieux gérer leur anxiété au quotidien.
ANTICIP’DOULEUR — Équipe mobile douleur et habituation aux soins pour les personnes avec autisme ou déficience intellectuelle — Centre Ressources Autisme Rhône-Alpes — Projet pilote — Fleuriane Almodovar, infirmière, chargée de projets accès aux soins. Cette équipe mobile ira à la rencontre des personnes autistes ou porteuses d’une déficience intellectuelle pour préparer les soins en amont et éviter que ceux-ci ne deviennent des expériences traumatisantes.
Danser l’invisible, peindre l’indicible — Consultation douleur chronique, Hôpital Joseph Ducuing (Toulouse) — Projet pilote — Quitterie Bloch, infirmière ressource douleur. Des ateliers d’art-thérapie et de danse-mouvement-thérapie proposeront aux patients douloureux chroniques de renouer avec leur corps autrement que par la douleur.
Projet pilote de médiation musicale et sensorielle pour l’apaisement de la douleur et de la souffrance psychique — Association Pôle art & handicap du Tison / Centre Hospitalier Henri Laborit (Poitiers) — Projet pilote — Cindy Clech. Des séances hebdomadaires de médiation musicale et sensorielle offriront aux patients suivis en santé mentale un temps d’apaisement du corps et de l’esprit.
(1) Anomalie rare du tissu conjonctif d’origine héréditaire caractérisée par une hyperextensibilité de la peau, de larges cicatrices atrophiques et une hypermobilité articulaire généralisée.
Créée en 2004 et reconnue d’utilité publique, la Fondation APICIL agit pour soulager la douleur physique et psychique. Elle accompagne des projets innovants à fort impact médical. Son action repose sur trois axes : financer la recherche, améliorer les soins, informer et sensibiliser.
À travers les projets accompagnés et les nombreux partenariats construits avec les acteurs de la société civile (associations, soignants, patients, sociétés savantes, institutions), la Fondation APICIL s’engage pour faire reconnaitre la nécessaire prise en charge de la douleur comme une priorité de santé publique.
Fidèle à ses valeurs d’humanité et d’innovation, elle a soutenu plus de 1 100 projets en France, représentant un engagement de 14,5 millions d’euros.











