Un an après sa toute première édition, l’association Nightline, engagée pour la santé mentale des jeunes et des étudiant·e·s, publie son deuxième Mental Health Report : un rapport sur la santé mentale étudiante, co-rédigé par des bénévoles à travers 6 pays européens. Le rapport analyse 23 000 appels et tchats d’étudiants en demande d’aide, reçus en 2025 par 32 services d’écoute nocturne (« nightlines« ) animés par des étudiants. Un an après la première édition de son Mental Health Report, les nouvelles données de Nightline Europe témoignent de la persistance d’une crise profonde de la santé mentale étudiante. Communiqué.
Que révèlent les 16 000 heures d’écoute cumulées de la détresse des jeunes ? Ils parlent avant tout de solitude, de précarité, de violences ou d’incertitudes face à l’avenir, révélant au passage « une kyrielle de facteurs sociaux, relationnels et environnementaux », souligne le rapport. En France, certaines des 7 thématiques et 16 sous-thématiques d’appel sont particulièrement prégnantes par rapport aux autres pays européens :
• Comme dans la première édition du rapport, la « solitude » et le lien social demeurent un marqueur significatif de la détresse étudiante en France, confirmant cet enjeu comme facteur majeur de la fragilisation de la santé mentale étudiante en France.
• Les motifs d’appels relatifs aux relations amoureuses, à la « sexualité » ainsi qu’aux « violences » occupent également la première place du podium en France. Cumulées ensemble, les sous-thématiques relatives aux « relations romantiques » et aux « violences sexuelles » atteignent ainsi 23 % des échanges (devant l’Allemagne à 14,7 %), et celles relatives aux questions de « discriminations / harcèlement » et d’« image corporelle » atteignent quant à elles 18 %. Des données qui font écho aux alertes récentes sur la montée en puissance des VSS et des discours masculinistes, qui “ne relèvent plus seulement de pratiques individuelles isolées, mais s’inscrivent dans des logiques collectives” selon le Haut Conseil à l’Égalité Femmes-Hommes dans son état des lieux en janvier 2026.
• Le suicide, première cause de mortalité chez les 15-29 ans dans l’Union européenne, demeure enfin l’un des signaux les plus préoccupants en France : il représente 12,5 % des contacts enregistrés par an en France et jusqu’à 14,3 % des tchats en 2025, soit les niveaux les plus élevés du réseau Nightline Europe.
« Tous ces résultats rappellent que la détresse étudiante ne peut être dissociée des environnements dans lesquels les jeunes évoluent« , souligne encore Nightline Europe. L’association rappelle qu’agir durablement en faveur de la santé mentale étudiante implique nécessairement « de dépasser une approche uniquement centrée sur le soin curatif pour intervenir sur l’ensemble de ces déterminants, et investir davantage dans la prévention et les politiques publiques au carrefour des déterminants de la santé mentale des jeunes ».
À ce titre, les initiatives portées par les pairs et les approches « par et pour » les jeunes et les étudiants jouent un rôle essentiel dans le développement des compétences en santé mentale, la réduction de la stigmatisation, le renforcement du lien social et l’identification précoce des situations de détresse.
« Ces données montrent une réalité que les étudiants expriment chaque jour : la santé mentale ne peut pas être appréhendée uniquement sous l’angle de la souffrance psychique individuelle. Elle est intimement liée aux conditions de vie, aux liens sociaux, aux violences, à la précarité et aux perspectives d’avenir« , Louise Sanna, responsable développement de Nightline Europe.
QUELQUES CHIFFRES CLÉS SUR LA SANTÉ MENTALE ÉTUDIANTE EN EUROPE :
• Un jeune Européen sur deux âgé de 15 à 30 ans déclare avoir rencontré des difficultés émotionnelles ou psychosociales au cours des douze derniers mois (Commission européenne).
• 50 % des Européens ont vu leur santé mentale affectée par les crises mondiales récentes (Commission européenne). • Près de la moitié des jeunes adultes de 18 à 29 ans ayant besoin d'un soutien en santé mentale ne bénéficient pas d'une prise en charge adéquate (OCDE). Les données nationales confirment cette tendance :
● France : hausse de 21,5 % des épisodes dépressifs chez les 15-29 ans en 2024, et progression continue des idées suicidaires chez les étudiant·es entre 2016 et 2024.
● Royaume-Uni : les troubles de santé mentale ont été multipliés par cinq en dix ans parmi les étudiants, avec une hausse de 28 % des abandons d'études pour raisons psychiques entre 2018 et 2023.
● Suisse : un jeune sur cinq (16-25 ans) présente des symptômes dépressifs “modérés à sévères”, avec des taux plus élevés chez les jeunes femmes (Obsan, 2025).
● Allemagne : la majorité des études concluent à une santé mentale “plus dégradée” chez les étudiants que dans la population générale, tendance accentuée depuis la pandémie.
● Autriche : augmentation des taux de dépression avec des effets “particulièrement marqués” chez les 18-34 ans et les personnes à faibles revenus.
● Irlande : niveaux “élevés” de détresse psychologique documentés au sein de la population étudiante (Cullinan et al., 2024).
1– Nightline France est une association à but non lucratif engagée pour la santé mentale des jeunes et des étudiant·e·s, à travers des actions de soutien, d’orientation et de sensibilisation. Notre mission : offrir des ressources accessibles et adaptées aux jeunes, conçues par et pour elles·eux, avec l’appui de professionnel·le·s.











