Lecture en péril : quand les réseaux sociaux fragmentent l’attention des adolescents

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Le Centre national du livre (CNL) a rendu publics les résultats de la cinquième édition de son étude « Les jeunes Français et la lecture », réalisée par Ipsos bva. L’étude 2026 révèle une fragilisation préoccupante de la lecture chez les 7-19 ans. Si une majorité de jeunes déclare encore lire, le temps quotidien accordé aux livres s’effondre au profit des écrans, sur lesquels ils passent désormais plus de trois heures par jour. Entre décrochage à l’adolescence et recul de la transmission parentale, le CNL appelle à une mobilisation collective pour préserver la capacité de concentration et le plaisir de lire des nouvelles générations. Communiqué.

Mise en oeuvre depuis 2016 par le Centre national du livre (CNL) et confiée à Ipsos bva, cette étude porte sur un échantillon de 1 500 jeunes de 7 à 19 ans, représentatifs de la population française et interrogés en ligne. Elle a pour objectifs de mesurer les perceptions et les pratiques actuelles des jeunes Français en matière de lecture, de comprendre ce qui les incite ou, au contraire, les freine à lire des livres et d’identifier les leviers qui les amènent ou les amèneraient à la lecture. Par rapport aux précédentes vagues d’étude du CNL sur la lecture des jeunes, certaines questions ont été ajoutées ou affinées, afin de mieux appréhender certaines tendances. 

Les principales conclusions à retenir de cette étude sur la lecture des jeunes de 7 à 19 ans : 

Malgré un nombre de jeunes lecteurs globalement stable, le décrochage à l’adolescence reste important et la qualité de lecture est affaiblie 

Si la lecture des jeunes est globalement stable par rapport à 2024 (84% lisent pour l’école, les études ou le travail ; 81% lisent pour leurs loisirs), elle est toujours bien moins importante chez les 16-19 ans, qui restent nombreux à ne pas lire du tout (plus d’1/3 d’entre eux). Pour les loisirs, la lecture décroît avec l’âge, notamment chez les garçons : 76% d’entre eux lisent à 13-15 ans (écart de 15 pts comparé aux garçons de 7-12 ans) ; 56% à 16-19 ans (écart de 35 pts comparé aux garçons de 7-12 ans). Par ailleurs, la lecture des jeunes reste fragmentée, à différents niveaux selon l’âge : 21% font autre chose pendant qu’ils lisent à 7-9 ans ; 45% à 13-15 ans ; 67% à 16-19 ans. Et sur les derniers livres lus pour l’école, les études ou le travail, les adolescents sont beaucoup moins nombreux que les plus jeunes à les comprendre, les aimer ou les lire facilement. 

Pour leurs loisirs, les jeunes passent toujours 10 fois plus de temps sur les écrans qu’à lire des livres 

Les jeunes consacrent 18 minutes par jour à la lecture loisir (-1 min. vs 2024, -8 min. vs 2016), avec une diminution du temps de lecture sur des catégories inhabituelles (les 7-12 ans, les filles et CSP+) et une baisse de la lecture régulière chez tous, quand ils passent quotidiennement 3h01 sur les écrans (hors lecture de livres numériques ou écoute de livres audio) et jusqu’à plus de 5h à 16-19 ans. Sur écran, ils lisent peu (16% lisent des livres) et regardent majoritairement des vidéos courtes (56%). Ils passent aussi du temps sur les réseaux sociaux (56% des 7-9 ans ; 72% des 10-12 ans ; 99% des 16-19 ans) et, pour certains, y consacrent au moins 1h par jour (notamment sur TikTok, Instagram et Snapchat). 

Quand ils lisent pour leurs loisirs, ils se tournent prioritairement vers les BD, les mangas et les romans. Malgré une légère baisse, la bande dessinée (regroupant les albums de BD, les mangas et les comics) reste le premier choix des jeunes pour leur lecture loisir, suivie par les romans, en hausse (+4 pts). Au sein des romans qu’ils lisent, les romans d’aventure, les livres de SF et la romance ont leur préférence, notamment la dark romance chez les filles de 16-19 ans (57%, +7 pts). 

Si les conseils de proches (surtout de leur mère), la couverture, le héros ou le résumé restent les premiers déclencheurs de lecture, une adaptation sur écran (28%), des publications en ligne (28% ; 32% chez 13-15 ans ; 51% chez les 16-19 ans) et la facilité de lecture (22%) pèsent également. Et pour leurs achats de livres, ils se tournent de plus en plus vers l’occasion (+5 pts vs 2024), quel que soit leur âge, mais en particulier les 7-12 ans (+7 pts). 

Ils aiment toujours fortement les moments de lectures partagées, néanmoins cette transmission parentale diminue. 

Une grande partie des jeunes a bénéficié d’une histoire lue par les parents, notamment par la mère (89%), et cette lecture partagée est jugée très positivement par tous. Néanmoins, en 10 ans, cette lecture partagée régulière a diminué et, désormais, même les jeunes de 7-9 ans, qui en sont les premiers destinataires, en bénéficient moins fréquemment (-8 pts vs 2024). D’ailleurs, la figure d’exemple des parents en matière de lecture a également reculé en 10 ans : 18% des jeunes déclarent que leurs parents ne lisent pas de livres eux-mêmes (surtout leur père), quand ils n’étaient que 7% à l’affirmer en 2016. 

Ils lisent avant tout pour se détendre, se faire plaisir et s’occuper, mais ils préfèrent souvent faire autre chose… sur écran.

Pour la première fois, la détente arrive en tête des motivations de lecture, devant le plaisir et le fait de chercher à s’occuper, en forte progression (+8 pts vs 2024 et 2022). La préférence pour d’autres activités est le premier frein à la lecture, accompagnée chez les non-lecteurs d’un manque d’intérêt. 

Quand ils préfèrent faire autre chose, même si le sport, les balades et les amis occupent une place importante, les jeunes se tournent moins vers des activités sportives ou sociales (74%) que vers des activités sur écran (84%), en particulier jouer aux jeux vidéo à 10-15 ans (surtout les garçons) ou passer du temps sur les réseaux sociaux à 16-19 ans. 

Pour en savoir plus :

Les jeunes Français et la lecture en 2026, Étude Centre national du livre (CNL) avec Ipsos bva, avril 2026.