Santé mentale des jeunes et des femmes : une crise sans précédent

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La Fédération Hospitalière de France (FHF) publie sa 2e enquête sur la santé mentale et la psychiatrie et révèle des chiffres alarmants. Entre explosion des tentatives de suicide chez les adolescentes (+ 118 % en 5 ans) et saturation des services publics, le cri d’alarme est sans équivoque : face à une demande de soins qui explose, l’hôpital public appelle à un plan d’urgence national immédiat. Communiqué.

Un an après avoir alerté sur les difficultés d’accès aux soins et les besoins en psychiatrie des jeunes[1], les chiffres issus de l’enquête FHF Ipsos et des analyses FHF Data[2] montrent une crise qui s’amplifie depuis 2019, avec un impact particulièrement marqué chez les jeunes et les femmesLa hausse significative des hospitalisations pour tentative de suicide constitue l’indicateur le plus préoccupant de cette dégradation.

Alors que, pour la deuxième année consécutive, la santé mentale a été consacrée Grande cause nationale à la demande de la FHF, les signaux d’alerte se multiplient. Ils appellent des réponses concrètes et rapides face à cet enjeu majeur de santé publique.

Pour les jeunes et les femmes, une situation de plus en plus alarmante

Plus d’un Français sur deux présente actuellement des signes d’anxiété — légère, modérée ou sévère — et près d’un sur quatre fait l’objet d’une suspicion de trouble anxieux généralisé selon le test clinique GAD-7[3]

Les jeunes adultes sont de loin les plus touchés : 42 % des 18-24 ans et 38 % des 25-34 ans présentent un score évocateur d’un trouble anxieux généralisé.

Cette situation se traduit directement dans les prises en charge hospitalières, avec une évolution particulièrement préoccupante chez les jeunes femmes. Depuis 2019, le nombre de prises en charge hospitalières en psychiatrie (incluant les hospitalisations et l’ambulatoire) des femmes a ainsi bondi dans les tranches d’âge les plus jeunes :

  • + 23 % pour les 10-14 ans ;
  • + 47 % pour les 15-19 ans ;
  • + 49 % pour les 20-24 ans.

La hausse des hospitalisations pour tentative de suicide constitue l’indicateur le plus préoccupantEn cinq ans, elles ont augmenté de 16,6 % au niveau national

Cette progression est particulièrement marquée chez les femmes : + 25,4 % sur la période, contre + 2,5 % pour les hommes. Les femmes représentent aujourd’hui 66 % des hospitalisations en lien avec une tentative de suicide.

Chez les adolescentes et jeunes femmes, les chiffres des hospitalisations en lien avec une tentative de suicide atteignent des niveaux particulièrement élevés :

  • + 76 % pour les 20-24 ans en cinq ans ;
  • + 118 % pour les 10-14 ans sur la même période.

Ces données exigent une mobilisation nationale immédiate. Derrière chaque chiffre, ce sont des enfants, des adolescents et des jeunes en grande détresse que les équipes hospitalières accueillent chaque jour, en ambulatoire comme en hospitalisation complète, malgré des moyens insuffisants.

Une crise de santé publique amplifiée par les difficultés d’accès aux soins

Avec le suivi de 80 % de la file active des adultes et de 95 % de celle des enfants et des adolescents en psychiatrie, l’hôpital public est en première ligne face à cette augmentation significative des besoins et cela tous les jours, toutes les nuits et sur tous les territoires. 

La demande de soins en santé mentale ne cesse de croître, générant des tensions croissantes sur l’ensemble du système de santé. Entre 2016 et 2024, la file active des établissements psychiatriques publics a progressé de 200 000 patients supplémentaires

Malgré une légère amélioration par rapport à 2025, les difficultés d’accès aux soins psychiatriques demeurent massives. 

Près d’un Français sur deux ayant des problèmes de santé mentale déclare rencontrer des obstacles dans sa prise en charge.

Les délais d’attente trop longs pour voir un psychiatre concernent 45 % d’entre eux, et 38 % ont même fait face à une impossibilité pure et simple d’obtenir un rendez-vous.

Ces difficultés frappent encore plus durement les jeunes : 79 % des 18-24 ans confrontés à des problèmes de santé mentale ont rencontré au moins une difficulté d’accès aux soins — contre 62 % en moyenne sur l’ensemble de la population. Parmi eux, 64 % ont subi des délais d’attente excessifs pour accéder à un psychiatre, et 52 % n’ont pas pu obtenir de rendez-vous.

À ces obstacles s’ajoute la crainte du diagnostic42 % des personnes concernées par des problèmes de santé mentale déclarent avoir renoncé à consulter par crainte de ce qu’un professionnel pourrait leur dire. Cette proportion atteint 75 % chez les 18-24 ans, révélant l’ampleur du chemin qu’il reste à parcourir en matière de déstigmatisation.

La FHF a formulé des propositions concrètes pour répondre à l’urgence et bâtir l’avenir de la psychiatrie : https://www.calameo.com/fhf/read/003795702b291ae33134a?page=1

Pour Arnaud Robinet, président de la FHF : 

« À force de détourner le regard de la santé mentale, nous faisons le lit d’une crise de santé publique sans précédent, en particulier au détriment des jeunes et des femmes ».

« Les chiffres que nous publions aujourd’hui confirment ce que les hospitaliers vivent au quotidien : la demande de soins psychiatriques ne cesse de croître, et elle frappe avec une intensité particulière les femmes et les jeunes. L’hôpital public fait face, mais il est urgent que la Grande cause nationale pour la santé mentale, demandée et obtenue en 2026 par la FHF, se traduise par des engagements concrets, durables et financés.

Un plan d’urgence pour la santé mentale et la psychiatrie doit être mis en œuvre sans délai

Nous avons besoin d’une délégation interministérielle à la santé mentale et à la psychiatrie, pour mettre autour de la table tous les acteurs impliqués, au-delà du seul champ sanitaire. Elle doit être dotée d’un plan pluriannuel dédié, afin notamment de soutenir les centres médico-psychologiques, pivot de la prise en charge psychiatrique, et de lutter contre la crise des vocations en psychiatrie, notamment en pédopsychiatrie, qui a perdu un tiers de ses praticiens entre 2012 et 2022.

Il est également indispensable de renforcer les réponses dédiées aux jeunes, en développant des unités et des équipes pluridisciplinaires pour les 16-25 ans, en renforçant et multipliant les maisons des adolescents, mais aussi en consolidant les liens entre l’école, les services sociaux et les équipes hospitalières, afin de repérer plus précocement les troubles et d’accompagner les jeunes dès leur apparition.

La situation est grave. Ne laissons pas notre jeunesse, en particulier les jeunes filles, sombrer dans une souffrance silencieuse ».

2e enquête sur la santé mentale et la psychiatrie. Depuis 2019, une dégradation alarmante de la santé mentale des jeunes et des femmes, FHF, 15 avril 2026.

[1] Communiqué du 26 mars 2025 [en ligne]

[2] Source : Programme de Médicalisation des Systèmes d’Information (PMSI)

[3] Le GAD-7 (Generalized Anxiety Disorder-7) est un questionnaire en 7 items utilisé pour évaluer la présence et la sévérité des symptômes d’anxiété généralisée. Chaque item est coté de 0 à 3 selon la fréquence des symptômes, pour un score total compris entre 0 et 21. Des seuils de 5, 10 et 15 correspondent respectivement à des niveaux d’anxiété légère, modérée et sévère. Un score ≥10 est considéré comme évocateur d’un trouble anxieux généralisé. La formulation des items a été légèrement adaptée pour tenir compte de l’âge des répondants.