Maladie du foie liée à l’alcool : recommandations pour la prise en charge

FacebookTwitterLinkedInEmail

Les conséquences hépatiques de la consommation excessive d’alcool représentent la première cause de décès liés au foie et la première cause de transplantation hépatique en France. Prendre en charge ces patients fait partie du quotidien des hépato-gastroentérologues hospitaliers et libéraux, en collaboration étroite avec les médecins généralistes, médecins addictologues, personnels soignants. L’Association française pour l’étude du foie (AFEF) publie un rapport sur la prise en charge de la maladie du foie liée à l’alcool, soit 36 recommandations d’experts à observer.

Bien que ces recommandations ne couvrent pas le champ de l’épidémiologie, on peut rappeler les chiffres
suivants : le taux de mortalité par cirrhose liée à l’alcool pour 100 000 individus en France était estimé en 2015
à 14,9 pour les hommes et 5,2 pour les femmes selon l’Observatoire Français des Drogues et des Toxicomanies. Premier rappel, l’évaluation de la consommation d’alcool doit être systématique
en consultation médicale. De fait, le questionnaire AUDIT-C (3 premières questions de l’AUDIT) doit être utilisé en médecine générale et en consultation spécialisée pour le repérage d’une consommation excessive d’alcool. Une intervention brève doit être proposée aux patients identifiés comme présentant un mésusage d’alcool. Cette intervention brève doit pouvoir être effectuée par tout praticien. Il est également recommandé de dépister la pratique du binge drinking en tant que mode de consommation à risque, en particulier dans les populations adolescentes et jeunes adultes. Il est toujours recommandé d’explorer les autres modes de consommation d’alcool. Les experts recommandent de conduire des études prospectives explorant précisément les conséquences de la pratique du binge drinking sur le foie.

Concernant spécifiquement le risque de cirrhose liée à l’alcool, il est recommandé de ne pas dépasser une consommation de 14 verres par semaine chez la femme et 21 verres par semaine chez l’homme.

Une consommation quotidienne d’alcool est associée à des risques pour la santé qui sont proportionnels à la quantité ingérée. Bien que cette toxicité ne concerne pas uniformément tous les organes, le risque global existe dès 1 à 2 unités standard par jour.A titre de repère, on peut proposer de ne pas dépasser une consommation d’alcool hebdomadaire de 10 verres en population générale pour éviter les risques globaux pour la santé.

Les experts recommandent de mener spécifiquement des études pharmacologiques sur les molécules d’aide au maintien d’abstinence chez les patients avec insuffisance hépatique et/ou décompensation de cirrhose.

Le traitement du sevrage en alcool symptomatique repose sur les benzodiazépines, classe médicamenteuse de référence, jusqu’à disparition des symptômes. L’existence d’une hépatopathie décompensée doit inciter à privilégier une prescription personnalisée, adaptée aux symptômes, en utilisant plutôt les molécules à courte durée d’action. Un traitement pharmacologique doit être discuté pour favoriser le maintien des objectifs de consommation d’alcool (abstinence ou réduction de consommation) chez les patients dépendants.

La biopsie hépatique dans la maladie du foie liée à l’alcool reste principalement indiquée en cas de doute sur l’existence d’une maladie hépatique chronique associée, ou en cas de bilan non invasif discordant émettant un doute quant à l’existence d’une cirrhose.

Au cours de la maladie du foie liée à l’alcool, le tabagisme augmente le risque de fibrose et de carcinome hépatocellulaire. L’aide à l’arrêt du tabac fait donc partie de la prise en charge de la maladie du
foie liée à l’alcool. De même, L’obésité et le syndrome métabolique accélèrent la progression de la maladie
du foie liée à l’alcool. Par conséquent, les experts recommandent d’envisager la prise en charge spécifique du surpoids et de l’obésité.

Les experts recommandent de mettre en place des études autour du parcours de soins des patients consommateurs excessifs d’alcool et d’intégrer le dépistage de la maladie du foie liée à l’alcool au dépistage plus général des maladies du foie, notamment la stéatopathie métabolique et les hépatites
virales B et C.

Autant d’éléments permettant un meilleur repérage de la consommation excessive d’alcool en médecine générale afin de mieux gérer la prévention des risques, proposer une prise en charge médicamenteuse en cas de mesusage et affiner le diagnostic de fibrose ou stéatose du foie pour les cas les plus avancés.

Lire le rapport « Prise en charge de la maladie du foie liée à l’alcool« , Association française pour l’étude du foie, janvier 2021.