Le chômage, une situation à haut risque de dépression

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Une étude de Santé publique France révèle une fréquence accrue des épisodes dépressifs chez les actifs sans emploi. Les femmes, particulièrement les plus jeunes et celles vivant en famille monoparentale, apparaissent les plus vulnérables

En France, le chômage (qui touche environ 2,6 millions de personnes) constitue un déterminant social majeur de la santé mentale. De nombreux travaux, montrent que les personnes sans emploi présentent davantage de détresse psychologique, de dépression, d’anxiété et de symptômes psychosomatiques que celles qui occupent un emploi. Si le lien entre chômage et dégradation de la santé mentale est bien documenté, les mécanismes sous-jacents restent multiples. Les études longitudinales soutiennent néanmoins l’hypothèse d’une causalité sociale : la perte d’emploi s’accompagne d’une dégradation de la santé mentale, partiellement réversible par le retour à l’emploi.

Une étude de Santé publique France, fondée sur les données du Baromètre de santé 2021, a comparé la prévalence de l’épisode dépressif caractérisé (EDC) chez les actifs de 18 à 64 ans, selon leur situation professionnelle. Elle porte sur 14 471 personnes interrogées, dont 7 321 femmes et 7 150 hommes. L’EDC est défini par une période d’au moins quinze jours consécutifs de tristesse ou de perte d’intérêt, accompagnée de symptômes secondaires et d’une perturbation des activités habituelles.

Les résultats montrent que l’EDC au cours des douze derniers mois était plus fréquent chez les actifs sans emploi que chez ceux en emploi, chez les hommes (16,7 % contre 10 %) comme chez les femmes (27,2 % contre 15,5 %). Les jeunes adultes étaient particulièrement concernés, avec une prévalence atteignant 34,5 % chez les femmes sans emploi de 18 à 24 ans, contre 19,1 % chez les hommes du même âge. L’EDC était également plus fréquent chez les personnes confrontées à des difficultés financières, vivant en famille monoparentale ou présentant des comportements défavorables à la santé, notamment le tabagisme quotidien, les alcoolisations ponctuelles importantes et l’usage de cannabis.

Pour expliquer les effets du chômage sur la santé, plusieurs travaux soulignent que l’emploi ne procure pas seulement un salaire. Il donne aussi un statut et une identité, permet de nouer des relations sociales, de participer à des activités collectives et de structurer son temps. La perte de ces repères peut engendrer du stress, de la honte, un sentiment de déclassement et une dégradation de la santé mentale. Au-delà des difficultés matérielles, le chômage constitue ainsi une perte de reconnaissance sociale, aggravée par la stigmatisation.

En France, les représentations collectives des personnes au chômage restent largement négatives, associant leur situation aux figures du profiteur, de l’assisté, du fraudeur et du paresseux. La stigmatisation peut être vécue, anticipée ou intériorisée. Une enquête auprès de personnes inscrites à France Travail montre qu’une personne sur deux rapporte avoir subi une situation de stigmatisation. Cette dévalorisation peut conduire à dissimuler son statut, à s’isoler et à se couper de réseaux de soutien. Elle dégraderait la santé par trois canaux : financier, en prolongeant les tensions économiques et le non-recours aux droits ; cognitif et émotionnel, en alimentant la rumination, le désespoir et la perte d’estime de soi ; social et interpersonnel, en favorisant l’isolement.

Les auteurs plaident pour une politique de santé publique du chômage articulée à cinq niveaux : individuel, politique, sociétal, organisationnel et interpersonnel. Elle suppose notamment de mieux repérer les difficultés psychiques des personnes sans emploi, de renforcer le soutien social et associatif, de lutter contre les discriminations à l’embauche et de faire évoluer les représentations collectives.

Les résultats quantifiés en population générale à partir du Baromètre de Santé publique France sont à confirmer avec d’autres sources de données. Mais ils posent néanmoins la question de l’importance de politiques de prévention plus ciblées. Il conviendrait d’informer et de sensibiliser les professionnels de santé, institutionnels et associatifs accompagnant les actifs sans emploi à la fragilité des jeunes actifs sans emploi de moins de 25 ans, et de concevoir des messages de prévention adaptés, afin d’éviter qu’ils ne soient perçus comme stigmatisants ou culpabilisants.

L’épisode dépressif caractérisé des actifs sans et en emploi et facteurs associés : résultats à partir du baromètre de Santé publique France 2021- Hélène Goulard1 (helene.goulard@santepubliquefrance.fr), Christophe Léon, Noémie Soullier, Aude Mondeilh, Guillaume Boulanger, BEH N° 23-24 | 3 novembre 2026