Phtalates et phénols sont des produits chimiques présents dans l’environnement et l’organisme des femmes enceintes. Plusieurs d’entre eux sont des perturbateurs endocriniens avérés ou suspectés et sont à ce titre, à même d’altérer le fonctionnement du système hormonal. Cela peut avoir un retentissement sur la santé, durant la vie fœtale ou la petite enfance.
Une équipe de l’Inserm de l’université de Grenoble-Alpes, en collaboration avec le CNRS, le CHU de Grenoble et l’université de Grenade (Espagne), s’est intéressée à l’impact de l’exposition périnatale à ces substances sur le quotient intellectuel (QI) des enfants, évalué à l’âge de trois ans. À partir du suivi d’une cohorte, comptant 380 mères et leurs enfants, et d’une modélisation intégrant les connaissances antérieures sur le sujet, les chercheurs ont observé des associations entre l’exposition à certains phtalates et un bisphénol au troisième trimestre de grossesse et les scores de QI des enfants. Ces résultats sont publiés dans Environmental Health Perspectives.
Caractériser les effets des polluants chimiques sur la santé est un enjeu majeur de santé publique. Du fait de leur présence dans notre environnement, notre alimentation et les objets qui nous entourent, nous sommes exposés au quotidien à de nombreuses substances chimiques. Parmi elles, les phtalates et les phénols constituent deux grandes familles, utilisés comme additifs dans certains plastiques, ou encore comme conservateurs et agents de formulation.
Les phtalates et les phénols sont détectés chez la quasi-totalité de la population, et certains d’entre eux sont des perturbateurs endocriniens capables d’altérer le système hormonal.
Dans une étude, une équipe de chercheurs et chercheuses de l’Inserm à l’Institut pour l’avancée des biosciences (Inserm/CNRS/UGA) apporte de nouvelles données sur les associations entre les expositions à certaines de ces substances et le développement cognitif des enfants.
Les scientifiques ont pu mesurer les marqueurs d’expositions à 26 phtalates et phénols, dont des bisphénols et des parabènes, à partir de prélèvements d’urine répétés et collectés sur une cohorte composée de femmes enceintes et de leurs nourrissons. Ce recueil d’échantillons biologiques répété est une des avancées méthodologiques de l’étude. Il permet d’évaluer plus précisément les expositions à ces substances – dont les niveaux dans l’organisme varient rapidement -, que dans les études précédentes, où souvent un seul prélèvement d’urine par femme était disponible. Au total, ce sont 380 mères et leurs enfants qui ont été inclus dans l’analyse.
Le quotient intellectuel des enfants à 3 ans a été évalué par un neuropsychologue à l’aide d’un test standardisé. Les chercheurs ont aussi recueilli des données sur d’autres facteurs qui influencent le QI de l’enfant tel que le niveau d’études des parents ou la durée d’allaitement.
Sur le plan statistique, les chercheurs ont enrichi leurs analyses avec des données issues d’études précédentes, réalisées chez l’animal ou chez l’humain, renseignant sur les liens entre les substances étudiées et le développement cognitif. « Les résultats parus avant notre étude ont permis d’identifier parmi l’ensemble des substances dosées dans la cohorte, celles qui présentaient le niveau de preuve le plus élevé pour un effet sur le développement cognitif. En l’occurrence, les substances identifiées par les travaux antérieurs comme les plus délétères étaient les bisphénols A et S, et certains phtalates dont le DEHP, le DEP, le DnBP et le DiBP. Nous les avons considérées comme prioritaires dans notre étude », explique Vicente Mustieles, premier auteur de l’étude et chercheur à l’université de Grenade.
« La priorisation de ces substances, en se fondant sur les connaissances existantes a permis d’orienter nos modèles statistiques et leur interprétation. Les associations négatives avec les scores de QI étaient plus nettes sur ces substances priorisées. Ce travail de revue de la littérature – qui permet de tenir compte des études toxicologiques – a, en outre, apporté des éléments sur la plausibilité biologique des associations observées », complète Rémy Slama, directeur de recherche Inserm et auteur de l’étude.
Une association a été observée entre l’exposition au mélange des six substances prioritaires au troisième trimestre de grossesse et le score de QI des enfants à 3 ans. En moyenne les scores de QI diminuaient de 2,86 points quand l’exposition à toutes les substances du mélange augmentait d’un niveau.
« Quelques points de QI en moins, cela peut sembler peu pour un enfant, mais à l’échelle de la population, cela se traduit par plus d’enfants en difficulté et moins d’enfants très performants. Ce qui a des conséquences pour l’école, la santé et l’économie, surtout si l’on garde à l’esprit que nous n’avons pas considéré toutes les substances chimiques potentiellement neurotoxiques », explique Claire Philippat, chercheuse Inserm et dernière autrice de l’étude.
Toujours au troisième trimestre de grossesse, les concentrations de quatre des six substances prioritaires, prises individuellement, étaient elles aussi associées à une réduction des scores de QI.
« Les substances étudiées ici sont peu persistantes dans l’organisme, rappelle Claire Philippat. Ce qui en fait de bonnes cibles pour la prévention. Si nous arrivons à éliminer les sources d’exposition de notre environnement, les doses internes pourraient diminuer rapidement. Plusieurs leviers peuvent être activés au niveau individuel : par exemple, utiliser moins de produits cosmétiques ou limiter les produits alimentaires emballés dans des plastiques, en particulier quand ils sont chauffés. Néanmoins, la réglementation et la restriction des substances avérées comme nocives est la mesure la plus efficace pour toucher l’ensemble de la population », conclut-elle.
• L’exposition pendant la grossesse à certains phtalates et phénols pourrait être associée à une diminution du QI des enfants à 3 ans, communiqué, Inserm, 20 octobre 2026.











