Les personnes atteintes de schizophrénie ont des difficultés à reconnaître les émotions. Mais ces troubles pourraient aussi exister, plus discrètement, chez leurs proches. Une étude, portée par l’équipe PsyR2, explore les mécanismes cérébraux en jeu.
La schizophrénie est un trouble psychiatrique complexe qui affecte notamment la capacité à reconnaître les émotions, en particulier sur les visages. Ces difficultés ne sont pas anodines : elles sont liées à des problèmes relationnels, un repli social et une moindre autonomie.
Cependant, ces altérations ne concernent pas uniquement les patients. Des études montrent que leurs proches, pourtant en bonne santé, présentent eux aussi des difficultés, notamment face aux émotions négatives comme la peur ou la colère.
Portée par l’équipe PsyR2*, cette étude soulève une question clé : ces troubles pourraient-ils constituer un “endophénotype”, c’est-à-dire une signature intermédiaire entre les gènes et la maladie ?
Une approche plus proche de la vie réelle
Pour mieux comprendre ces mécanismes, les chercheurs ont étudié trois groupes :
- des patients atteints de schizophrénie,
- leurs frères et/ou sœurs non malades,
- et des personnes sans trouble psychiatrique.
Tous ont réalisé une tâche sous IRM fonctionnelle (IRMf), consistant à reconnaître des émotions sur des visages intégrés dans un contexte émotionnel (et non présentés isolément). Cette approche se veut plus proche des situations réelles.
Les chercheurs ont aussi utilisé une condition de contrôle non émotionnelle (juger la direction d’une flèche), afin d’éviter un biais fréquent : les visages « neutres » ne sont pas perçus comme réellement neutres par les patients.
Enfin, ils ont analysé :
- les performances comportementales (vitesse et précision),
- l’activité cérébrale,
- et la connectivité entre régions du cerveau, notamment autour de l’amygdale, une structure clé dans le traitement des émotions.
Des difficultés partagée mais des mécanismes subtils
Les résultats montrent que :
- les patients et leurs frères et sœurs reconnaissent moins bien les émotions négatives que les témoins ;
- leurs performances sont proches, suggérant un continuum entre vulnérabilité et maladie.
Sur le plan cérébral, les différences sont plus discrètes que prévu :
- l’amygdale, souvent considérée comme centrale, fonctionne de manière similaire dans les trois groupes ;
- en revanche, certaines régions impliquées dans la perception sociale et corporelle (notamment le cortex somatosensoriel) présentent des activations réduites, surtout chez les proches.
Autre résultat, les analyses révèlent que les frères et sœurs montrent une augmentation des connexions entre l’amygdale et des régions visuelles. Les chercheurs suggèrent que cela pourrait correspondre à un mécanisme compensatoire : le cerveau mobiliserait davantage certains circuits pour pallier des fragilités.
Vers de nouveaux marqueurs de vulnérabilité
Cette étude apporte un éclairage nuancé sur la schizophrénie. Plutôt qu’un dysfonctionnement massif d’une région unique comme l’amygdale, elle met en évidence des altérations plus subtiles impliquant des réseaux cérébraux présents aussi chez des personnes à risque mais non malades.
Ces résultats ouvrent des perspectives importantes. Mieux comprendre ces mécanismes pourrait permettre :
- d’identifier plus tôt les personnes vulnérables,
- de développer des interventions ciblées,
- et de mieux saisir les mécanismes de résilience.
Ils invitent aussi à repenser la schizophrénie non pas comme une rupture brutale, mais comme un continuum de variations dans le fonctionnement cérébral, où certaines adaptations pourraient jouer un rôle protecteur.
*PsyR² est une équipe du Centre de Recherche en neurosciences de Lyon (CRNL), sous les tutelles CNRS, Inserm, Université Claude Bernard Lyon 1, Université Jean Monnet.
• Découvrir l’article : Emotion Processing in Schizophrenia: Insights From a Brain Imaging Study Comparing Patients, Siblings, and Healthy Controls.
Ce texte est une reprise de l’article « Reconnaître les émotions : un indice caché de la schizophrénie ? » publié par le CH Le Vinatier le 14 avril 2026











