Entre pression domestique et exigences professionnelles, la charge mentale sature les ressources des soignants. Quels sont les mécanismes à l’œuvre et les solutions pour préserver sa santé ?
« Il faut en même temps que je fasse les plannings de l’équipe, que je réponde à la famille de ce patient, que je trouve des intérimaires… Pendant ce temps, l’école de mon fils me passe appel sur appel, et mon mari me laisse m’occuper de nos prochaines vacances. Tu imagines la charge mentale ? » Cette notion connaît un certain succès aussi bien dans la littérature scientifique que dans la presse grand public et le langage courant, sans que l’on sache exactement ce qu’elle désigne.
De quoi parle-t-on ?
La charge mentale répond en réalité à deux définitions complémentaires.
– En sciences sociales, elle renvoie aux questions relatives à l’organisation, la planification et l’anticipation du quotidien : repas, courses, rendez-vous médicaux… Toutes ces activités nécessitent du temps, mais aussi de l’attention. Le mécanisme à l’œuvre reposerait sur la volonté de prendre soin et le fait de se sentir responsable des membres de sa famille, traduite par une préoccupation fréquente, voire constante. Compte tenu de la persistance des inégalités homme/femme dans le partage du travail domestique, la charge mentale concerne plutôt (mais pas exclusivement) les femmes, les exposant à davantage de stress, d’anxiété, et de troubles du sommeil. Plusieurs déterminants ont été identifiés : statut socio-économique, niveau d’éducation relatif des conjoints, présence et âge des enfants…
– En psychologie cognitive, la charge mentale désigne la sollicitation des ressources cognitives (mémoire de travail, attention, raisonnement) nécessaire pour réaliser une tâche, par rapport à la capacité maximale de l’individu. Elle englobe la charge intrinsèque, liée à la complexité de l’information à traiter et la charge extrinsèque, liée à la manière dont l’information est présentée (1). Certaines recherches suggèrent l’existence non d’un seul réservoir d’attention (2), mais de plusieurs (3), permettant, par exemple, de conduire et de parler en même temps, sans trop perdre en concentration. Chez les soignants, on voit aisément comment ces deux définitions coexistent. Par ailleurs, le métier exige un travail émotionnel complexe, qui expose à la sollicitude, suppose empathie et contrôle de soi, jusque dans l’expression de ses propres émotions face à la souffrance, à la mort, aux troubles du comportement, ou à la violence verbale et physique. De multiples défis qui s’ajoutent à la charge mentale familiale.
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