05/10/2021

L’amnésie traumatique dissociative : de quoi parle-t-on ?

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L’amnésie traumatique dissociative est « l’incapacité de se souvenir en totalité ou en partie d’éléments importants d’un événement traumatisant ». Quels sont les mécanismes à l’œuvre ? Quelles stratégies défensives ? Quid des situations favorisantes et quelle prise en charge psychologique mais aussi judiciaire ? Julie Francols, psychologue clinicienne et spécialiste en psychotraumatologie, répond à ces questions.

« C’est terrible, j’ai l’impression de devenir folle », « Je ne sais plus si c’est vrai ou pas… si j’ai rêvé ou si ça a vraiment existé », « Je revois la même image, qui revient sans cesse dans ma tête », « chaque fois, c’est la panique dans mon corps », « Je ne sais pas si je dois y croire ou pas », « Est-ce que ça a vraiment eu lieu ? », « Dites-moi que je ne suis pas fou »…

Le discours des personnes souffrant d’amnésie traumatique est empreint de confusion et de panique. Lorsque les souvenirs traumatiques ressurgissent, ils sèment le chaos, le doute et la panique dans la conscience de la victime. Celle-ci découvre une partie de son histoire jusqu’alors non-consciente, étrangère à elle-même, et ne sait quelle place ni quel sens donner à ces éléments venus d’ailleurs. Nombre d’entre elles ressentent, dans la solitude et la douleur, cette désorganisation intérieure qui leur fait perdre pied. Ce qui était sûr ne l’est soudainement plus, ce qui faisait sens devient incohérent ; leur sentiment de continuité et d’identité se trouve ébranlé. Elles font ainsi l’expérience du retour des souvenirs traumatique, la levée de l’amnésie traumatique

De quoi parle-t-on ?

Le Dr Muriel Salmona, psychiatre, définit très bien ce phénomène d’amnésie traumatique. Il s’agit de « l’incapacité de se souvenir en totalité ou en partie d’éléments importants d’un événement traumatisant » (Salmona, 2018). Cette incapacité doit résulter de l’impact traumatique et des mécanismes neuro-psychologiques sous-jacents, et non d’autres phénomènes comme la prise de substances, d’alcool ou de drogues, ou d’un traumatisme crânien, ou d’autres facteurs pouvant affecter l’état de conscience de la victime.

L’amnésie traumatique est donc un trouble de la mémoire qui peut apparaitre après l’exposition à un ou plusieurs événements traumatisants. Elle peut être complète, lorsque la totalité de l’événement est inexistant, ou bien partielle, lorsque quelques fragments de l’événement sont absents de la mémoire narrative. L’amnésie peut durer plusieurs semaines ou plusieurs années, voire plusieurs dizaines d’années (30 ans, 40 ans voire 50 ans).

L’amnésie traumatique est un des symptômes caractéristiques de l’Etat de Stress Post-Traumatique (ESPT) tels qu’ils sont décrits dans le DSM-V, à savoir sous le critère D, concernant les troubles de la cognition et de l’humeur. Pour comprendre ce symptôme, il faut avant tout comprendre ce qu’il se joue lors de la rencontre traumatique. L’amnésie traumatique, complète ou partielle, est la résultante de l’effraction psychique suscitée par la brutalité et la soudaineté de l’événement traumatisant. La rencontre brutale avec la réalité de la mort, qui est la définition même de l’événement traumatique, déborde les capacités défensives du sujet et « perfore » l’appareil psychique. L’effroi suscité par la rencontre mortifère génère un état de stress extrême qui déclenche la mise en place de mécanismes neurobiologiques et psychologiques extraordinaires afin de protéger l’intégrité physique et psychique de la victime.

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• L’amnésie traumatique dissociative : Les mécanismes neuro-biologiques à l’oeuvre et les conséquences sur les démarches judiciaires (PDF), Julie Francols, psychologue clinicienne, spécialisée en psychotraumatologie. Praticienne Hypnose Ericksonienne. Praticienne EMDR. Responsable du cabinet de Psychotraumatologie et de Victimologie de Lyon (CPTV)