22/07/2021

Quels soins somatiques en psychiatrie ?

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Recueillant la parole de médecins « somaticiens » exerçant en psychiatrie, la thèse de médecine de Margot Ferry dévoile des perspectives d’amélioration de la prise en charge des soins somatiques à partir d’expériences locales…

Le constat frappant des disparités de santé entre la population générale et les patients atteints de pathologies psychiatriques sévères nous poussent à questionner les raisons et les voies d’amélioration. Les médecins généralistes exerçants en hôpital psychiatrique, dits « les somaticiens », semblent bien placés pour répondre à ces questions puisqu’ils y sont confrontés au quotidien. Dans ce travail de thèse, Margot Ferry mène une étude qualitative multicentrique, à partir d’entretiens semi-dirigés auprès de vingt-et-un médecins somaticiens exerçants tous en établissement de soins psychiatriques, dans la région Auvergne-Rhône-
Alpes.

Hypothèses
– La première est que la relation médecin-malade s’apparente, entre un médecin généraliste et un patient psychotique, plus que jamais à une forme d’apprivoisement, telle que décrit dans le célèbre livre de Saint Exupéry lors du dialogue entre le Renard et le Petit Prince : le point central de la prise en charge globale d’un patient psychiatrique sévère est le temps que l’on peut lui accorder. Et cette question du temps représente aussi l’obstacle majeur au suivi en ville.
– La seconde est que la psychiatrie entre toutes les spécialités suscite des peurs, des préjugés et des interrogations, et qu’elle ne s’apprend pas dans les livres. Aussi le seul moyen d’appréhender la maladie mentale est d’y être confronté. Car c’est au contact des personnes atteintes de maladies psychiatriques sévères que l’on apprend une forme de « savoir-être », une idée des comportements à éviter, une manière d’appréhender le délire, de le respecter ou de le contourner sans s’y opposer frontalement ou sans y plonger, pour ne citer qu’un exemple.
C’est au contact de ces patients que l’on parvient à changer la peur en intérêt, le rejet en compréhension, la sympathie ou l’antipathie en empathie. Et s’il est possible de rencontrer souvent au cours des stages hospitaliers la cardiologie, la pneumologie, la gastro-entérologie…, dans des services qui ne s’y consacrent pas exclusivement, on peut totalement échapper à la psychiatrie, qui n’en demeure pas moins un motif de consultation prépondérant en médecine générale. L’enquête « Santé mentale en population générale : image et réalité » réalisée par le Centre collaborateur de l’Organisation mondiale de la santé (CCOMS, Lille) estime à 42 % la part de la population qui se tourne vers le médecin de famille comme premier acteur en cas de difficultés psychologiques(57). En outre une majorité des patients souffrant de troubles psychiques seront suivis et traités par un généraliste et jamais par un psychiatre, et lorsque le psychiatre intervient c’est souvent par le biais du généraliste(58). L’observatoire de la médecine générale rapporte 11,72% du top 50 des motifs les plus récurrents de consultation de médecine générale . Dans une étude publiée dans l’Encéphale(22), les médecins généralistes inclus ont considéré 28,6 %(IC95 % : 26,0—31,3) de leurs patients comme étant des cas de trouble psychiatrique légers, moyens ou sévère.
Aussi ce travail de thèse intervient dans un contexte de fermeture des stages en milieu psychiatrique aux internes de médecine générale, et si c’est un hasard (j’avais choisi mon sujet avant cela), je pense qu’il n’en est pas moins opportun. Car l’approche centrée patient est aujourd’hui au coeur de notre formation, et j’espère, par ce travail de thèse, démontrer que la réalisation d’un stage de soins somatiques en psychiatrie est l’aboutissement de ce qui est exigé de nous dans le cadre d’une approche centrée sur le patient.

À travers 21 entretiens menés auprès de médecins somaticiens exerçant dans 5 hôpitaux psychiatriques de la région Auvergne-Rhône-Alpes, nous constatons que la médecine auprès des patients psychiatriques requiert certaines compétences, beaucoup de temps, et des moyens suffisants. Ces entretiens nous ouvrent des perspectives d’améliorations et nous dévoilent des exemples de solutions locales qui pourraient tendre à se généraliser.

Soins somatiques en santé mentale. Le regard des médecins généralistes exerçant en établissement psychiatrique. Etude qualitative de 21 entretiens semi-dirigés avec les médecins somaticiens de 5 établissements de soins psychiatriques en région Auvergne-Rhône-Alpes. Thèse d’exercice en médecine, Université Claude-Bernard Lyon, 1, 2020. A télécharger en pdf

• A lire aussi, du même auteur :
– Mains de médecin. M. Ferry. In Peut-on soigner sans toucher ni être touché, Pratiques, n°93, mai 2021.
– Coreso : 8 ans après, retour sur l’expérimentation d’une consultation réseau somatique au sein d’un CMP. M. Ferry, C. Roman Amat, J. Marthoud, B. Gelas Ample et al., In L’information psychiatrique, 2021/6, Vol.97, p.467.

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