« L’abstinence est insupportable car elle est emplie d’expériences amputées… » 

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Pourquoi il ne faut compter ni sur les résolutions de la raison, ni sur les incitations de l’environnement pour passer de l’abstinence à la sobriété… Guillaume Von Der Weid, Professeur de philosophie, en regard de notre dernier dossier relatif à la rechute dans la maladie alcoolique, nous livre ses réflexions en la matière, et c’est passionnant.

Paradoxalement, quand épicure affirme que seul compte le plaisir, il entend réduire sa place au maximum. Car tout plaisir peut engendrer une souffrance souvent plus grande que lui. Le plaisir de boire engendre la gueule de bois, celui de fumer le cancer, celui de jouer de l’argent la banqueroute, celui du flash de la prise de substance, la dépression du manque. Et plus grand le plaisir, plus dure la chute : plus forte la drogue, plus profonde l’addiction et la procession de souffrances qui l’accompagnent, avec au bout, le grand inquisiteur qu’est la mort. C’est pourquoi le bonheur épicurien consiste à se satisfaire d’un bout de pain et d’un verre d’eau.

Mais c’est une philosophie qui fonctionne tant qu’on n’a pas goûté aux drogues, philosophie de « l’avant » plus que de « l’après », de la précaution plus que de la rémission. Car le calcul des plaisirs et des peines penche toujours en faveur du premier, une fois qu’on l’a connu, indépendamment de la souffrance qui peut en résulter. L’addiction a un effet distordant à la fois sur le calcul de la pratique compulsive, et sur la perception du monde où elle s’effectue. Elle amplifie la sensation de plaisir au détriment de la souffrance et menace de vider le monde de sa substance, en la tirant à la suite de la sienne. Aussi la rechute vient-elle de deux erreurs imbriquées : l’erreur de la raison et l’erreur de la vision.

« L’abstinence est insupportable car elle est emplie d’expériences amputées : la tristesse qui ne peut se noyer dans l’alcool, la fête qui ne peut fumer un paquet, la détente du soir qui ne peut partir dans une rêverie herbivore ». 

Lire la suite de l’article de Guillaume Von Der Weid : Rechute ou retrouvailles, Santé mentale, 259, juin 2021.

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Peinture de Christophe Hohler, artiste « pluriel » qui a illustré le dossier de juin 2021 de Santé mentale sur le thème « Maladie alcoolique et rechute » .