N° 257 - Avril 2021

« J’habite pleinement mon métier d’infirmier en psychiatrie… »

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À la question « pourquoi la psychiatrie ? », Loïc Rohr, infirmier depuis plus de dix ans, marque un temps d’arrêt, comme cueilli par ce qu’il considère aujourd’hui comme une évidence. Retour en arrière pour explorer ce qui guide sa vie professionnelle et donne du sens à son engagement.

Du plus loin qu’il s’en souvienne, Loïc Rohr dit avoir toujours eu « le goût des autres ». Adolescent, il prête souvent son oreille aux douleurs existentielles de ses amis. Il sait écouter. « Un bon début », explique-t-il en souriant. Le baccalauréat en poche, il « entre en soins », et débute sa formation d’infirmier, curieux d’intégrer un monde professionnel qui lui semble « ouvert » et porteur de valeurs humanistes qui lui parlent. 

Les premiers pas

Durant ses trois années de formation, Loïc découvre peu à peu, lors de ses stages (1), les nombreuses facettes d’une discipline qui le questionne : la psychiatrie. Lui qui se dit « rationnel », « porté par la science », doit faire face aux errements du psychisme. « Il faut alors tâtonner, expérimenter, tenter, se risquer à la relation. Cela nous expose, nous coûte parfois car rien n’est jamais acquis, mais cet inconfort stimule et nous permet de toucher le cœur du soin. » Durant cette période, Loïc se souvient avoir vu un reportage sur les Unités pour malades difficiles (UMD). « Quand on a 20 ans, l’extrême, le danger, peuvent séduire car ils riment avec aventure, adrénaline et excitation. Ce que je découvre, de façon bien puérile, me donne, aussi d’une certaine façon, envie d’en savoir plus ». Une direction se dessine et il saura la prendre.
Diplômé en 2010, Loïc travaille un an en psychiatrie adulte au Centre hospitalier de Saint-Cyr au Mont d’Or (2).
En 2011, une opportunité se présente : l’UMD du Vinatier, à Bron, ouvre ses portes et recrute. « Je me souviens que le moindre pas de côté du patient entraînait aussitôt une réponse sécuritaire. Au final, la violence était sur-contenue, empêchant toute élaboration clinique au profit de mesures sécuritaires. Dans cet univers “carcéral”, je ne voyais pas le soin, celui qui participe à sauvegarder la dignité des hommes et leurs droits. » Au bout d’un an, Loïc refuse d’endosser un rôle qui ne correspond en rien à celui qu’il souhaite défendre. « Ma perception du soin en psychiatrie, certes naissante, méritait vraiment que je m’intéresse à elle, que je la nourrisse, que je casse un moule que l’on voulait m’imposer. Pour cela, je devais aller voir ailleurs, écouter, observer, apprendre de mes pairs mais aussi des patients, lire et me former. Une ligne de conduite qui ne m’a plus jamais quitté. »