06-07 juin 2026 - Paris

L’inceste, un dire entre impossible et interdit

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Colloque de l’École de psychanalyse de Sigmund Freud (EPSF)

L’universalité de l’interdit de l’inceste est communément reconnue. Pour Freud comme pour les anthropologues, cet interdit princeps a valeur civilisationnelle ; il marque le passage à l’hominisation et fonde la mise en ordre généalogique des sociétés humaines. Mais cette universalité affirmée ne cesse d’être démentie par les transgressions qui l’accompagnent. L’inceste n’est-il pas, depuis Œdipe, un « crime sans nom » ? L’omission du mot « inceste » dans le Code pénal en 1791 (mais non dans le Code civil) ouvre une longue histoire d’errements juridiques. On attendra 2021 pour que l’inceste soit à la fois nommé et considéré comme une infraction pénale autonome et ainsi extrait de la pédocriminalité. 

Aujourd’hui, la médiatisation des témoignages d’inceste indique-t-elle une libération de la parole ? Produit-elle pour autant une levée du silence ? La parole publique, qui ajoute au trouble du droit et mobilise les imaginaires, ne constitue pas toujours un dire : « dès que nous parlons d’inceste, nous ne savons pas ce que nous disons. » 

La difficulté à penser l’inceste et son interdit a conduit Freud à faire appel à un mythe puis à recourir à la création d’un autre mythe. L’abandon, le 21 septembre 1897, de ses neurotica, a permis, avec l’appui d’Œdipe, la découverte du sexuel infantile, source scandaleuse du désir humain, chez l’enfant comme chez l’adulte. 

L’absence, dans l’inconscient, de « signes de réalité » oblige l’analyste à savoir distinguer fantasme œdipien et inceste réel. Distinction qui est à saisir dans l’irréversibilité des dégâts psychiques de l’inceste ainsi que dans les traces de son déni chez l’individu comme dans le corps social. S’il y a une spécificité de la clinique de l’inceste par rapport à celle du trauma, ne réside-t-elle pas dans le brouillage généalogique inhérent à tout inceste ? Ne doit-on pas distinguer, dans la clinique, l’inceste maternel et l’inceste commis par les pères ?

Comment entendre le déplacement qu’opère Lacan de l’interdit à l’impossible ? Le mythe freudien du père de la horde mettait l’accent sur les points de contiguïté entre jouissance et Loi : l’interdit – un dit d’interposition – fait barrière à la jouissance. Lacan dit que le rapport sexuel est impossible à écrire, sauf incestueux. Mais où s’inscrirait-il ? Dans le chaos des filiations, dans les corps ? Si l’interdit vient parer à l’impossible, ne permet-il pas de supporter l’impossible du rapport sexuel ? Comment penser l’interdit lorsque le démenti, dans ses formes actuelles, porte sur cet impossible ? Que signifie aujourd’hui l’interdit ?

« Se familiariser avec la représentation de l’inceste » selon Freud, permettrait, sans lui substituer d’autre représentation, de saisir la pensée de l’inceste pour en faire émerger un dire. « Je métaphoriserai pour l’instant de l’inceste le rapport que la vérité entretient avec le réel. Le dire vient de là où il la commande ». Comment utiliser ce propos de Lacan ? La psychanalyse peut-elle produire non plus un dire sur l’inceste, mais un dire de l’inceste, qui, dans cette rencontre avec l’une des formes de l’inhumain, rendrait sensible le rapport que la vérité du témoignage entretient avec le réel.

Informations pratiques :