Les médicaments reconditionnés conservent-ils leur stabilité ?

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Une étude menée par des pharmaciens du Vinatier s’intéresse à la stabilité des médicaments couramment utilisés en psychiatrie après leur déconditionnement, afin de mieux adapter les pratiques de dispensation.

La dispensation nominative automatisée occupe aujourd’hui une place importante dans le circuit du médicament à l’hôpital, elle renforce la traçabilité des médicaments et contribue à réduire les erreurs de dispensation et d’administration. Au Vinatier, elle est effectuée par deux automates de reconditionnement. Ce processus nécessite de retirer les médicaments de leur conditionnement primaire avant leur reconditionnement, une étape qui soulève une question essentielle : combien de temps un médicament conserve-t-il sa stabilité une fois sorti de son emballage d’origine ?

Les connaissances disponibles sur ce sujet restent limitées. En l’absence de données détaillées pour l’ensemble de la pharmacopée, les pharmaciens appliquent généralement des durées de conservation prudentes. Si cette précaution garantit la sécurité de la prise en charge médicamenteuse, elle peut augmenter les contraintes de fonctionnement et le gaspillage potentiel de médicaments.

C’est de ce constat qu’est né le projet Études de Stabilité des Médicaments Reconditionnés (ESMR). L’objectif est d’apporter des données scientifiques sur la stabilité de médicaments couramment utilisés en psychiatrie après leur déconditionnement, afin de mieux adapter les pratiques de dispensation.

L’étude s’intéresse à plusieurs spécialités : des comprimés d’aripiprazole (antipsychotique), sous forme classique et orodispersible, ainsi que des gélules de sertraline (antidépresseur inhibiteur sélectif de la recapture de la sérotonine). Leur stabilité physique et chimique est suivie pendant six mois. Au total, plusieurs centaines de comprimés ont été nécessaires à la réalisation des différents essais. Les médicaments sont conservés dans différentes conditions reproduisant celles rencontrées lors de la préparation automatisée des doses à administrer, mais aussi dans des conditions ambiantes.

Le projet associe l’équipe pharmaceutique du Vinatier, le laboratoire de pharmacologie-toxicologie des Hospices Civils de Lyon et l’Institut des Sciences Pharmaceutiques et Biologiques de Lyon. Cette collaboration permet de réunir les compétences nécessaires, depuis l’évaluation des caractéristiques galéniques jusqu’aux dosages réalisés par une technique analytique de laboratoire permettant de mesurer avec une très grande précision la quantité d’un médicament.

Ces travaux prolongent une première étude conduite au Vinatier sur la stabilité de la clozapine après déconditionnement, dont les résultats avaient été publiés dans lEuropean Journal of Hospital Pharmacy (Emonet et al., 2024). Cette étude a montré que les comprimés de clozapine 100 mg Viatris conservaient leurs propriétés physicochimiques pendant 12 semaines après reconditionnement, dans les conditions de production du Vinatier.

En pratique, ces travaux visent à fournir aux équipes pharmaceutiques et soignantes des données fiables pour sécuriser le circuit du médicament, faciliter l’organisation de la dispensation nominative et contribuer à une prise en charge des patients.

Les résultats concernant l’aripiprazole devraient être publiés avant la fin de l’année 2026. Ceux relatifs à la sertraline sont attendus pour l’été 2027.

Jonathan Boisramé, Bertrand Clerc, Hélène MAILLOT, Pharmaciens