Améliorer la santé mentale des soignants, un déterminant stratégique…

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Dans une note publiée par le laboratoire d’idées (Think tank) l’Institut Sapiens, Marie-Victoire Chopin, Docteure en psychologie, ausculte la souffrance psychique des soignants, qui entraîne notamment un travail empêché*. Son analyse démontre que l’épuisement des professionnels de santé n’est pas seulement une conséquence de la crise sanitaire, mais le résultat de dysfonctionnements structurels profonds, mêlant perte de sens, surcharge administrative et rigidités organisationnelles. Pour remédier à cette situation, l’auteure préconise une transformation radicale du management hospitalier et une libération de la parole, affirmant que la sécurité des patients et l’efficacité du service public dépendent désormais directement du bien-être psychique de ceux qui prodiguent les soins.

Le rapport du Dr Marie-Victoire Chopin souligne que la santé mentale des soignants constitue désormais « un déterminant majeur de la sûreté et de la soutenabilité du système de santé » français. En dépassant une simple lecture conjoncturelle liée aux crises récentes, son étude démontre que le mal-être professionnel est le produit de tensions structurelles anciennes, marquées par une hausse des exigences de soins face à des cadres institutionnels et des normes de travail souvent rigides. Le document appelle ainsi à une transformation profonde des cultures organisationnelles pour briser le tabou de la vulnérabilité au sein des collectifs médicaux, affirmant que la qualité des soins et la continuité du service public dépendent directement de la capacité des institutions à préserver l’équilibre psychique de ceux qui soignent.

La santé mentale des soignants, condition de possibilité du système de soins

L’analyse met en évidence des déterminants structurels clairement identifiables. « L’intensification du travail, la désynchronisation des temps de vie liée aux horaires atypiques et à l’imprévisibilité, la faiblesse des marges de manœuvre dans des organisations fortement hiérarchisées, ainsi que l’inflation des tâches administratives et numériques, concourent à une dégradation progressive du sens du travail et à une fragilisation psychique durable« . À ces facteurs s’ajoutent « des mécanismes culturels puissants, tels que l’omerta, la valorisation implicite de la bravoure et la difficulté à exprimer la vulnérabilité, qui retardent la demande d’aide et favorisent des trajectoires de rupture ».

« Par ailleurs, les trajectoires de vie des professionnels – parentalité, charges domestiques, situations d’aidance – ne peuvent plus être considérées comme des variables externes au fonctionnement des organisations de soins. Dans un contexte d’horaires atypiques et de pénurie de personnel, elles constituent des déterminants directs de la soutenabilité des carrières, de l’absentéisme et de la fidélisation, avec des effets différenciés selon le genre et l’âge. Leur prise en compte relève d’une approche rationnelle de gestion des ressources humaines, et non d’un registre accessoire ou socialement périphérique »,

Créer un cercle vertueux ?

Pour l’auteure, les leviers sont nombreux qui pourraient améliorer les conditions de travail et fidéliser les soignants. « Les recommandations formulées privilégient une action combinée sur l’organisation du travail, la prévention primaire, la sécurité psychologique, la formation managériale, la doctrine numérique et la prise en compte des trajectoires de vie, adossée à des indicateurs de suivi précis et à une gouvernance clairement identifiée. Sans cet effort de réorganisation structurelle, prévient-elle, le système de santé ne pourra faire face aux défis à venir. « Leur cohérence repose sur un principe central : la santé mentale des soignants constitue une condition de possibilité du système de soins, et non un objectif distinct ou secondaire. À défaut d’une inflexion structurée, le risque est celui d’une dynamique auto-entretenue associant absentéisme, surcharge, départs précoces et dégradation progressive de la qualité et de la sécurité des soins, avec un coût humain, organisationnel et financier croissant ».

*Travail qu’on n’arrive pas à faire.

La santé mentale des soignants, un déterminant stratégique de la qualité et de la continuité des soins, Institut Sapiens, Marie-Victoire Chopin, 16 février 2026.

L’auteure : Marie-Victoire Chopin, Docteure en psychologie et en sciences du langage, MBA, avec une expérience clinique en psychiatrie générale et de liaison. Experte de la fonction publique hospitalière. Experte en comportements organisationnels et santé mentale au travail.