Quel traitement du craving dans les addictions comportementales?

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Une recherche va évaluer l’efficacité du nalméfène sur le craving en adjonction du traitement classique dans les addictions comportementales.

Les addictions comportementales (AC) [jeu d’argent pathologique (JAP), addiction à l’alimentation (AA), addiction sexuelle (AS)] peuvent entraîner des conséquences désastreuses. Elles sont en effet souvent associées à d’autres troubles addictifs ou psychiatriques, et à des taux élevés de tentatives de suicide.

De nombreuses similitudes ont été mises en évidence entre les AC et les troubles de l’usage de substances. Sur le plan clinique, le point commun fondamental est le craving (envie impérieuse, incontrôlable de s’engager dans des comportements hédoniques), qui a été systématiquement associé à la perte du contrôle sur la conduite et à la rechute. Si les thérapies cognitivo-comportementales ont démontré leur efficacité pour la prise en charge des AC à court terme, l’étendue et la durabilité de leurs effets restent encore inconnues. Les abandons de soins sont fréquents, ainsi que les rechutes.

À l’heure actuelle, aucun traitement pharmacologique n’a obtenu d’autorisation de mise sur le marché (AMM) dans l’indication « AC », mais plusieurs médicaments ont été testés. Parmi eux, deux antagonistes des récepteurs opioïdes, la naltrexone (Revia®) et le nalméfène (Selincro®), semblent les plus prometteurs. En diminuant la neurotransmission de la dopamine dans le circuit de récompense, ils réduisent à la fois l’excitation pour les comportements gratifiants et l’envie. Comparé à la naltrexone, le nalméfène semble avoir une meilleure sécurité d’emploi mais aucune étude n’a examiné son efficacité en tant que traitement des AC.

Conduite au CHU de Nantes, la recherche NABAB (PHRC) va évaluer l’efficacité du nalmefène versus un placebo, sur un groupe de 266 patients pendant 24 mois, en complément du traitement habituel pour diminuer le craving dans les AC sus-citées. Ce travail pourrait donc conduire à l’élaboration de recommandations intégrant une option médicamenteuse pour le traitement des AC. La mise à disposition d’un traitement médicamenteux bien toléré et peu coûteux faciliterait ainsi l’accès aux soins, par exemple dans les soins primaires, et la prise en charge des patients ayant des difficultés à s’engager dans des soins spécialisés.

NABAB : Évaluation de l’efficacité du Nalmefene versus placebo en adjonction du traitement « as usual » sur le craving dans les addictions comportementales, Pr Marie Grall-Bronnec et Gaëlle Challet.

• À lire aussi sur le sujet du craving : Maladie alcoolique et rechute, Santé mentale, n° 259, juin 2021