Entre corpulence déclarée… et corpulence mesurée…

FacebookTwitterLinkedInEmail

L’objectif de cette étude était d’estimer les écarts entre les données anthropométriques déclarées et celles mesurées dans la population générale française, d’élucider les facteurs associés à ces écarts et de mesurer leurs éventuelles évolutions au cours du temps.

Le surpoids et l’obésité sont des facteurs de risque majeurs des maladies non transmissibles. Leur prévalence doit être régulièrement évaluée, afin d’adapter au mieux les politiques de santé publique et les programmes de prévention. Les études de surveillance épidémiologiques s’appuient pour ce faire sur des données mesurées (gold standard) ou déclarées.

Lors de cette étude, les analyses ont été effectuées sur un échantillon de 2 429 adultes âgés de 18 à 74 ans, inclus dans l’étude de santé sur l’environnement, la biosurveillance, l’activité physique et la nutrition (Esteban 2014-2016), et disposant de données anthropométriques déclarées et mesurées. Des régressions linéaires simples et multivariées ont été réalisées, afin de déterminer les associations entre l’écart d’indice de masse corporelle (IMC) et différentes variables sociodémographiques. Les résultats ont été comparés à ceux obtenus précédemment dans l’Étude nationale nutrition santé (ENNS 2006-2007).

Lorsque l’estimation de l’IMC se base sur des données déclarées par les individus, l’IMC est généralement sous-estimé. Cette étude a mis en avant, d’une part, que cette sous-estimation de l’IMC conduisait à une sous-estimation conséquente de la prévalence de l’obésité au sein de la population adulte française.

De manière générale, en 2016, les hommes et les femmes sous-déclaraient leur poids et sur-déclaraient leur taille, ce qui conduisait à une sous-estimation de l’IMC de l’ordre de -0,41 chez les hommes et de -0,79 chez les femmes. Comme en 2006, l’écart de l’IMC entre données déclarées et mesurées était significativement associé à l’IMC mesuré, les écarts étant plus importants chez les personnes en surpoids ou obèses. En 2016, les écarts variaient également avec la situation matrimoniale des individus ce qui n’était pas le cas auparavant.

Les résultats mettent en évidence l’existence d’une sous-estimation de la prévalence de l’obésité dans le cadre de l’utilisation de données de poids et taille déclarées. Les écarts entre données déclarées et mesurées et les facteurs associés varient au cours du temps ce qui justifie la réalisation de mesures anthropométriques effectives et régulières dans les enquêtes de surveillance épidémiologique.

Gorokhova M, Salanave B, Deschamps V, Verdot C. Écarts entre corpulence déclarée et corpulence mesurée dans les études de surveillance en population en France. Bull Epidémiol Hebd. 202(10):176-85.