« Effondrement » et « crise d’attractivité » de la psychiatrie publique

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Reçu au ministère des Solidarités et de la Santé le 14  juin, pour participer à un « point d’actualité » sur l’avancée du Ségur de la santé et la situation des établissements, Christian Muller, Président de la Conférence des Présidents de commission médicale d’établissement de CH spécialisés (CME-CHS) a alerté plutôt sur « l’effondrement de la psychiatrie publique; alors que les besoins (…) ne cessent d’augmenter. » Il a dénoncé « la pénurie médicale gravissime » en psychiatrie, avec une « hémorragie sans précédent » des psychiatres, et une « attractivité de la discipline nulle voire négative».

C. Muller a notamment pointé :

Une pénurie médicale gravissime avec des conséquences majeures sur tout le système hospitalier français;

– Une hémorragie sans précédent des psychiatres de service public qui touche l’ensemble du territoire national. Les secteurs de psychiatrie s’effondrent en psychiatrie générale et en pédopsychiatrie, de la Corrèze à Sainte-Anne qui peinent même à recruter. Le phénomène touche des territoires déjà très fragiles (Lozère, Dordogne, Creuse mais aussi désormais des villes comme Bordeaux, Marseille, Strasbourg et des régions telles que la Normandie, la Vendée, les Hauts-de-France…) et la liste n’est pas exhaustive.

– Une fragilisation des secteurs : comment faire fonctionner des secteurs avec moins de trois praticiens hospitaliers pour 80 000 habitants ?. Les tentatives de compensation (mutualisation, actions solidaires, …) fragilisent les secteurs voisins.

La fuite des praticiens hospitaliers vers le privé ou le médico-social se confirme voire s’accélère. Les installations libérales se multiplient. Les praticiens restant en poste sont en souffrance psychique voire en burn-out. Un cercle vicieux infernal se met en place tel le tonneau des Danaïdes.

Une perte de sens, un désarroi, une résignation : « On ne fait plus de psychiatrie on éteint les incendies » disait récemment un praticien hospitalier.

Un désespoir qui fait que certains praticiens n’attendent plus rien des pouvoirs publics et se posent la question d’un abandon délibéré de la psychiatrie publique alors qu’ils ont une attente forte d’une volonté politique fédérant les professionnels.

– Une attractivité de la discipline nulle voire négative, de l’interne au praticien expérimenté, à un niveau jamais atteint.

Une absence de pensée de la psychiatrie qui structurait une dynamique d’ensemble des équipes autour de valeurs humanistes et scientifiques. La psychiatrie est pourtant un « sport collectif ».

Christian Muller souligne également « qu’il est illusoire de considérer que l’activité des psychologues et des IPA (infirmière en pratique avancée) pourra résoudre le problème ».

Face à ces enjeux, il a sollicité « un bilan de la situation, à réaliser de façon urgente » et la mise en place d’un groupe de travail « attractivité » en psychiatrie.

Rencontre Ministre de la Santé et Présidents des conférences hospitalières, 14 juin 2021, consulter en pdf