Structurer le champ des médecines complémentaires et alternatives

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L’Agence des médecines complémentaires et alternatives (A-MCA) publie son premier rapport structuré à partir de 20 recommandations. Ces travaux visent à la fois à définir le champ des MCA, asseoir l’évaluation des pratiques, organiser leur déploiement en institution de soins, clarifier la formation des praticiens, développer des pistes de lutte contre les dérives thérapeutiques

Comme le souligne le Professeur Emmanuel Hirsch dans son avant-propos ce rapport « propose de mieux saisir les enjeux d’un renouveau nécessaire de la pensée médicale et des pratiques soignantes. Les perspectives innovantes doivent être explorées, évaluées et discutées du point de vue des bénéfices effectifs qu’elles permettent de viser. Réciproquement, les pratiques injustifiables, non probantes qui exposent à toutes sortes de risques et même de menaces au regard de l’intégrité de la personne et de ses libertés fondamentales doivent être proscrites.
La publication du rapport trouve une signification plus forte encore dans le contexte incertain de la
pandémie, suscitant tant d’équivoques relatives à la recherche biomédical, à l’accès aux traitements, aux
pratiques soignantes en établissements comme à domicile ; tant de défiance aussi à l’égard des
légitimités et des instances ».

Objectifs

L’objectif de ce rapport est de construire une réflexion collective autour des principaux enjeux
posés par l’essor et l’usage des MCA (1).
La démarche consiste à élaborer des productions utiles et à
proposer des recommandations concrètes pour permettre une intégration cohérente, structurée et
sécurisée des pratiques tout en luttant contre les dérives en santé.

Plus spécifiquement, ces travaux visent à la fois à définir le champ des MCA, asseoir l’évaluation des pratiques, organiser leur déploiement en institution de soins, clarifier la formation des praticiens, développer des pistes de lutte contre les dérives thérapeutiques. Les recommandations de ce rapport sont
appuyées par des productions concrètes et transposables sur le terrain qui visent également à
enrichir la recherche et la politique de santé publique. Certaines recommandations s’inscrivent
dans le court terme, alors que d’autres devront se déployer dans le temps. Adressé à l’ensemble
des acteurs et diffusé au grand public, ce rapport se veut ainsi constituer un premier référentiel
commun à la fois pour la recherche, la politique de santé, les institutions et les citoyens, usagers
ou non de MCA.

20 recommandations

DÉFINITION DU CONCEPT DE MCA – « pour mieux comprendre ce dont on parle »

  • Vulgariser le concept de MCA pour le rendre davantage accessible au public
  • Ouvrir le dialogue sur les MCA dans les centres de soins et associations de patients.
  • Créer et diffuser des supports d’information – dédiés aux usagers – centrés sur chaque MCA.
  • Alerter les publics sur les fausses informations diffusées sur internet

ÉVALUATION DES PRATIQUES – « pour s’accorder sur le plan de la recherche »

  • Décrire et définir avec rigueur l’objectif des études.
  • Préciser les buts de l’évaluation et le critère de jugement pour évaluer les effets sur et avec le patient.
  • Constituer le terrain d’une recherche collaborative et mener autant que possible une recherche comparative.
  • Effectuer des mesures fiables et valides lors des études et appliquer des méthodes mixtes et si possible expérimentales.

FORMATION DES PRATICIENS – « pour favoriser une formation solide des praticiens »

  • Introduire un prérequis de formation pour l’exercice de la profession.
  • Distinguer les niveaux de compétence des praticiens.
  • Diffuser les principes éthiques communs aux praticiens titulaires d’un diplôme reconnu.
  • Améliorer les conditions de la pratique clinique et favoriser la coopération entre professionnels de santé et praticiens intervenants dans les centres sanitaires et médico-sociaux.

INTÉGRATION/EXCLUSION DES MCA – « pour favoriser l’intégration de pratiques adaptées »

  • Encourager l’intégration, en milieu sanitaire, de pratiques reconnues et coordonnées par les professionnels de santé.
  • Intégrer dans les centres sanitaires exclusivement les praticiens dont la formation est reconnue et suffisante.
  • Sensibiliser les équipes aux indications et contre-indications des MCA déployées dans les centres sanitaires.
  • Évaluer les pratiques intégrées dans les centres sanitaires.

RISQUES ET DÉRIVES THÉRAPEUTIQUES – « pour lutter contre les risques et dérives thérapeutiques »

  • Informer les patients sur les dérives thérapeutiques liées aux MCA.
  • Former les professionnels de santé aux risques et aux dérives thérapeutiques des MCA.
  • Répertorier dans un annuaire exclusivement les praticiens dans la formation est agrée par l’État.
  • Interdire certains financements publics de MCA dont les formations ne sont pas agréées par l’État.

Structurer le champ des médecines complémentaires et alternatives (MCA) « Pour favoriser l’essor des pratiques bénéfiques tout en luttant contre les dérives thérapeutiques en santé ». Sous la Direction de : Véronique Suissa, Pr Serge Guérin, Dr Philippe Denormandie, Pr Antoine Bioy. Rapport 2021

(1) MCA : « Pratiques de soins non conventionnelles dispensées dans un contexte de santé ou de maladie par des praticiens proposant des méthodes à visées thérapeutiques pour répondre à la demande et/ou aux besoins des usagers. Les MCA rassemblent indistinctement des méthodes validées et sécurisées, insuffisamment éprouvées, ou encore douteuses, voire dangereuses.
En France, les MCA entretiennent des rapports pluriels avec la médecine au sein de laquelle certaines pratiques sont acceptées (ex. : acupuncture), tolérées (ex. : soutien spirituel) ou rejetées (ex. : sectes guérisseuses). Certaines pratiques – exclusivement complémentaires – sont intégrées aux centres et dispositifs de soins officiels tandis que d’autres – en particulier les méthodes alternatives – en sont exclues ».