20/04/2021

Atelier vidéo : « le camping des tongs »

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Accueilli au Centre d’évaluation de soins ambulatoire et de réhabilitation (C.E.S.A.R.), Hugo, qui souffre de troubles psychiatriques sévères, a participé à l’atelier vidéo. Au fil des séances et de nos observations Hugo s’est progressivement transformé en investissant cette médiation et en construisant son personnage de fiction. Déborah Mercier, infirmière, nous le raconte.

A Jacques

Au C.E.S.A.R., installé au coeur du centre hospitalier Saint-Jean-deDieu, à Lyon, nous accueillons des personnes inscrites dans des parcours de rétablissement à des étapes différentes, certains sont encore hospitalisés, d’autres vivent à l’extérieur. Notre place est d’identifier leurs ressources personnelles afin qu’ils trouvent une place dans notre société. Ainsi, nous accordons une place importante à l’inventivité, la créativité et cette année, nous avons décidé de créer un atelier vidéo.

Le cadre – Au départ le groupe est pensé sur 10 séances du vendredi 7 février 2020 au vendredi 10 avril 2020 (avec une souplesse en fonction des besoins du tournage). En réalité, la structure a fermé 3 mois pendant le premier confinement. On a repris en août 2020 et on a ajouté 3 journées complètes de tournage à l’extérieur (dans un parc municipal).
Les indications – Sur motivation des personnes accompagnées. Cet atelier est proposé à toutes les personnes concernées par des troubles psychiques au pôle de réhabilitation psychosociale. L’idée étant le principe de « l’auto-régulation » naturelle. Nous ne mettons pas de critère d’inclusion pour ne pas avoir de critère d’exclusion !
Moments et lieux des séances – Les vendredis dans une salle des locaux de notre structure et tournage à l’extérieur en fonction des besoins du tournage.
Les objectifs – Entre fiction et documentaire, il est question d’adresser un message à un public ordinaire.
• Réaliser un film dans le but de mobiliser les personnes accompagnées autour d’une création collective.
• Jouer un rôle peut permettre de travailler ses capacités d’adaptation à des situation sociales et des contextes variés guidés par les besoins du scenario.
• Inventer une histoire, prendre du recul sur la réalité en travaillant ses capacités d’abstraction et d’imagination.
•Travail autour de l’image que l’on se fait de soi, et sur celle que l’on souhaite transmettre aux autres.
• Retrouver la capacité à s’investir dans un projet.
• S’engager, retrouver du plaisir, participer à une aventure collective.
• Partager avec un groupe des choses que l’on aime (lieux, musiques, objets).
• Utiliser la vidéo pour transmettre un message, s’adresser à un public.
• Mettre en valeur l’inventivité et la créativité présente en chacun d’entre nous.
• Prendre de la distance par rapport aux images qui nous entourent, dans un but d’éducation à l’image.

D’une rencontre professionnelle à la mise en route d’un atelier vidéo

Ce projet d’atelier vidéo naît d’une rencontre professionnelle. A l’arrivée d’Elsa en novembre 2019, interne en psychiatrie pour son semestre dans notre structure, nous discutons de nos expériences communes autour de la création de films. Lors de nos échanges, le média de la vidéo arrive vite. Il résonne en chacune de nous comme pouvant être une médiation très intéressante où il est aussi question de regard sur soi et sur l’autre. Nous passons du temps à décortiquer ce que représente le groupe, la manière d’animer, de se positionner en croisant nos regards. Nous trouvons un accordage certain autour notamment de la posture soignante, la justesse du guidage proposé. C’est tout un jeu d’équilibre pour trouver le bon curseur pour faire émerger la créativité en s’autorisant des espaces vides tout en restant dans une certaine mobilisation. C’est comme une cadence, un rythme à ajuster en permanence entre les mouvements de chacun. Nous franchissons donc une première étape fondamentale : constituer notre binôme professionnel pour animer cet atelier vidéo. En effet, la vidéo est un média exigeant : l’aspect technique qui nécessite de réelles compétences ; la diversité des actions qui peuvent être menées ; le champ des horizons possibles qui amènent à la création ; les particularités inhérentes à chacun avec les enjeux liés d’être filmés. Toutes ses composantes nécessitent une mobilisation certaine, une énergie particulière et aussi un accordage professionnel.

C’est tout un jeu d’équilibre pour trouver le bon curseur pour faire émerger la créativité en s’autorisant des espaces vides tout en restant dans une certaine mobilisation.

Des trajectoires individuelles à la création d’une histoire collective

Ainsi, nous présentons l’idée de ce groupe vidéo aux professionnels de trois unités du pôle de réhabilitation afin d’impliquer nos collègues pour proposer aux personnes concernées cet atelier. Une salle est identifiée et l’atelier a lieu tous les vendredis de 14h à 16h pour un temps collectif. Nous accueillons alors six personnes concernées lors d’une première séance où l’on tente d’expliquer nos idées, la forme de ce groupe à venir. Une dynamique débute avec des personnes ayant des parcours très différents. Ce premier jour, les idées et questions fleurissent : « est-ce qu’on va parler de psychiatrie dans la vidéo ? », « on pourrait inventer une machine pour guérir la ville, on aurait plus besoin d’hôpital psychiatrique, ça suffirait ». « Pourquoi pas faire un mouvement, lancer un objet ? ».

Nous spécifions la structuration des séances telles que nous les avons pensées en amont : à chaque fois, nous faisons le tour de ce que chacun souhaite nous apporter comme matière personnelle : un texte, une chanson, une vidéo, un objet ou d’autres choses auxquelles nous n’avons pas pensé. Nous prévoyons des temps individuels entre chaque séance pour diversifier les espaces de rencontre et voir en individuel comment quelque chose de personnel peut se transformer au profit d’un récit collectif fictif. C’est ainsi que nous récoltons une chanson, une vidéo filmée à la montagne, une vidéo d’un train en mouvement, la découverte d’une voiture de modélisme et une chorégraphie de danse. Nous mettons en commun ces objets et les découvrons ensemble. Ensuite, nous faisons à chaque séance des petits exercices souvent utilisés au théâtre pour aider à la dynamique du groupe et faire émerger de la matière autrement. Par exemple, nous proposons d’écrire des mots évoquant une action, un lieu, un objet. La notion de plaisir est présente : « pensez à un mot qui vous fait du bien ». On tire au sort, on joue avec ses mots, on les assemble et des phrases se forment : « Françoise la fourmi mange une pomme en conduisant et boit dans une tasse de café et va dans sa chambre » ou « Mario Bros danse avec Blanche neige et croque une pomme Françoise de Chamonix dans le métro ». « C’est parti, maman mange de la salade composée cosmique », « Aujourd’hui, c’est l’été et maman dormait et sautait sous la tente mais curieusement il n’y a pas de surprise party eh pépé ».

A partir de ces matières rapportées, nous effectuons des petits jeux de rôles improvisés qui mettent en scène nos premières histoires fictives. C’est très ludique et chacun trouve une place : jouer, filmer, observer. On se laisse le choix d’être où l’on se sent bien et on élargit aussi dans cet espace le cadre limité d’une forme de réalisme, d’une histoire qui se voudrait raisonnée ou raisonnable. Ce champ des possibles, est amusant et protégé par la structure de l’atelier.

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Déborah Mercier, infirmière, et Elsa Benetos, interne en psychiatrie, CESAR (Centre d’évaluation et de soins ambulatoires en réhabilitation), Centre hospitalier Saint-Jean-de-Dieu, Lyon.