19-20-21 mai 2022 - Lyon

Stabilité : continuité et ruptures

FacebookTwitterLinkedInEmail

LYON

14es Journées francophones de thérapie familiale systémique de Lyon, organisées par par la revue Thérapie familiale

Notre époque est balayée par l’accélération du temps. Les valeurs en sont changées. La permanence a mauvaise presse, le changement a le vent en poupe ! Tous les systèmes ouverts sont soumis à des stress qui nécessitent le déploiement de capacités d’adaptation. Certains préserveront leur sta-bilité structurale, perdureront, moyennant quelques (ré)aménage-ments – c’est l’homéostasie – alors que d’autres s’achemineront vers une transformation, d’autres encore vers une rupture, en passant ou non par la crise.

Ces stress sont de différents types.
Concernant la famille, il s’agit d’une part d’événements internes, consi-dérés comme « naturels ». Ces événements sont liés au cycle de vie de la famille mais aussi à des maladies qui affectent ses membres, à des séparations, des départs, des deuils : les couples se séparent, les enfants quittent le nid, parfois coupent les ponts avec leurs parents ou reviennent chez eux, même sur le tard, lorsqu’ils se séparent et viennent trouver refuge un temps chez leurs vieux parents.
Certaines relations familiales particulièrement à risque conduisent au placement des enfants. Bien que de l’ordre de la rupture, le placement a pour objectif principal de réintroduire de la permanence dans le parcours chahuté de ces jeunes. La stabilité de nouveaux liens leur permet de pré-venir des conduites d’échec conduisant à des ruptures multiples et d’in-terrompre alors la spirale de légitimité destructrice. Ainsi, des ruptures pourvoyeuses de sens permettent à ces jeunes de poursuivre favorable-ment leur développement.

D’autre part, des événements externes bousculent également les familles et mettent à l’épreuve leurs capacités d’adaptation. Les déménagements, les pertes d’emplois, la précarité socio-économique, la souffrance au travail, les crises socio-politiques menacent la stabilité des familles.

Le niveau de stress auquel sont soumis les parents rejaillit sur les enfants, eux qui ont tant besoin de stabilité et de permanence pour se construire. Le mouvement de différenciation s’exprimant dans la crise d’adolescence peut être vécu comme un besoin de rupture d’avec la famille. Il peut tout aussi bien être analysé comme un transfert du besoin d’appartenance vers d’autres structures, telles que la bande, les groupes idéologiques…, ce qui permet à l’adolescent de redéployer son identité.

Comme le défendait Mara Selvini, le thérapeute doit soutenir tant les forces de transformation que d’homéostasie. S’il offre à ses patients une expérience réparatrice de stabilité et de continuité dans la relation thé-rapeutique, il demeure avant tout agent de changement, et aide la famille à se transformer, à ne pas céder à la rigidification défensive lorsqu’elle peine à intégrer une mutation qu’elle appréhende comme menaçante. L’intervenant est-il le garant du maintien de l’homéostasie familiale ? Dans quelle mesure ses a priori sur la continuité et la rupture des couples et des familles sont-ils opérants dans leur destin ? Les interventions et les thérapies systémiques ont une temporalité limitée. Comment terminer une intervention systémique ou une thérapie ? Sur quel critère ? Qui en décide ? Comment cette expérience forte se pour-suit-elle dans la tête des protagonistes après sa conclusion ?

Les institutions sont également soumises à des stress internes et externes. Les évolutions sociétales – la plus grande implication des usagers, les impératifs économiques, la montée en charge des évaluations et des procédures qualité – entraînent des changements de politique publique qui modifient les organisations et les financements. Les changements de direction, la mobilité du personnel parfois trop importante, parfois insuf-fisante, impactent également le fonctionnement des institutions et in fine la qualité des soins ou de l’aide sociale apportée.

Ces dernières années, les thérapies systémiques se sont enrichies et intègrent de nouveaux champs : psychotraumatisme, neurosciences… De nouveaux courants se sont développés. Enfin, les settings évoluent. Quel impact cela a-t-il sur la cohérence et la pérennité de l’approche (des approches) systémique(s) ?