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La présence fréquente des hallucinations, à la fois comme symptômes apparaissant dans des affections médicales psychiatriques et non psychiatriques, mais également comme effet indésirable de médicaments divers, impose, à chaque fois, une démarche clinique et diagnostique rigoureuse. La conduite à tenir et la thérapeutique dépendront du diagnostic posé. On s’attachera toujours à éliminer toute pathologie organique avant de poser un diagnostic psychiatrique.
Définir et classer est bien ce qu’il y a de plus difficile en médecine… Il n’existe pas de définition pleinement satisfaisante et (ou) consensuelle de l’hallucination, et reprendre ce débat n’est pas l’objet de cet article. Je partirai simplement d’un point de vue répandu : les hallucinations « du neurologue » sont visuelles et critiquées, c’est-à-dire que le sujet a conscience de leur caractère hallucinatoire ; à l’opposé, les hallucinations « du psychiatre » seraient acoustico-verbales et non critiquées. Vrai ou faux ? Les deux, bien sûr.
Il importe moins de savoir si tel ou tel ensemble de régions du cerveau «explique la schizophrénie » ou « les hallucinations », que de décrire les ensembles de régions modulant une fonction cognitive élémentaire dont l’altération est liée à la présence de symptômes psychopathologiques. Paradoxalement, c’est peut-être dans le domaine des hallucinations où l’on attendait le moins d’apports thérapeutiques, tant elles paraissent
empruntes de subjectivité, que des espoirs d’innovation à court terme sont ouverts grâce aux connaissances nouvelles issues de l’imagerie du fonctionnement cérébral. Et l’on peut entrevoir, non pas des apports de la psychopharmacologie,
mais un raffinement des techniques électrophysiologiques.
La création de groupes d’entendeurs de voix représente une stratégie intéressante parmi les autres interventions psychologiques à disposition. L’idée est de mettre les personnes qui souffrent d’hallucinations auditives en charge de leurs difficultés et ainsi, les placer en position de partenaires actifs plutôt qu’en position de consommateurs passifs de soins.
Une fois par mois, le temps d’une soirée, à Lausanne, en Suisse, le groupe « Hallucinations et Perceptions » se réunit. Au programme : témoignages et échanges, pour tenter de partager avec l’autre ce qui relève de l’indicible.
Le sujet psychotique est à l’égard de ses hallucinations dans la réplique permanente. Qu’il s’agisse de les réfuter, de s’en offusquer ou de les compléter, il est avec elles dans un dialogue incessant. Car, ce qui se
joue entre lui et elles, c’est la question même d’une « signification personnelle » en train de se construire et qui, lentement ou brutalement,
bouleverse non pas son champ sensoriel, mais sa compréhension du monde.
Le rêve a été pour Freud la voie royale pour accéder à l’inconscient du névrosé ; Guy Gimenez, psychologue clinicien, considère que l’hallucination est la voie royale pour explorer les processus psychiques psychotiques. Dans son ouvrage « Clinique de l’hallucination psychotique » (1) il illustre cette thèse en se référant, d’une part aux modèles psychanalytiques et psychiatriques, et à sa pratique clinique d’autre part.
Face aux hallucinations, le travail des soignants est de « créer un lien » avec le patient, dans toute sa complexité délirante, pour pouvoir le reconnaître et tenter de le rejoindre là où il est, dans son étrangeté même, depuis là où nous sommes.
Les hallucinations auditives ne répondent pas toujours bien au traitement neuroleptique. Il est donc nécessaire d’utiliser, en complément, des méthodes pour faire face ou des thérapies pour aider la personne à intégrer cette expérience. Parmi elles, les thérapies cognitives et comportementales.
L’annonce du diagnostic puis l’information préalable aux examens et interventions ultérieurs sont des étapes clés de la communication avec le patient cancéreux et ses proches.