Le rapport annuel 2025 de la Haute autorité de santé (HAS) consacré aux évènements indésirables graves associés aux soins (EIGS), souligne que malgré une hausse des déclarations, ceux-ci restent largement sous-déclarés. La HAS réaffirme à cette occasion que cette démarche constitue un outil non pas punitif mais d’apprentissage collectif afin d’améliorer la sécurité des soins.
Ce neuvième rapport annuel porte sur 21 636 déclarations d’événements indésirables graves liés aux soins (EIGS) reçues à la Haute Autorité de Santé de mars 2017 au 31 décembre 2025. Il est composé de deux documents : le rapport sous format synthétique « les abrEIGéS » et une annexe au rapport, le « cahier technique« , avec les tableaux statistiques (tris à plats et quelques tris-croisés).
La déclaration des EIGS progresse, mais demeure insuffisante
En 2025, 5 576 EIGS ont été déclarés par les professionnels de santé en France et transmis à la HAS, soit une hausse de 20 % par rapport à 2024. Cette progression ne signifie pas que les EIGS sont plus fréquents ; elle reflète vraisemblablement une meilleure connaissance du dispositif national de déclaration. Les déclarations reçues par la HAS proviennent principalement des établissements de santé (70 %), mais concernent également le secteur médico-social, ainsi que les prises en charge en ville (cf. cahier technique). Malgré cette dynamique positive, les EIGS demeurent encore très sous-déclarés (cf. étude ENEIS 3) et des progrès restent nécessaires.
Cette situation s’explique notamment par une méconnaissance du dispositif, la charge de travail liée aux analyses approfondies et une perception limitée de l’intérêt de la déclaration. Pour y remédier, la priorisation de l’analyse de certains EIGS selon les risques et les enjeux propres à chaque établissement constitue un levier pragmatique pour renforcer l’utilité du dispositif et le sens donné à la déclaration par les professionnels. Cette priorisation n’est pas une sélection. L’ensemble des EIGS identifiés doivent être déclarés au niveau du portail de signalements des évènements sanitaires indésirables.
En soutenant cette stratégie, la HAS vise à renforcer la qualité du retour d’expérience, à améliorer la production d’enseignements actionnables et, in fine, la sécurité des soins.

Dans le détail, toutes périodes confondues (2017-2025), les EIGS déclarés concernent principalement les erreurs liées aux soins ou à l’organisation des soins (45 %), les actions du patient contre lui-même (29 %) et les erreurs médicamenteuses et l’iatrogénie (16 %). En 2025, le classement des thématiques reste peu modifié par rapport à l’année précédente. Les principales évolutions concernent les erreurs liées à une procédure opératoire ou interventionnelle, désormais au 3e rang contre le 4e auparavant, et les erreurs liées à la prise en charge obstétricale, classées au 6e rang contre le 7e précédemment
La prescription médicamenteuse : une étape clé pour la sécurité du circuit du médicament
La prescription constitue l’étape initiale du circuit du médicament : une erreur à ce stade peut entraîner des répercussions sur toutes les étapes suivantes. De mars 2017 à décembre 2024, la HAS a reçu et analysé 213 déclarations d’EIGS liés à la prescription médicamenteuse afin de mieux sécuriser cette étape. Les erreurs de dose, de médicament ou par omission représentent 87 % des EIGS analysés. Huit préconisations ont été formulées pour réduire ces risques. L’une des principales rappelle qu’il est important de respecter les bonnes pratiques de prescription, conformément à la réglementation.

Renforcer la culture de sécurité des soins et de la gestion des risques en Ehpad
Une analyse sur 2 307 déclarations d’EIGS en lien avec les Ehpad, reçues entre mars 2017 et juin 2025, a été menée Elle met en évidence des fragilités récurrentes concernant l’acquisition et le maintien des connaissances et compétences techniques des professionnels, la transmission de l’information lors des transferts entre Ehpad et établissements sanitaires, la sécurité diagnostique, la formalisation du circuit du médicament ou encore la gestion du risque de chutes. Cette étude met en évidence neuf leviers prioritaires pour renforcer la gestion des risques et la sécurité des résidents.

L’ annonce du dommage associé aux soins : une démarche à systématiser

L’annonce d’un dommage associé aux soins constitue un droit pour le patient et une obligation légale pour les professionnels de santé. Elle vise à préserver la confiance et à renforcer la culture de sécurité des soins. Il ne s’agit pas d’un échange ponctuel, mais d’un processus continu où l’information est progressivement partagée au fur et à mesure que les faits et les causes de l’évènement indésirable associé aux soins sont établis. Pourtant, en 2025, seuls 77 % des EIGS déclarés avaient fait l’objet d’une information du patient ou de ses proches. La formation des professionnels et la mise en œuvre d’une politique dédiée dans les établissements constituent des leviers essentiels pour généraliser cette démarche. Ces données soulignent la nécessité de rappeler aux professionnels et aux établissements sanitaires et médico-sociaux que cette démarche doit être systématisée. Les professionnels doivent donc y être formés. Pour ce faire, il est possible de s’appuyer sur le kit de formation élaboré par la HAS.
• Évènements indésirables graves associés aux soins (EIGS) : rapport annuel 2025. Études et Rapports – Haute Autorité de Santé – Mis en ligne le 11 sept. 2026 – PDF











