Dans un entretien accordé à La lettre du CGS pour la recherche et la formation en santé mentale, le Dr Jokthan Guivarch, pédopsychiatre, Professeur de pédopsychiatrie Assistance publique – Hôpitaux de Marseille (AP-HM) présente l’Équipe Mobile Intersectorielle pour Enfants Confiés à l’aide sociale à l’enfance (ASE) conjointement portée par l’AP-HM et le CH de Valvert. Depuis plus de quatre ans, cette équipe intervient au plus près des lieux de vie des enfants, en lien avec les professionnels qui les accompagnent. Une démarche qui commence à essaimer.
D’où vient l’idée de créer une équipe mobile destinée aux enfants confiés à l’ASE ?
« L’idée est née il y a un peu plus de quatre ans, dans le cadre des appels à projets nationaux destinés à renforcer la pédopsychiatrie. Avec le Dr Tiphaine Krouch, du Centre hospitalier Valvert, nous recevions des enfants confiés à l’ASE dans nos consultations respectives en CMP. Nous avons constaté que ce sont souvent ceux qui ont le plus besoin de soins et qui, pourtant, y accèdent le moins, faute de repérage, notamment.
Il y a un turnover éducatif important, avec des professionnels qui ne sont pas toujours suffisamment formés pour identifier leurs difficultés. Les enfants connaissent aussi des ruptures régulières dans leur parcours de placement : ils passent parfois d’un foyer à un autre et, comme ils dépendent à chaque fois d’un secteur différent, ils repartent à zéro sur la liste d’attente d’un CMP.
Ils ont par ailleurs souvent des vécus traumatiques ayant conduit au placement et peuvent connaître d’autres expériences difficiles dans leur parcours. Et il n’y a pas toujours de référent régulier pour repérer suffisamment tôt les difficultés et donner l’alerte.
Sachant que la prévalence des troubles est très élevée, puisqu’un enfant confié à l’ASE sur deux développera des troubles à l’âge adulte, et qu’un bureau de consultation n’est pas un environnement propice à la création d’un lien suffisant pour engager un vrai dialogue, il fallait aller au-delà de ce que l’on pouvait observer dans le cadre habituel de la consultation. »
Comment l’équipe s’est-elle construite et comment fonctionne-t-elle ?
« Nous avons construit le projet à deux hôpitaux, un CHU et un CHS, sur les inter secteurs de nos établissements. Nous intervenons chaque année auprès de 60 à 80 enfants âgés de 0 à 12 ans, sur un territoire qui couvre plusieurs arrondissements de Marseille, ainsi que La Ciotat, Cassis et Aubagne.
Lors de nos consultations à l’hôpital, nous collectons beaucoup d’informations sur l’enfant, mais nous ne savons pas réellement ce qui se passe sur son lieu de vie. Une intervention en milieu écologique permet de comprendre les enjeux, les relations avec les éducateurs et de construire un projet à partir de la vie de l’enfant.
En consultation à l’hôpital, les enfants sont souvent très inhibés, il ne se dit pas grand-chose. Donc nous tentons, dans le cadre de l’équipe mobile, d’intervenir au maximum en dehors de l’hôpital, qui est toujours un lieu peu accueillant pour un enfant. Nous essayons notamment d’organiser la première rencontre dans le lieu de vie. Ensuite, nous proposons autant que possible des interventions hors les murs, et même des rencontres en groupes ou des activités à l’extérieur.
Nous avons aussi créé un hôpital de jour où nous réalisons, en présence de l’éducateur, différents bilans pédopsychiatriques, psychologiques (cognitif et affectif), de fonctionnement adaptatif et de psychomotricité pour évaluer le plus finement possible le développement de l’enfant qui reste un baromètre pour nos interventions. Nous disposons dans le service d’un temps partiel de neuropédiatrie que nous pouvons solliciter pour des avis. On a pu établir une convention avec l’école d’orthophonie pour accueillir des étudiants orthophonistes qui ont pu participer aux évaluations. Ce sont des conventions qui sont pour un an et qui sont renouvelées s’il y a des étudiants intéressés pour venir en stage chez nous.
Nous pouvons par ailleurs nous appuyer sur la plateforme de l’AP-HM, notamment la pédiatrie générale, pour des avis spécialisés ou de l’imagerie. C’est important pour pouvoir objectiver les difficultés et faire reconnaître l’éventuel handicap de l’enfant. » (…)
La lettre du CGS pour la recherche et la formation en santé mentale, n°113, septembre 2026









