Coercition : un protocole renforce l’autonomie des infirmiers

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Un protocole de levée des mesures de coercition, portées par des infirmiers du CH Le Vinatier, va au-delà de la simple exécution de prescriptions médicales. Il positionne l’infirmier comme acteur de l’ajustement ou de la levée de ces mesures, au plus près de l’observation clinique quotidienne.

La réduction du recours à l’isolement et à la contention constitue aujourd’hui un enjeu majeur en psychiatrie. Dans ce contexte, le déploiement d’un protocole de levée de ces mesures, portées par des infirmiers du CH Le Vinatier (PULM : Psychiatrie Universitaire Lyon Métropole), marque une évolution significative des pratiques. Ce protocole repose sur une évaluation clinique structurée, continue et tracée qui permet aux équipes d’intervenir directement dans la décision de levée, dans un cadre sécurisé et défini. Il s’articule autour d’une évaluation standardisée du patient à partir d’une échelle d’évaluation et d’une appréciation clinique qui permet d’objectiver les capacités du patient à bénéficier d’un assouplissement de ces contraintes. La décision est ensuite validée en équipe.   

S’appuyer sur des données probantes

L’intégration d’outils de psychométrie constitue un réel atout de cette évolution des pratiques. Il s’agit de s’appuyer sur des données probantes en lien avec le Décret relatif aux activités et compétences de la profession infirmière du 24 décembre 2025. Ces échelles standardisées d’agitation et/ou de risque hétéro-agressif (1) réduisent la subjectivité, sécurisent les pratiques et favorisent une homogénéisation des évaluations au sein des équipes. Loin de déshumaniser la relation de soin, ces outils renforcent la lisibilité clinique et la légitimité des décisions infirmières tout en déployant un vocabulaire commun (sémiologie, indicateurs). Il s’agit de ne plus se contenter de dire le « patient monte » ou « je ne le sens pas » mais de décrire précisément son comportement et ses symptômes pour ajuster au mieux la décision clinique. Ce modèle présente de multiples bénéfices.

– Pour le patient, il favorise une réduction de la durée des mesures d’isolement et/ou de contention et une meilleure prise en compte de son évolution clinique.

– Pour les infirmières, il valorise leurs compétences cliniques et renforce leur autonomie.

-Pour l’institution, il s’inscrit dans une démarche de qualité et de conformité aux recommandations actuelles de diminution du recours à l’isolement et la contention (en tendant vers zéro contention) qui s’inscrit dans une politique d’établissement autour des mesures coercitives (ETHIC :  Eviter l’isolement / Transformer les pratiques/ Humaniser/ Impulser/ Contenir autrement)

 Comment déployer ce protocole ?

Cette dynamique nécessite : 

  • La formation des infirmiers à l’usage des outils psychométriques,
  • L’appropriation collective des protocoles 
  • Le maintien d’une collaboration étroite avec les médecins
  • La mise en place d’un suivi via une évaluation des pratiques professionnelles et un accompagnement sur le terrain.

L’appui de la Direction générale, de la Direction des soins, de la Présidence de la Commission médicale et du Département qualité de l‘établissement sont des facteurs déterminants qui favorisent l’implantation de cette démarche. Un premier déploiement réalisé dans trois unités d’entrée adultes révèle une appropriation inégale du dispositif par les soignants. Plusieurs paramètres sont à considérés : la dynamique d’équipe et le paradigme de soin, la notion de prise de risque ou de glissement de tâches, une présence médicale importante qui n’encourage pas toujours l’équipe à utiliser ce protocole… Des freins ont ainsi pu être mis en lumière : crainte de prendre la mauvaise décision ou encore sentiment de manque de légitimité, ce qui montre l’importance d’un accompagnement des équipes dans cette démarche.

Néanmoins, les retours restent positifs et mettent en avant la réduction des mesures d’isolement et/ou de contention, la flexibilité, la rapidité de la mise en œuvre du protocole et une valorisation des compétences soignantes. Les décisions de levée des mesures ont pu être prises en semaine et pendant le week-end à des horaires variables. La majorité avait lieu en fin de journée ou le dimanche. Le créneau horaire entre midi et 14h apparait également à plusieurs reprises. Actuellement le déploiement de ce protocole se poursuit sur quatre unités dont les urgences psychiatriques (UPRM), avec des retours qualitatifs et quantitatifs prévus fin 2026, ce qui devrait permettre à terme de le valider.

Pour plus d’information :  déCLIC@ch-le-vinatier.frFrédérique ROLLET, CSS Pole Urgence (Frederique.rollet@ch-le-vinatier.fr) ou Sandy MATHIEU, IPA PAPV/ Cheffe de Projet sur la Réduction des Mesures Coercitives (Sandy.mathieu@ch-le-vinatier.fr)

(1) Broset Violent Checklist dans le cadre du protocole/ Linaker & Bush Iversen (1995). Roger Almvik and Phil Woods 2000