Handicap psychique : comment accompagner vers les soins somatiques ?

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Les personnes suivies pour des troubles psychiques font face à une mortalité prématurée (moins 10 ans d’espérance de vie) liée à des causes variées dont les plus fréquentes sont les cancers et les maladies cardiovasculaires. Ce phénomène, marqueur d’inégalité de santé, questionne leur suivi et leur accès aux soins somatiques alors même qu’ils sont exposés à de multiples vulnérabilités (1). Souvent en cause, la formation insuffisante des professionnels de santé sur le handicap psychique qui nécessite pourtant un accompagnement spécifique. Pour répondre à ce besoin, l’association CoActis Santé s’engage en faveur de l’accès aux soins pour tous, et tout particulièrement pour les personnes vivant avec un handicap. Sa mission s’incarne dans deux projets co-construits avec une centaine d’acteurs engagés pour une santé accessible et inclusive : SantéBD et HandiConnect.fr (*)


Pour outiller les professionnels de santé dans l’accompagnement aux soins somatiques des personnes en situation de handicap, notamment psychique, le site ressource HandiConnect.fr, développé par l’association CoActis Santé, propose :

  • des fiches-conseils rédigées par des experts pour donner les bons réflexes et les points de vigilance ;
  • un annuaire des formations sur l’accueil et le suivi spécifique des personnes en situation de handicap (+ de 80 formations référencées pour les professionnels de santé sur le suivi et l’accueil d’un patient en situation de handicap. DPC, Diplômes d’Université (DIU/DU), en ligne (E-learning, Webinaire…), ou en présentiel).
  • la possibilité, pour les professionnels de santé, de poser une question à un expert.

Cinq fiches-conseils sont centrées sur le handicap psychique :

  • Accompagner aux soins somatiques
  • Points de vigilance somatique
  • Handicap psychique et syndrome métabolique
  • Covid-19 : suivi d’une personne en situation de handicap psychique en confinement
  • Covid-19 : accueil d’un patient en situation de handicap psychique

Elles sont le fruit d’une collaboration entre médecins, personnes concernées, aidants, travailleurs sociaux, et représentant d’associations (Unafam, Centre Ressources Handicap Psychique Pays-de-la-Loire, Association Nationale pour la Promotion des Soins en Santé Mentale, Santé Mentale France, Association Francophone des Médiateurs de Santé-Pairs…).

« Au-delà des rappels théoriques et des articles de référence, on y trouve des savoirs-être et des savoirs-faire simples à adopter pour le professionnel : instaurer un climat de confiance dès la première consultation, proposer un suivi rapproché notamment par des rendez-vous téléphoniques, donner des explications claires et rassurantes, inciter à se faire accompagner pour les examens… » explique le Dr Anne Gross, psychiatre en cabinet libéral à Paris et expert HandiConnect.fr.

Des outils pédagogiques pour comprendre et prendre soin de sa santé

SantéBD est une boite à outils pédagogiques pour comprendre et expliquer la santé avec des images et des mots simples : application mobile, bandes-dessinées personnalisables, posters, vidéos et banque d’images. Avec plus de 15 000 images en santé en libre téléchargement, cette banque d’images permet de créer des supports personnalisés : calendrier de consultations ou de prise de médicaments…  

Tous les outils sont accessibles gratuitement en ligne sur handiconnect.fr et santebd.org.

Retrouvez l’association CoActis Santé lors des 7èmes Rencontres Soignantes en psychiatrie le 21 octobre 2021 à Paris.

(1) Moins de soins de prévention, de recours aux spécialistes et plus d’hospitalisations évitables chez les personnes suivies pour un trouble psychique sévère, Coralie Gandré, Magali Coldefy (Irdes), septembre 2020

(*) HandiConnect.fr est issu d’une démarche collaborative réunissant des partenaires du monde institutionnel, associatif, médico-social et sanitaire. HandiConnect.fr fédère et mobilise à ce jour + de 100 experts pluridisciplinaires reconnus dans le champ du handicap et de la santé (professionnels de santé, travailleurs sociaux, formateurs, membres d’associations représentatives, aidants, patients experts…). Ensemble, ils co-construisent les outils et participent au développement du projet.

Le handicap psychique, conséquence de la maladie psychique 

La notion de handicap psychique est inscrite dans la loi du 11 février 2005 pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées : « Constitue un handicap, au sens de la présente loi, toute limitation d'activité ou restriction de participation à la vie en société subie dans son environnement par une personne en raison d'une altération substantielle, durable ou définitive d'une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques, d'un polyhandicap ou d'un trouble de santé invalidant ». 
Les situations de handicap psychique sont donc les conséquences d’altérations de fonction, liées à des troubles psychiques sévères et persistants dans la vie quotidienne, sociale, familiale, scolaire, professionnelle... des personnes concernées. Ces retentissements peuvent être variables et diversifiés en fonction de l’environnement, qui joue toujours un rôle majeur dans l’évolution et le devenir d’une personne présentant un trouble psychique sévère et persistant.

Cette situation de handicap rend donc la vie difficile pour la personne malade et son entourage. Selon l’Union nationale de familles et amis de personnes malades et/ou handicapées psychiques (Unafam), cinq domaines de la vie courante sont à prendre en considération : 
- la capacité à prendre soin de soi
- la capacité à établir des relations durables
- la capacité à se former et à avoir une vie professionnelle
- la capacité à se maintenir dans un logement
- la capacité à organiser une vie sociale et des loisirs

Un risque accru de rupture de soins et de troubles somatiques 

Le handicap psychique est donc véritablement invalidant dans de nombreux domaines de la vie, en particulier lorsqu’il s’agit de prendre soin de sa santé, avec des retards ou des ruptures dans le parcours de soins. « Concrètement, patienter en salle d’attente peut s’avérer très anxiogène pour une personne avec handicap psychique. Anticiper les consultations de prévention, comme une consultation annuelle chez le gynécologue, est parfois impossible. » explique Marie-Jeanne Richard, présidente de l’Unafam (Union nationale de familles et amis de personnes malades et/ou handicapées psychiques). Par ailleurs,les personnes avec handicap psychique sont davantage sujettes à des facteurs de risques spécifiques : tabagisme, addictions, sédentarité, mauvaise hygiène alimentaire… les exposant à un risque accru de maladies cardiovasculaires, syndrome métabolique, diabète, problèmes dentaires, cancers…