Numéro national de prévention du suicide : le CHU de Lille en charge du déploiement

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Dans la continuité de la Feuille de route santé mentale et psychiatrie de 2018, le Ségur de la santé a confirmé la volonté de mettre en service pour l’ensemble de la population française un numéro de prévention du suicide. Suite à un appel à projet lancé en décembre dernier, le CHU de Lille, fort de son expertise et de sa dynamique partenariale sur la prévention des conduites suicidaires, a été désigné comme pôle national (1) en charge du déploiement opérationnel de ce numéro dédié. Une première étape qui lance les travaux d’un numéro national, qui verra le jour le 10 septembre 2021, à l’occasion de la Journée internationale de prévention du suicide.

Accompagner une personne qui pense au suicide nécessite de mobiliser des ressources diverses et coordonnées ainsi que des savoirs faire spécifiques. Il importe donc de considérer la personne dans sa globalité pour appréhender les idées suicidaires qui traduisent un état de grande souffrance psychique. Le futur numéro national de prévention du suicide, tel qu’envisagé par l’équipe du Pr Pierre Thomas (2) au sein du CHU de Lille, s’appuie donc sur le déploiement d’une stratégie dite "globale", en adéquation avec le vécu individuel, et dont le numéro dédié sera l’une des portes d’entrée. En effet, bien plus qu’un dispositif de soin, le numéro dédié permettra de potentialiser :

  • l’action de l’ensemble des acteurs mobilisés, au sein de chaque territoire, bien au-delà du sanitaire (dispositifs d’écoute et d’aide à distance, associatif, médicosocial, social, éducatif, judiciaire…) ;
  • les interventions ciblées menées à l’échelon individuel et celles menées à l’échelon collectif ;
  • les connaissances issues de champs de savoir différents (sciences biomédicales, épidémiologie, sociologie, psychologie, anthropologie, éthique et déontologie, économie de la santé…).

Derrière le téléphone et le tchat, 24h/24, 7j/7, des professionnels spécifiquement formés assureront des missions d’écoute, d’évaluation, d’orientation et d’intervention. En plus de contribuer à la correction des inégalités territoriales et de désengorger les services d’urgence, le numéro unique de prévention du suicide répondra à un spectre large de sollicitations : 

  • des personnes ayant des idées suicidaires, depuis les premières idées de mort jusqu’à l’acmé de la crise ;
  • les proches, l’entourage, les médecins généralistes… éprouvant de l’inquiétude pour une personne ;
  • les endeuillés par suicide et les personnes exposées à un suicide ;
  • les institutions impactées par le suicide d’un de leurs membres.

Le CHU de Lille à la pointe de la prévention des conduites suicidaires

Depuis près de 40 ans, sous l’égide du Pr Guillaume Vaiva (3), le pôle de psychiatrie du CHU de Lille nourrit une attention toute spéciale à la question de la prévention des conduites suicidaires au point d’en faire l’un de ses axes de développement clinique, pédagogique et de recherche privilégiés.  La prévention menée l'établissement et ses partenaires s’organise de façon ciblée et synergique. Le programme VigilanS, intervient par exemple, auprès des personnes ayant déjà fait une tentative de suicide afin de prévenir la réitération du geste. Les réseaux de sentinelles se déploient en priorité auprès des étudiants. Et le programme Papageno sensibilise les médias afin de prévenir le risque de contagion suicidaire auprès d’une audience vulnérable. Fortes d’une habitude partenariale qui fait leur fiabilité, leur éthique, leur force motrice et leur souplesse, ces équipes se sont progressivement rompues à l’opérationnalisation du principe de multimodalité. Ayant pris l’habitude d’incuber ses initiatives dans le Nord et les Hauts-de-France avant de les déployer à l’échelle nationale, le CHU de Lille est ainsi capable de soutenir l’ambition de politiques de large envergure, tout en entretenant une conscience aiguë des opportunités et des contraintes du terrain.

1- Dans une logique de mise en cohérence des actions de prévention du suicide, le CHU de Lille travaillera en partenariat avec le CHU de Brest (Pr Michel Walter et Dr Sofian Berrouiguet), le CH le Vinatier à Lyon (Pr Emmanuel Poulet et Dr Édouard Leaune), le Pr Philippe Binder (Faculté de médecine de Poitiers), le Pr Philippe Courtet (CHU de Montpellier), le Dr Patrick Goldstein (CHU de Lille), l’Association des établissements du service public de santé mentale (Adesm), la Fédération régionale de recherche en psychiatrie et santé mentale des Hauts-de-France (F2RSMPsy), le Groupement d’Études et de Prévention du Suicide (Geps), Santé mentale France et l’Union Nationale de Prévention du Suicide (UNPS).
2- Chef du pôle de psychiatrie, médecine légale et médecine en milieu pénitentiaire au CHU de Lille.
3- Chef du service de psychiatrie adulte au CHU de Lille.

Pour aller plus loin – Le prochain dossier de la revue Santé mentale (mars 2021) aura pour thème : "Prévenir la réitération suicidaire"