Paroles d’autiste

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« Quand je rêve, je vois une image, je bloque cette image et j’entre dans mon rêve. Ces images s’entrechoquent, disparaissent et reviennent. J’ai peur qu’elles ne s’échappent. Alors je les dessine. Et elles existent. À l’école, on me regarde en souriant et on me dit que je suis un “cerveau lent”. Ils ne savent pas comme les images défilent vite dans ma tête. Je leur réponds intérieurement, puisque “répondre” au professeur est interdit, que si je suis un “cerf-volant”, qu’attendent-ils pour me lâcher ? Dans ma tête, je tâche d’y passer le plus de temps possible, et ça ne plaît pas vraiment aux autres. Je rêve endormi, je rêve éveillé. Je suis un rêveur, comme ils disent. Le monde n’aime pas les rêveurs : ils doivent être surpuissants et beaucoup plus malins que la moyenne s’ils veulent y trouver leur place. Sinon ils n’auront aucune chance et finiront dans la benne à ordures. Voici le sort qui m’est réservé si je continue à rêver, ou du moins si cela se voit. Seulement, sans mes images et mon rêve, je suis mort. Un pantin mort. Dont les fils seront tirés par un manipulateur secret qui s’occupe de rêver pour les autres. C’est ça qu’ils veulent : détruire les images que j’ai dans la tête pour m’imposer leur rêve à eux. Leur sombre songe dont je ne veux pas faire partie. Figurant du rêve général et formaté, ça ne m’intéresse pas. Ce sera sans moi et moi sans vous. »

Dans L’empereur, c’est moi, Hugo Horiot, diagnostiqué autiste Asperger à l’âge de 4 ans, décrit son enfance et l’incroyable difficulté d’être différent. Un témoignage direct et authentique, qui permet de se représenter l’univers complexe de l’autisme et contribue à faire évoluer les mentalités et les prises en charge. Ce livre a reçu le prix 2013 Paroles de patients, décerné par le LEEM (Les entreprises du médicament).
  • L’empereur, c’est moi. Hugo Horiot. Éd. de l’Iconoclaste, 2013, 228 p.