Etre déprimé n’expose pas à un risque accru de cancer

FacebookTwitterLinkedInEmail

L’augmentation toujours plus importante du nombre de cancers en France est préoccupante. Alors que le monde de la recherche n’a pas encore résolu toutes les énigmes du fonctionnement du cancer, certaines personnes attribuent parfois l’apparition d’un cancer à une histoire personnelle douloureuse. « Les idées reçues ont parfois la vie dure » explique Cédric Lemogne, psychiatre à l’Hôpital Européen Georges Pompidou (AP-HP) et chercheur de l'Inserm, auteur principal d’une nouvelle étude sur les liens entre ces deux pathologies.

« Dès Hippocrate et les débuts de la médecine, on associait déjà la présence de “bile noire”, qui a donné le terme mélancolie, au développement des tumeurs malignes. Aujourd’hui, certains arguments circulent sur le fait que la dépression pourrait être un facteur de risque de cancer », poursuit le chercheur. Ces arguments sont étayés par plusieurs études scientifiques mais concrètement, aucune des méta-analyses existantes n’a jamais réussi à affirmer ou infirmer ces hypothèses.

Une équipe de l’Inserm ont exploré ces liens en menant l’étude épidémiologique la plus solide possible. De ce point de vue, il était important de disposer, sur une cohorte assez grande, de données valides à la fois concernant l’apparition d’un cancer (cas de cancer validés, dates de diagnostic précises, données d’incidence et non de mortalité) et sur les évènements dépressifs.

L’ensemble des données médicales de 14 203 personnes participant depuis 1989 à la cohorte GAZEL des anciens employés d’EDF-GDF ont été recueillies de 1994 à 2009. La survenue d’évènements dépressifs a été mesurée d’après les réponses apportées par les participants à un questionnaire spécifique tous les 3 ans pendant 15 ans et par les diagnostics de dépression faits par des médecins à l’occasion d’un arrêt de travail entre 1989 et 1993.

Sur la base de tous ces éléments, aucune association significative n’a été retrouvée entre la survenue d’une dépression et la survenue ultérieure des 5 types de cancer suivis dans cette étude (prostate, sein, côlon, cancer associé au tabac, et cancer des organes lymphoïdes ou hématopoïétiques). Etre déprimé n’expose donc pas à un risque accru de cancer.

En revanche, l’annonce d’un cancer peut susciter des symptômes dépressifs. Au-delà des résultats de cette étude, les chercheurs soulignent qu’il est nécessaire de rassurer les patients. « Combien de fois peut-on entendre l’entourage leur dire “il faut te battre, être fort pour vaincre le cancer”. Comme s’il était anormal voire dangereux de se sentir abattu. Je crois que les patients ne doivent pas s’inquiéter s’ils se sentent déprimés. Ce qui est important, c’est de bien suivre tous les traitements : contre le cancer d’une part et contre la dépression d’autre part ».

  • Depression and the risk of cancer: A 15-year follow-up study of the GAZEL cohort, C. Lemogne, S. M. Consoli, M. Melchior, H. Nabi et al. The American Journal of Epidemiology. 30 septembre 2013. D'après le communiqué de l'Inserm, 1er octobre 2013.