Une étude signée Santé publique France et le Comité pour la santé des exilés (Comede) souligne que 30 % des jeunes consultés souffrent de pathologies psychiatriques, un chiffre bien supérieur à celui de la population générale du même âge. Elle rappelle l’urgence d’améliorer non seulement leur accès aux soins médico-psychologiques, mais aussi leurs conditions matérielles d’accueil pour favoriser leur reconstruction (accès au droit, à un hébergement digne et rétablissement de liens sociaux).
Cette étude menée par Santé publique France et le Comede entre 2015 et 2025 met en lumière la fragilité psychologique des jeunes exilés âgés de 0 à 25 ans accueillis en France. Sur les 5 000 jeunes suivis, le constat principal est celui d’une prévalence massive de troubles psychiques : environ 30 % des jeunes consultés souffrent de pathologies psychiatriques, un chiffre bien supérieur à celui de la population générale du même âge. Les syndromes de stress post-traumatique dominent le tableau clinique, souvent accompagnés de troubles du sommeil, d’anxiété sévère et de dépression. Ces symptômes ne sont pas des réactions isolées, mais le résultat de « trajectoires de vie fracassées » où la violence est omniprésente.
« Multivulnérabilité »
L’analyse souligne également que la santé mentale de cette population est intrinsèquement liée à sa vulnérabilité sociale. En effet, une grande partie de ces jeunes exilés fait face à un hébergement instable, à l’insécurité alimentaire et à un isolement relationnel important. Les données montrent que le risque de développer un trouble psychique est nettement plus élevé chez les jeunes en situation de détresse sociale ou ayant subi des violences physiques et psychologiques.
Le rapport met particulièrement en évidence le concept de « multivulnérabilité ». Le traumatisme ne s’arrête pas à la frontière, mais se prolonge et s’accentue par les conditions de vie en France. L’absence de logement stable, la barrière de la langue, les difficultés administratives pour obtenir un titre de séjour et l’incertitude sur l’avenir agissent comme des facteurs de stress chronique qui empêchent toute résilience. L’étude démontre un lien statistique direct : plus la situation sociale est dégradée (insécurité alimentaire, absence de couverture maladie), plus la sévérité des troubles psychiques augmente.
L’importance de sécuriser l’environnement de ces jeunes
L’étude conclut sur la nécessité urgente d’améliorer non seulement l’accès aux soins médico-psychologiques, mais aussi les conditions matérielles d’accueil pour favoriser la reconstruction de ces jeunes. Enfin, l’un des points cruciaux concerne la prise en charge. Le soin ne peut être uniquement médical. Pour ces jeunes exilés, la « guérison » ou stabilisation psychique dépend étroitement d’une sécurisation de leur environnement global. L’accès au droit, un hébergement digne et le rétablissement de liens sociaux sont considérés comme des leviers thérapeutiques aussi essentiels que le suivi psychiatrique ou psychologique. L’étude appelle donc à une réponse systémique, coordonnant les acteurs de la santé et du social pour éviter que ces jeunes ne s’enfoncent dans une exclusion durable.
Pour en savoir plus :
Bulletin épidémiologique hebdomadaire, La santé mentale des jeunes exilés : vulnérabilité sociale et troubles psychiques chez les patients suivis au Comede entre 2015 et 2025, Auteur(s) : Petit Mathilde, Marseglia Maila, Rey Sylvie, Roux Louise, Veïsse Arnaud2026, n° 11, p. 230-238.










