« Il nous faut maintenir la pression et continuer à tirer la profession infirmière vers le haut »

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Attractivité du métier à réinventer, compétences et autonomie à élargir, place à conquérir dans un système de santé toujours hospitalo-centré, leadership… la profession infirmière fait face aujourd’hui à de nombreux défis et chacun de ses membres doit en être acteur. Lors d’une conférence de presse, le 12 octobre dernier, et alors que la Présidentielle 2022 se profile, Patrick Chamboredon, président de l’Ordre national des infirmiers, a rappelé son ambition, celle « de rien lâcher » et de continuer à militer notamment « pour l’extension des prérogatives infirmières promise par le ministre des solidarités et de la santé. »

Le chiffre révélé il y a quelques mois par l’ONI suite à une grande enquête de terrain et après la première vague de Covid19 avait été autant douloureux qu’inquiétant : 43% des infirmier(e)s « ne savaient pas s’ils seraient toujours infirmier(e)s dans 5 ans« . L’heure était à la désillusion et au découragement, des sentiments exacerbés certes par la crise sanitaire mais aussi par une dégradation des conditions de travail dénoncées bien avant. Un chiffre à mettre en perspective avec ceux de la Drees qui estime qu’il faudra 1 million d’infirmier(e)s en 2040 afin de répondre aux besoins de santé. Patrick Chamboredon le souligne : « malgré les accords du Ségur de la Santé et les nécessaires augmentations salariales sur lesquelles il a débouché, la pénurie d’infirmier(e)s continue. Cela prouve bien qu’il faut agir sur la nature de la pratique infirmière, l’autonomie et les évolutions de carrière. »

« Les soignants de plus en plus touchés par la « perte de sens » de leur travail« 

L‘attractivité de la profession est donc en berne, même si, paradoxalement le nombre d’étudiants à vouloir entreprendre la formation en soins infirmiers est en augmentation constante. Les infirmiers peuvent se spécialiser, devenir IPA, mais cela ne suffit pas à ouvrir le champ des possibles, les évolutions cliniques restent en attente. Les résultats d’enquêtes menés par l’instance ordinale en attestent : un infirmier(e) sur deux pense que la profession infirmière ne permet pas de connaître de véritables évolutions et perspectives de carrière (pas d’ascenseur social quand on est infirmier), 73% des infirmier(e)s estiment que la prescription médicale rend parfois difficile l’accès aux soins et 98% des infirmier(e)s consulté(e)s estiment que la profession infirmière n’est pas reconnue à sa juste valeur au sein du système de santé. Pour le président de l’ONI, « face aux déserts médicaux grandissants et aux besoins de santé qui le sont tout autant, le nombre de professionnels en exercice – hospitaliers comme libéraux – ne doit pas faillir, bien au contraire, et l’autonomie dont ils bénéficient pour prendre en charge les patients doit être au rendez-vous. Il est également indispensable de renforcer les missions préventives des infirmier(e)s, encore trop peu considérées dans notre offre de soins. En effet, de par leur maillage sur tout le territoire, leurs compétences cliniques et leur proximité avec les patients, les infirmier(e)s sont un maillon essentiel en la matière. »

La profession l’a d’ailleurs exprimé lors des dernières consultations de l’ONI :

  • 98% des répondants souhaitent que soit renforcé le rôle infirmier dans le cadre de la coordination ville / hôpital  ;
  • 97% souhaitent accroitre le rôle des infirmiers dans la prévention et l’éducation thérapeutique ;
  • 92% attendent la formalisation et la reconnaissance de l’existence d’une consultation infirmière ;
  • 86% souhaitent pratiquer tous les actes qui ne nécessitent pas de diagnostic et voir élargir le pouvoir de prescription et 81% souhaitent pouvoir adapter les prescriptions ;
  • 85% veulent être considérés comme des professionnels de premiers recours ;
  • 91% souhaitent la reconnaissance universitaire.

Patrick Chamboredon l’a donc rappelé avec force, il y a urgence à faire évoluer le cadre réglementaire d’exercice de la profession (règles et actes professionnels) la dernière révision datant de 2004 ! « Le 5 février dernier, Olivier Véran a fait part de son accord de principe pour une révision du décret d’actes encadrant la pratique infirmière, accord confirmé le 20 avril par le Haut conseil des professions paramédicales. L’Ordre n’entend pas que la refonte du décret soit un vœu pieux« . Et d’aller plus loin : « On ne peut plus définir notre profession par une liste d’actes. Il faut passer de la notion de décret d’actes à celle de décret de compétences car on ne peut continuer à raisonner ainsi à l’heure de l’universitarisation. La Direction générale de l’offre de soins (DGOS) est à l’arbitrage mais nous ne lâcherons rien. Nous devons maintenir la pression et continuer à tirer la profession vers le haut« .

Sur la question de l’enregistrement des infirmiers au répertoire partagé des professionnels de santé (RPPS) en octobre 2021, écouter les explications de Patrick Chamboredon, président de l’ONI