Les soignants touchés par la « perte de sens » de leur travail

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Les résultats de cette enquête* menée par le collectif « Nos services publics » auprès des agents des services publics sur le sens et la perte de sens dans leur travail sont sans détours : les réponses recueillies
mettent en évidence un sentiment de perte de sens largement partagé, lié avant tout à l’incapacité des agents à mener à bien les missions de service public pour lesquelles ils se sont engagés. Les professionnels de santé sont, sans surprise, particulièrement démotivés.

80 % des répondants touchés par un sentiment d’absurdité
Les résultats de cette enquête révèlent un mal-être profond : alors que la grande majorité déclare avoir rejoint le service public pour servir l’intérêt général (68 % des sondés), la quasi-totalité (97 %) des répondants s’est déjà dit au moins une fois dans un cadre professionnel : “c’est absurde… ou si cela a un sens ce n’est pas celui pour lequel je me suis engagé”. 80 % des répondants déclarent même être confrontés “régulièrement” ou “très fréquemment” à ce sentiment d’absurdité dans l’exercice de leur travail. La fréquence de ce sentiment croît légèrement avec l’âge des enquêtés.
Plus de 3000 témoignages écrits ont été recueillis, dans lesquels les agents nous expliquent, parfois longuement, ce qui provoque chez eux la perte de sens. Ils mettent en avant le manque de moyens, un défaut de vision, l’impression de servir un intérêt particulier plus que l’intérêt général, le poids de la structure ou de la hiérarchie ainsi que le manque de reconnaissance. Ces motifs s’entrecroisent et se recoupent fréquemment.

Premiers problèmes cités : ceux qui limitent la capacité des agents à assurer leurs missions
Les problèmes cités tiennent avant tout aux difficultés et entraves rencontrées par les agents pour mener à bien leur mission (manque de moyens, désaccord avec la pertinence des consignes reçues, perte de sens de leur mission). Les motifs liés à l’environnement de travail (rémunération, opportunités de carrière) sont bien présents, mais ne sont cités que dans une deuxième série de réponses.

Le service de l’intérêt général demeure le motif principal cité pour rester au sein du service public, cité par 50 % des répondants. Néanmoins, le cumul des difficultés rencontrées conduit à une crise de sens massive : un tiers des agents ayant déclaré rejoindre le service public pour “servir l’intérêt général” ne restent plus en poste pour ce motif. La “difficulté de changer” est même citée comme la principale raison de rester dans l’éducation nationale, mentionnée par plus d’un agent sur deux.

« Déplacer des infirmières d’un service à l’autre sans se préoccuper de leurs compétences »
Fabienne, cadre de santé

« Traiter les patients à la chaîne, sans pouvoir prendre le temps de parler aux familles. »
Une pédiatre en réanimation néonatale

« Rééduquer à la marche un patient qui va ensuite être contentionné le reste de la journée (…). » masseur kinésithérapeute PACA

Quid du secteur de la santé…

Au vu des témoignages disponibles, le secteur de la santé regroupe très majoritairement des professionnels soignants : le personnel administratif apparaît minoritaire dans l’échantillon des répondants. Les raisons pour rester au sein du service public sont systématiquement moins choisies au sein du secteur de la santé que dans les autres secteurs. La seule exception à cette moindre occurrence de raisons de rester est « les collègues » (31 % versus 22 % pour les répondants hors secteur de la santé). Le manque de moyens et les mauvaises conditions de travail sont des problèmes cités nettement plus fréquemment que dans les autres secteurs, avec respectivement 74 % et 52 % de répondants qui déplorent ces problèmes dans le secteur de la santé contre 62 % et 40 % hors santé.


Loin des idées reçues sur les motivations des fonctionnaires et de l’isolement parfois ressenti au quotidien, les réponses recueillies mettent en évidence un sentiment de perte de sens largement partagé, lié avant tout à l’incapacité des agents à mener à bien les missions de service public pour lesquelles ils se sont engagés.

*Du 30 avril au 31 août 2021, le collectif Nos services publics a mené une grande enquête sur internet auprès des agents des services publics sur le sens et la perte de sens dans leur travail. Plus de 4 500 réponses ont été recueillies, provenant de personnes de tous âges, tous statuts et tous secteurs d’activité. Les secteurs représentés sont très divers :
• 1190 répondants exercent dans le secteur de l’éducation nationale (27% des répondants),
• 622 répondants travaillent dans l’enseignement supérieur et la recherche (14 % des répondants),
• 496 exercent dans le secteur de la santé (11 % des répondants),
• 251 exercent dans le domaine de l’économie et des finances (5,7 % des répondants)
et 209 dans le secteur de la culture (4,8 % des répondants).
• La défense (36 répondants) et l’intérieur (80 répondants) sont sous-représentés parmi les répondants, au vu de leur poids parmi le total des agents publics.